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Il se trouvera à la tète de la Compagnie, M. de la Trousse étant Lieutenant-général. La paix rendra cette charge encore plus belle que la guerre. Si je vous ai dit tout ceci, comme je m'en doute, il ne vous nuira de rien de l'entendre encore une fois. Adieu, mon sang, je vous embrasse et ma nièce, avec beaucoup d'amitié. En vérité, mon Cousin, vous demandez au Roi d'une manière à devoir être écouté.

LETTRE 483.

Madame De SÉriGNÉ à Madame De Grignjn.

à Paris, mardi 8 Juin 1677. Jn^on , ma fille, je ne vous dis rien, rien du tout: vous ne savez que trop ce que mon cœur est pour vous : mais puis-je vous cacher tout-à-fait l'inquiétude que me donne votre santé?c'est un endroit par où je n'avois pas encore été blessée; cette première épreuve n'est pas mauvaise : je vous plains d'avoir le même mal pour moi; mais plût à Dieu que je n'eusse pas plus de sujet de craindre que vous ! Ce qui me console, c'est l'assurance que M. de Grignan m'a donné de ne point pousser à bout votre courage: il est chargé d'une vie où tient absolument la mienne : ce n'est pas une raison pour lui faire augmenter ses soins; celle de l'amitié qu'il a pour vous, est la plus forte. C'est aussi dans cette confiance , mon très-cher Comte, que je vous recommande encore ma fille : observez-la bien, parlez à

Moutgobert, Monlgobert, entendez-vous ensemble pour une affaire si importante. Je compte fort sur vous, ma chère Montgobert. Ah, ma chère enfant ! tous les soins de ceux qui sont autour de vous, ne vous manqueront pas, mais ils vous seront bien inutiles, si vous ne vous gouvernez vous-même. Vous vous sentez mieux que personne ; et si vous trouvez que vous ayez assez de force pour aller à Grignan, et que tout d'un coup vous trouviez que vous n'en avez pas assez pour revenir à Paris ; si enfin les médecins de ce pays-là, qui ne voudront pas que l'honneur de vous guérir leur échappe, vous mettent au point d'être plus épuisée que vous ne l'êtes ; ah! ne croyez pas que je puisse résister à cette douleur. Mais je veux espérer, qu'à notre honte, tout ira bien. Je ne me soucierai guère de l'affront que vous ferez à l'air natal, pourvu que vous soyez dans un meilleur état. Je suis chez la bonne Troche, dont l'amitié est charmante; nulle autre ne m'étoit propre; je vous écrirai encore demain un mot $ ne m'ôtez point cette unique consolation. J'ai bien envie de savoir de vos nouvelles: pour moi, je suis en parfaite santé, les larmes ne me font point de mal. J'ai dîné, je m'en vais chercher Madame de Vins et Mademoiselle de Méry. Adieu, mes durs cnfans; que cette calèche que j'ai vu partir, est bien précisément ce qui m'occupe, et le sujet de toutes mes pensées I •

Tome IV. M

Madame DE J,J Troche.

La voilà cette chère commère qui a la bonté do me faire confidence de sa sensible douleur. Je viens de la faire dîner, elle est un peu calmée; conservezvous, belle Comtesse, et tout ira bien ; ne la trompez point sur votre santé, ou, pour mieux dire, ne vous trompez point vous-même; observez-vous , et ne négligez pas la moindre douleur , ni la moindre chaleur que vous sentirez à cette poitrine: tout est de conséquence, et pour vous, et pour cette aimable mère. Adieu, belle Comtesse, je vous assure que je suis bien vive pour sa santé, et que je suis à vous bien tendrement.

LETTRE 484.

A la même.

à Paris , mercredi 9 Juin 1677.

Je fus donc hier chez Madame de Vins et chez Mademoiselle de Méry, comme je vous avois dit; elles n'avoient reçu ni l'une ni l'autre , les petits billets que je vous fis écrire pour elles : ce dérangement me mit en colère contre le bel Abbé. Je regrettai de ne m'ètre pas chargée de toutes vos petites dépèches; j'aime la ponctualité. Mais , ma chère enfant, comment vous portez-vous? n'avez-vous point un peu dormi ? vous êtes partie présentement, quoiqu'il ne soit que six heures du matin. Madame de Coulanges m'envoie proposer de Châville, où elle est, de l'aller prendre, pour aller dîner à Versailles avec M. de Louvois, que je ne trouverois de long-tems sans cela. Je vais donc faire cette petite corvée-, M. de Barillon vient avec moi. Je me porte très-bien; plût à Dieu que votre beau tempérament eût repris sa place chez vous, comme le mien a fait chez moi ! votre santé est l'unique soin de ma vie. J'appris encore hier que rien n'est si bon que l'eau de poulet, et que Madame du Frénoi s'en est très-bien trouvée. Mademoiselle de Méry est plus habile par sa propre expérience, qu'un médecin qui se porte bien, par la sienne: elle doit vous écrire efm'envoyer son billet. Adieu, mon ange, je vous rends ce que vous me dites sans cesse; songez que votre santé fait la mienne, et que tout m'est inutile dans le monde, si vous ne vous guérissez.

LETTRE 485.

A la même,

à Paris, vendredi 11 Juin 1677. Il me semble que pourvu que je n'eusse mal qu'à la poitrine et vous qu'à la tête, nous ne ferions qu'en rire; mais votre poitrine me tient fort au cœur, et vous êtes en peine de ma tête; hé bien, je lui ferai pour l'amour de vous, plus d'honneur qu'elle ne mérite; et, par la même raison, mettez bien, je vous supplie, votre petite poitrine dans du coton. Je suis fâchée que vous m'ayez écrit une si grande lettre en arrivant à Melun; c'étoit du repos qu'il vous falloit d'abord. Songez à vous, ma chère enfant, ne vous faites point de dragons; songez à me venir achever votre visite, puisque, comme vous dites, la destinée, c'est-à-dire,la Providence a coupé si court, contre toute sorte de raison, celle que vous aviez voulu me faire. Votre sanlé est plus propre à exécuter ce projet, que votre langueur; et comme vous voulez que mon cœur et ma tète soient libres, ne croyez pas que cela puisse être, si votre mal augmente. Quelle journée ! quelle amertume ! quelle séparation ! vous pleurâtes, ma très-chère, et c'est une affaire pour vous, ce n'est pas la même chose pour moi, c'est mon tempérament. La circonstance de votre mauvaise santé fait une grande augmentation à ma douleur : il me semble que si je n'avois que l'absence pour quelque tems, je m'en accommoderois fort bien ; mais cet te idée de votre maigreur , de cette foiblesse de voix, de ce visage fondu, de cette belle gorge méconnoissable, voilà ce que mon cœur ne peut soutenir. Si vous voulez donc me faire tout le plus grand bien que je puisse désirer , mettez toute votre application à sortir de cet état.

Ah , ma fille! quel triomphe à Versailles! quel orgueil redoublé ! quel solide établissement ! quelle Duchesse de Valentinois * ! quel ragoût, même par

* Elle appelle ainsi Madame de Montespan, par allusion à la fameuse maitresse de Henri II, qui conserva si long-tems ses i Varu1ts et son empire.

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