Images de page
PDF
ePub

Dieu les conserve dans cette oisiveté! Voilà, ma très-chère, d'épouvantables détails : ou ils vous ennuieront beaucoup, ou ils vous amuseront, ils ne peuvent point être indifférens. Je souhaite que vous soyez dans cette humeur, où vous me dites quelquefois : « Mais vous ne voulez pas me parler; » mais j'admire ma mère , qui aimeroit mieux » mourir, que de me dire un seul mot ». Oh! si vous n'êtes pas contente, ce n'est pas ma faute; non plus que la vôtre, si je ne l'ai pas été de la mort de Ruyter< Il y a des endroits dans vos lettres qui sont divins. Vous me parlez très-bien du mariage (1), il n'y a rien de mieux; le jugement domine, mais c'est un peu tard. Conservez-moi dans les bonnes grâces de M. de la Garde, et toujours des amitiés pour moi à M. de Grignan. La justesse de nos pensées sur votre départ, renouvelle notre amitié.

Vous trouvez que ma plume est taillée pour dire des merveilles du Grand-Maître (2); je ne le nie pas absolument : il est vrai que je croyois m'ètre moquée de lui, en vous disant l'envie qu'il a de parvenir, et comme il veut être Maréchal de France à la rigueur, comme du tems passé; mais c'est que vous m'en voulez sur ce sujet, le monde est bien injuste.

(1) On a déjà dit qu'il e'toit alors question d'un mariage pour M. de la Garde, qui ne se fit point. Voyez tome III, la Lettre du 11 Juin , pag.,45a.

(a) Voyez ci-dessus la Lettre du 10 Juillet.
Tome IV. C

Il l'a bien été aussi pour la Brinvilliers; jamais tant de crimes n'ont été traités si doucemeut, elle n'a pas eu la question ; on avoit si peur qu'elle ne parlât, qu'on lui faisoit entrevoir une grâce, et si bien entrevoir, qu'elle ne croyoit point mourir $ elle dit en montant sur l'échafaud: C'est donc tout de bon ? Enfin, elle est au vent, et son confesseur dit que c'est une Sainte. M. le Premier-Président, (de Lamoignon) , avoit choisi ce Docteur comme une merveille ; c'étoit celui qu'on vouloit qu'il prît. !N'avez-vous point vu ces gens qui font des tours de cartes, ils les mêlent fort long-tems, et vous disent d'en prendre une telle qu'il vous plaira, et qu'ils ne s'en soucient pas; vous la prenez, vous croyea l'avoir prise, et c'est justement celle qu'ils veulent: à l'application, elle est juste. Le Maréchal de Villeroi disoit l'autre jour : Penautier sera ruiné de cette affaire-ci; le Maréchal de Grammont répondit : II faudra qu'il supprime sa table : voilà bien des épigrammes. Je suppose que vous savez qu'on croit qu'il y a cent mille écus de répandus pour faciliter toutes choses : l'innocence ne fait guère de telles profusions. On ne peut écrire tout ce qu'on sait; ce sera pour une soirée. Rien n'est si plaisant que tout ce que vous dites sur la Brinvilliers. Je crois que vous avez contentement; il n'est pas possible qu'elle soit en paradis; sa vilaine âme doit être séparée des autres. Assassiner est le plus sûr; nous sommes de votre avis ; c'est une bagatelle en comparaison d'être huit mois à tuer son père, et à

recevoir toutes ses caresses et toutes ses douleurs, à quoi elle ne répondoit qu'en doublant toujours la dose.

Contez à M. l'Archevêque ( d'Arles ) ce que m'a fait dire M. le Premier-Président pour ma santé. J'ai fait voir mes mains et quasi mes genoux à Langeron, afin qu'il vous en rende compte. J'ai d'une manière de pommade qui me guérira, à ce qu'on m'assure; je n'aurai point la cruauté de me plonger dans le sang d'un bœuf, que la canicule ne soit passée. C'est vous, ma fille, qui me guérirez de tous mes maux. Si M. de Grignan pouvoit comprendre le plaisir qu'il me fait d'approuver votre voyage, il seroit consolé par avance de six semaines qu'il sera sans vous.

