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on n'y excuse plus rien; on a perdu les dispositions favorables de prendre tout en bonne part; enfin, il n'est plus permis d'avoir tort; et dans cette pensée l'amour-propre nous fait courir à ce qui nous peut soutenir contre cette cruelle décadence, qui, malgré nous , gagne tous les jours quelque terrein. .

Voilà les réflexions qui me font croire que dans l'âge où je suis, on se doit moins négliger que dans la fleur de l'âge. Mais la vie est trop courte; et la mort nous prend, que nous sommes encore tout pleins de nos misères et de nos bonnes intentions.

Je loue fort la lettre que vous avez écrite au Roi; je la trouve d'un style noble, libre et galant qui me plaît fort. Je ne crois pas qu'autre que vous ait jamais conseillé à son maître de laisser dans l'exil son petit serviteur, afin de donner créance au bien qu'on a à dire de lui, et d'oter tout soupçon de flatterie à son histoire.

Ce que ma chère Nièce m'a écrit me paroît si droit et sj ton , que je n'en veux rien rabattre : il est impossible qu'elle ne m'aime pas, àle dire comme» vile le dit.

A Madame DE COLIGNY.

Je vous en remercie, ma chère Nièce, et je voudrois pour toute réponse, que vous eussiez entendu ce que je disois de vous l'autre jour ; je vous peignis au naturel, et bien. Il y a très-peu de personnes qui puissent se vanter d'avoir autant de vrai mérite que vous.

Notre pauvre ami est abîmé dans son procès. Il le veut traiter dans les règles de la raison et du bon sens; et quand il voit qu'à tous momens la chicane s'en éloigne, il est au désespoir. Il voudroit que sa rhétorique persuadât toujours comme elle le devroit en bonne justice; mais elle est souvent inutile. Ce n'est point façon d'amour que le zèle qu'il a pour sa cousine, c'est pure générosité : mais c'est façon de mort, que la fatigue qu'il se donne pour cette malheureuse affaire. J'en suis affligée; car je le perds, et je crains de le perdre encore davantage.

Ma fille ne s'en ira qu'au mois de Septembre* Elle se porte mieux ; elle vous fait mille amitiés; à vous, Madame, et à vous, Monsieur. Si vous la connoissiez davantage, vous l'aimeriez encore mieux.

LETTRE 557.
Au même.

à Paris, ce ao Juillet 167 g.

J'ai vu et entretenu M. l'Evêque d'Autun, et je comprends bien aisément l'attachement de ses amis pour lui. Il m'a conté qu'il passa une fois à Langeron, et qu'il ne vouloit pas s'y débotter seulement. Il y fut six semaines. Cet endroit est tout propre à persuader l'agrément, la douceur et la facilité de son esprit. Je crois que j'en serois encore plus persuadée, si je le connoissois davantage. Nous

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avons fort parlé de vous sur ce ton-là. Je parlai au Prélat de la lettre que vous avez écrite au Roi; il me dit qu'il l'avoit vue, et qu'il l'avoit trouvée belle. Je vous trouve fort heureux de l'avoir. Ce bonheur est réciproque, et vous êtes l'un à l'autre une très-bonne compagnie. Il vous dira les nouvelles et les préparatifs du mariage du Roi d'Espagne , et du choix du Prince et de la Princesse d'Harcourt pour la conduite de la Reined'Espagne * à son époux, et de la belle charge que le Roi a donnée à M. de Marsillac, sans préjudice de la première. Il vous apprendra comme M. de la Feuillade, Courtisan passant tous les Courtisans passés , a fait venir un bloc de marbre qui tenoit toute la rue Saint-Honoré : et comme les soldats qui le conduisoient ne vouloient point faire place au carrosse de M. le Prince qui étoit dedans, il y eut un combat entre les soldats et les valets de pied t le peuple s'en mêla, le marbre se rangea, et le Prince passa. Ce Prélat vous pourra conter encore, que ce marbre est chez M. de la Feuillade, qui fait ressusciter Phidias ou Praxitèle pour tailler la figure du Roi à cheval dans ce marbre, et comme cette statue lui coûtera plus de trente mille écus.

* Mademoiselle, fille de Monsieur, frère de Louis XIV, fut mariée à Charles II Roi d'Espagne. C'étoit une des conditions de la paix, à laquelle la jeune Princesse n'avoit lien moins qu'accédé. Elle eût voulu épouser le Dauphin. Le Roi lui dit : Je fous fais Reine d'Espagne; que pounvis-je de plus pour ma filte: Jh '. ( répondit-elle ) vous pourriez plus pour votre nièce. Elle mourut dix ans après. Nous parlerons de cette mort qui » donné lieu à éant de soupçons.

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