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et plus d'étendue que la civilité, qui n'en a que l'apparence.

Nous voulions croire, Madame de Coligny et moi, que le plaisant et le badin signifioient la même chose ; mais M. d'Autun nous a fait revenir, en nous disant que le plaisant divertissoit quelquefois sur les matières sérieuses, aussi bien que sur des enjouées; et que le badin nefaisoit jamais rire que sur des niaiseries. Il est convenu pourtant que l'un et l'autre caractère pouvoit quelquefois ennuyer, mais que l'agréable plaisoit toujours. Il est vrai que la différence de tout cela est si petite ,qu'on ne veut pas prendre la peine de la trouver.

Adieu, Monsieur; ma fille et moi vous aimons toujours à qui mieux mieux.

LETTRE 554.

Madame DE SÉriGNÉ au Comte De Busst.

à Paris, ce 27 Février 167g.

V ous avez passé votre hiver à Autun en trèsbonne compagnie. Si j'ai oublié dans ma première lettre de faire mention du Prélat, je vous supplie que je répare ce défaut dans celle-ci, et qu'il soit persuadé par vous que je l'honore parfaitement, et que le croyant au premier rang de tout ce qu'il y a de bonnes compagnies en ce pays-ci, je le prie de juger ce que j'en puis penser dans la Province, et combien je vous trouve heureux d'avoir passé quelques mois avec lui. Nous avons eu ici des glaces et des neiges insupportables; les rues étoient de grands chemins rompus d'ornières. Nous commençons depuis quelques jours à revoir le pavé, qui nous fait le même plaisir que le rameau d'olive qui lit connoître que la terre étoit decouverte. Je crois pourtant que vous ne devez pas vous presser d'aller revoir votre charmant paysage de Chaseu, il est encore de trop bonne heure; c'est le mois d'Avril qui commence à ouvrir le printems.

Ma fille est toujours languissante; sa mauvaise santé fait le plus grand chagrin de ma vie. Nous sommes occupés présentement à juger des beaux sermons. Le Père Bourdaloue tonne à Saint Jacquesde-la-Boucherie. Il falloit qu'il prêchât dans un lieu plus accessible; la presse et les carrosses y font une telle confusion, que le commerce de tout ce quartier-là en est interrompu.

On distribue bien des Evêchés et des Abbayes. Un jeune Abbé de la Broue, qui n'a prêché qu'une seule fois devant le Roi, est nommé pour l'Evêché de Mirepoix; M. de Tulle (Mascarori) pour Agen, le Père Saillan de l'Oratoire pour Tréguier, l'Abbé de Bourlemont pour Fréjus, l'Abbé de Noailles pour Cahors.

M. de Marsan et le Chevalier de Tilladet sont pensionnaires. L'Abbé de la Fayette et un frère de Marsillac ont des Abbayes. Enfin, les uns sont contens, les autres non. C'est le monde, il n'y a rien de nouveau à cela. Savez-vous l'adoucissement

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de la prison de MM.de Lauzun et Fouquet? Cette permission qu'ils ont de voir tous ceux de la citadelle, et de se voir eux-mêmes, manger et causer ensemble, est peut-être une des plus sensibles joies qu'ils auront jamais.

J'étois l'autre jour en un lieu où l'on tailloit en, plein drap. On ouvroit des prisons, on faisoit revenir des exilés, on remettoit plusieurs choses à leurs places, et on en ôtoit plusieurs aussi de celles qui y sont. Vous ne fûtes pas oublié dans ce remueménage , et l'on parla de vous dignement. Voilà tout ce qu'une lettre vous en peut apprendre.

LETTRE 555.

Au même,

à Paris, ce 2g Mai 1679.

Que dit-on quand on a tort? Pour moi, je n'ai pas le mot à dire ; les paroles me sèchent à la gorge: enfin, je ne vous écris point, le voulant tous les jours, et vous aimant plus que vous ne m'aimez: quelle sottise de faire si mal valoir sa marchandise! Car c'en est une très-bonne que l'amitié, et j'ai de quoi m'en parer quand je voudrai mettre à profit tous mes sentimens. Il y a dix jours que nous sommes tous à la campagne par le plus beau tems du monde; ma fille s'y porte assez bien : je voudrois bien qu'elle me demeurât tout l'été ; je crois que sa santé le voudroit aussi ; mais elle a une raison austère, qui lui fait préférer son devoir à sa vie. Nous l'arrêtâmes l'année passée; et parce qu'elle croit se porter mieux à présent, je crains qu'elle ne nous échappe celle-ci. Je vis l'autre jour le bon Père Rapin, je l'aime, il me paroît un bon homme et un bon Religieux; il a fait un discours sur l'Histoire et sur la manière de l'écrire, qui m'a paru admirable. Le Père Bouhours étoit avec lui; l'esprit lui sort de tous côtés. Je fus bien aise de les voir tous deux. Nous fîmes commémoration de vous, comme d'une personne que l'absence ne fait point oublier. Tout ce que nous connoissons de Courtisans, nous parurent indignes de vous être comparés, et nous mîmes votre esprit dans le rang qu'il mérite. Il n'y a rien de quoi je parle avec tant de plaisir.

Avez-vous lu la Vie du grand Théodose, par l'Abbé Fléchier? Je la trouve belle.

Vous savez toutes les nouvelles, mon cher Cousin; que vous dirai-je? Le moyen de raisonner sur ce qui est arrivé, non plus que sur les difficultés du Brandebourg, qui fait faire encore à bien des Officiers un voyage en Allemagne *?

* La paix du nord avoit été concertée entre la France et les Hollandois Mais les parties intéressées n'en étoient pas contentes , sur-tout le Duc de Brandebourg, qui avoit chassé les Suédois du Continent, et eût voulu garder toutes ses conquêtes. Il fallut que le Maréchal de Créqui l'allàt battre en Westphalie, ce qui devenoit trop facile pour être glorieux. La paix ne fut consommée qu'en Octobre.

Ce n'étoit pas là les seules nouvelles de la Cour. Madame de Montespan n'étoit plus maîtresse du Roi. La belle Fontanges l'avoit ouvertement remplacée. Les dévotions de Pâques furent Mais que dites-vous de notre pauvre Corbinelli? Sa destinée le force à soutenir un procès par pure générosité pour une de ses parentes. Sa philosophie en est entièrement dérangée. Il est dans une agi-» tation perpétuelle. Il y épuise sa santé et sa poitrine. Enfin , c'est un malheur pour lui, dont tous ses amis sont au désespoir.

LETTRE 556.

Au même.

à Paris, ce 27 Juin 167g.

JE n'ai pas le mot à dire à tout le premier article de votre lettre, sinon que Livry c'est mon lieu favori pour écrire. Mon esprit et mon corps y sont en paix; et quand j'ai une réponse à faire, je la remets à mon premier voyage. Mais j'ai tort, cela fait des retardemens dont je veux me corriger. Je dis toujours que si je pouvois vivre seulement deux cents ans, je deviendrois la plus admirable personne du monde. Je me corrige assez aisément, et je trouve qu'en vieillissant même j'y ai plus de facilité. Je sais qu'on pardonne mille choses aux charmes de la jeunesse qu'on ne pardonne point quand ils sont passés. On y regarde de plus près;

l'époque de ces changemens. Le Confesseur Lachaise trouva de bonnes raisons pour que cet amour fût préféré1 à l'autre ; ce qui le fit nommer la Chaise de commodité. On sait les fureurs de Madame de Montespan, et le parti qu'en tira Madame de Maintenon.

Tomï IV. B b

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