Madame de la Fayette n'est point mal avec Madame de Schomberg. Cette dernière me fait des merveilles, et son mari à mon fils. Mm8. de Villars songe tout de bon à s'en aller en Savoie; elle vous trouvera en chemin. Corbinelli vous adore, il n'en faut rien rabattre; il a toujours de3 soins de moi admirables. Le bien bon vous prie de ne pas douter de la joie qu'il aura de vous voir; il est persuadé que ce remède m'est nécessaire, et vous savez l'amitié qu'il a pour moi. Livry me revient souvent dans la tête, et je disque je commence à étouffer, afin qu'on approuve mon voyage. Adieu, ma trèfaimable et très-aimée; vous me priez de vous aimer; ah ! vraiment je le veux bien; il ne sera pas dit que je vous refuse quelque chose.

C a

LETTRE 442.
A la même.
à Paris, vendredi 31 Juillet 1676.

Il est question d'une illumination; c'est demain à Versailles. Madame de la Fayette, Madame de Coulanges viennent de partir : je voudrois que vous y fussiez. Pour moi, après avoir vu les bonnea Villars, et cherché inutilement Mademoiselle de Méri, je suis revenue vous écrire; c'est tout ce qui peut me plaire en attendant mieux. Le bon Abbé même est à Livry ; de sorte que c'est avec vous que je passe la soirée très-agréablement. Celles qui ont intérêt à tout ce qui se passe en Flandres et en Allemagne, sont un peu troublées. On attend tous les jours que M. de Luxembourg batte les ennemis ç et vous savez ce qui arrive quelquefois. On a fait une sortie à Maestricht, où les ennemis ont eu plus de quatre cents hommes de tués. Le siége d'Aire va son train. On a envoyé le Duc de Villeroi et beaucoup de cavalerie, dans l'armée du Maréchal d'Humières. Je crois que mon fils en est; mais quoiqu'il ne soit point paresseux de m'écrire, je ne sais comme cela se fait, je n'ai jamais de lettres comme les autres, et cela me met toujours en peine. Je retarde même quelques jours d'aller à Livry, pourvoir de quelle façon tout ceci se démêlera. C'est M. de Louvois qui a fait avancer, de son autorité» l'armée de M. de Schomberg fort près d'Aire* et a mandé à Sa Majesté qu'il croyoit que le retardement d'un courrier auroit pu nuire aux affaires. Méditez sur ce texte.

Puisque je cause avec vous, il faut que je vous parle de Madame la Grand'Duchesse et de Madame de Guise (1). Elles sont très-mal ensemble, et ne se parlent point, quoiqu'elles soient toujours dans le même lieu. Madame la Grand'Duchesse est fort agréablement avec le Roi; elle a un logement à Versailles; elle y fait d'assez longs séjours; elle est à l'illumination, et bientôt sa prison sera la Cour, et l'attachement entier à sa noble famille. On a écrit à M. le Grand-Duc que cette retraite qu'on lui avoit promise s'observoit mal; il a dit qu'il ne s'en soucioit point du tout; qu'en remettant Madame sa femme entre les mains du Roi,il avoit 6té de son esprit tout le soin de sa conduite. Le Comte de Saint-Maurice me dit hier que M. le Grand-Duc, voyant un grand Seigneur de Savoie à sa Cour, il lui avoit dit avec un soupir: « Ah, » Monsieur ! que vous êtes heureux d'avoir eu une » Princesse de France, qui ne s*est point fait un » martyre de régner dans votre cœur »!

On commence à murmurer je ne sais quoi de Théobon, comme si les duels étant défendus, les rencontres étoient permises : je vous dis cela extrêmement en l'air, comme il m'a été dit.Votre cousine d'Harcourt a pris l'habit à Montmartre; toute la

(1) Ces deux Princesses e'toient filles de Gaston de France, Duc d'Orléans, et de Marguerite de Lorraine.

« PrécédentContinuer »