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Il me semble que cette lettre ressemble assez aux chapitres de l'Amadis : Et comme Tonquin d'Armorique nétoit autre que René de Guingo. Et comme ayant trouvé sa mie, il ne savoit bonnement que lui dire.

Je suis tellement libertine quand j'écris, que le premier tour que je prends règne tout du long de ma lettre. Il seroit à souhaiter que ma pauvre plume galopant comme elle fait, galopât au moins sur le bon pied. Vous en seriez moins ennuyés, Monsieur et Madame; car c'est toujours à vous deux que je parle , et vous deux que j'embrasse de tout mon cœur. Ma fille me prie de vous dire bien des amitiés à l'un et à l'autre. Elle se porte mieux; mais comme un bien n'est jamais pur en ce monde, elle pense à s'en aller en Provence, etje ne pourrois acheter le plaisir de la voir que par sa mauvaise santé. Il faut choisir et se résoudre à l'absence; elle est amère et dure à supporter. Vous êtes bien heureux de ne point sentir la douleur des séparations; celle de mon fils qui s'en va camper à la plaine d'Ouilles, n'est pas si triste que celles des autres années; mais il ne s'en faut guère qu'elle ne coûte autant ; l'or et l'argent, les beaux chevaux, et les justaucorps étant la vraie représentation des troupes du Roi de Perse. Faites-vous envoyer promptement les Fables de la Fontaine, elles sont divines. On croit d'abord en distinguer quelques-unes; etàforce de les relire , on les trouve toutes bonnes. C'est une manière de narrer, et un style à quoi l'on ne s'accoutume point. Mandez-m'en votre avis, et le nom de celles qui vous auront sauté aux yeux les premières.

Notre ami Corbinelli est dans l'espérance de l'accommodement de l'affaire de sa cousine. Si vous êtes à Chaseu, faites mes complimens à M. et à Madame de.Toulongeon. J'aime cette petite femme; ne la trouvez-vous pas toujours jolie?

LETTRE 558.
Au même.

à Paris, ce ao Août 167g.

Je ne sais, mon Cousin, pourquoi vous ne vous donnez point le plaisir d'une bonne compagnie

dans la Province, chose si rare, vous et M. de *

Sa femme a bien de l'esprit, ma Nièce se trouveroit très-bien de cette société. Vous n'avez nul chagrin les uns contre les autres; quand vous allez chez vous, il est tout naturel de l'aller voir, et puis vous verrez comment vous vous accommoderez ensemble. Je suis sûre que ce sera très-bien, et que s'il vous rencontroit, il vous embarrasseroit par ses honnêtetés et par la manière dont il vous témoigneroit l'envie qu'il a d'être de vos serviteurs et de vos amis, lié, mon Dieu ! a-t-on trop bonne compagnie dans les Provinces, qu'il faille s'ôter

* Il y a tout lieu de croire qu'il s'agit de M.de Guitaut, I eloiguement entre lui et Bussy, datoit du tems des guerres civiles. Guitaut avoit été préféré à celui-ci par le Grand-Condé.

ceux avec qui nous parlerions notre langue, et qui nous entendroient fort bien ? Il me semble que vous et ma Nièce devriez aimer ceux qui sauroient ce que vous valez. La fantaisie m'a pris de vous mander ceci; quelquefois il ne faut rien pour rompre une glace : j'ai entrepris de vous faire amis, d'autant plus qu'il me semble qu'une telle négociation est de ma force, ou je suis bien foible. C'est à vous deux à me dire ce que vous pensez là-dessus. Je voudrois que sans rebattre les lanterneries du passé, cela se fît en galant homme avec cette grâce que vous avez quand il vous plaît. Si je réussis, je suis assurée que vous me remercierez tous deux. Voilà mes pensées : faites-en ce qu'il vous plaira.

LETTRE 559.

Au même.

à Paris, ce a5 Août 1679.

Pla1gnez-mot, mon Cousin, d'avoir perdu le Cardinal de Retz. Vous savez combien il étoit aimable, et digne de l'estime de tous ceux qui le connoissoient. J'étois son amie depuis trente ans, et je n'avois jamais reçu que des marques tendres de son amitié. Elle m'étoit également honorable et délicieuse. Il étoit d'un commerce aisé plus que personne au monde. Huit jours de fièvre continue m'ont ôté cet illustre ami. J'en suis touchée jusqu'au fond du cœur.

J'ai ouï dire que le tonnerre est tombé tout auprès

B b *

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