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et brille fort, sans qu'on en soit en peine. Mademoiselle de Thianges (sa sœur) est grande; elle a tout ce qui compose une belle fille. L'hôtel de Grancei est tout comme il étoit', rien ne change. Le Chevalier de Lorraine est très - languissant; il auroit assez l'air d'être empoisonné, si laBrinvilliers eût été son héritière. M. le Duc fait son quartier d'été en ce quartier ; mais Madame de Rohan s'en va à Lorges: cela est un peu embarrassant. Ne voudriez-vous point savoir des nouvelles de Danemarck? en voilà que je reçois parla bonne Princesse. Je crois que cette grâce du Roi vous fera plaisir à voir; c'est ainsi que l'on diminue les peines , au lieu de les augmenter*.

Je reçois votre lettre du 15. Ce qui est dit, est dit sur votre voyage; vous m'en parlez toujours avec tant d'amitié, que j'en suis touchée dans le milieu du cœur. Je suis étonnée d'avoir pu trouver en moi assez de raison et de considération, pour vous laisser encore à vos Grignans jusqu'au mois d'Octobre. Je regarde avec tristesse la perte d'un tems où je pourrois vous voir : j'ai là-dessus des repentirs et des folies, dont le grand d'Hacqueville se moque. Je disois hier de Penautier ce que vous m'en dites, sur le peu de presse que je prévois qu'il y aura à sa table.

* Il s'agit de Griffenfeldt, dont le Roi commua la peine de mort en une prison. Mais ce qu'ajoute Madame de Sévigné est un souvenir amer de la dureté injuste avec laquelle Louis XIV avoit aggravé la peine de Fouquet en la commuant.

Pour les eaux de Vichi, je ne puis que m'en louer; elles m'ont redonné de la force, en me purgeant et en me faisant suer. Mon corps est bien; ce qui me reste n'est pas considérable ; je ferai, quand vous serez ici, tous les remèdes que vous voudrez : jusqu'alors il faut que je songe à Livry; je me trouve étouffée ici, j'ai besoin d'air et de marcher : vous me îeconnoissez bien à ce discours. Ce que vous dites de la raison qui vous fait être ravie que M. de Marseille ( 1 ) soit Cardinal, est justement la mienne : il n'aura plus la joie ni l'espérance de l'être.

On mande des merveilles de l'Allemagne. Que dites-vous de ces Allemands qui se laissent noyer par un petit ruisseau , qu'ils n'ont pas l'esprit de détourner? Je suis persuadée que M. de Luxembourg les battra, et qu'ils ne prendront point Philisbourg : ce n'est point notre faute, s'ils se rendent indignes d'être nos ennemis. Mon fils est dans l'armée de M. de Schomberg; c'est présentement la plus sûre. Que me dites-vous des Grignans qui viennent de vous arriver? J'en embrasse autant qu'il y en aura, et salue trè3-respectueusement M. l'Archevêque {d'Arles).

(1) Toussaint de Forbin de Janson , qui de l'Evéché de Marseille fut transféré en 167g à celui de Beauvais, ne fut Cardinal qu'en Février 1690, de la promotion que fit Alexandre VIII.

LETTRE 438."

Madame DE Grignan au Comte DE Bussy.

à Grignan , ce aa Juillet 1676.

Je Vous supplie, Monsieur, de faire mes compiia mens à Madame votre fille, sur la mort de M. le Marquis de Coligny. Vous savez mieux que moi ce qu'il lui faut dire en cette occasion. Je lui ferois un compliment fort mauvais et fort commun , qui ne la consoleroit point si elle est affligée , et qui lui paroîtroit impertinent, si elle ne l'est pas. Je remets donc mes intérêts entre vos mains , pour assaisonner les assurances que je vous prie de lui donner de la part que je prends à ce qui lui arrive. Si par hasard elle étoit accouchée, faites de cet événement le second point de votre discours. Mais je crois que cette prévoyance ne me dispense de rien à votre égard : il faudra une lettre de grandpère. Mandez-moi si vous êtes bien résolu de ne point faire de quartier là-dessus, afin que je commence à me préparer: car je vous avoue que difficilement pourrai-je me résoudre à vous parler comme il convient à un personnage si vénérable. Cependant j'ai des exemples bien proches qui devroient m'accoutumer à voir cette qualité désassortie aux personnes qui la portent. Vous n'ètes. ni plus jeune ni plus gai que ma mère étoit quand je lui fis l'affront de la lui donner. Je l'ai priée do vous dire la joie que j'ai de votre retour à Paris. Quoique le mystère soit agréable en mille occasions , je crois que vous êtes fort content de n'y être plus obligé pour vos amis. J'espère profiter de cette liberté cet hiver, En attendant je vous recommande la rate de ma mère ; et je vous demande toujours un peu de part en votre souvenir, et à celui de l'aimable veuve.

LETTRE 4^9

Le Comte DE BUSSY à Madame DE Grignan.

à Paris, ce a7 Juillet 1676.

\f o V s avez raison, Madame, vous n'eussiez rien écrit qui vaille à ma fille sur la mort de son mari; et vous avez bien plus d'esprit avec moi, que vous n'auriez eu avec elle. Je lui ferai votre compliment, et je lui dirai ni plus ni moins que ce qu'il faut dire. On ne connoît pas cette juste mesure d'aussi loin que vous êtes. Je lui dirai encore la joie que vous avez de son heureux accouchement; mais je ne vous dispenserai pas de m'écrire en cette rencontre. Je vous permettrai seulement de badiner avec moi; car pour l'humeur, je suis-plus loin du barbonnage que vous. Ecrivez-moi encore une fois ou deux, et puis venez m'aider à désopiler la rate de Madame votre mère. Votre absence empêche Veffet de mes remèdes.

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LETTRE 44°

Madame DE SÉrIGlfÈ à Madame DE Grignan.

à Paris, ce 24 Juillet 1676.

J'ai Vu ce matin le plus beau des Abbés. Noua jouissons par avance du plaisir de vous avoir : cette espérance répand une joie et une douceur sur toute ma vie; elle a déchiré un crêpe que votre absence y avoit mis. Je me porte bien quand je pense que vous vous préparez à venir me voir. D'Hacqueville veut que je retourne à Vichi cet automne : mais je ne saurois, je suis fatiguée de voyager. Mes mains ni mes genoux n'ont pas besoin de cette répétition si prompte; je sais une recette qui me guérira sûrement. Il est vrai que j'irai au-devant de vous; mais il n'est pas besoin que je prenne cette peine pour me faire venir; ce voyage sera mieux placé une autre fois. Je me repose un peu , en vous attendant; j'irai me rafraîchir à Livry. M. le Premier-Président m'a fait dire par M. d'Ormesson, que, puisque je savois présentement ce que c'est que d'être malade, je comprendrois bien les remèdes et les rafraîchissemens qu'il va prendre à Bâville , quinze jours, ou trois semaines durant. Au reste, la Reine de Pologne (1) vient à Bourbon; je crois que pendant qu'elle sera en train, elle viendra à

(1) Marie-Casimire de la Grange d'Arquien, femme de Jean Sobieski, élu Roi de Pologne en Mai 1674.

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