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Saint-Esprit, etj'ai dans la tête qu'il le menera à Grignan; peut-être aussi qu'ils n'y penseront point. La bonne d'Heudicourt a été dix jours dans la gloire de Niquée; mais comme on ne lui avoit donné un logement que pour ce tems-là, elle est revenue, et on l'a trouvé très-bon. Le tempérament et le détachement de vos Picl1ons régnent assez dans ce bon pays - là. M. du Maine est un prodige d'esprit; premièrement $ aucun ton, aucune finesse ne lui manque; il en veut, comme les autres, à M. de Montausier; c'est sur cela que je dis Yiniqua corte: il le voyoit passer un jour sous ses fenêtres avec une petite baguette qu'il tenoit en l'air; il lui cria: Monsieur de Montausier, toujours le bâton haut. Mettez y le ton et l'intelligence, et vous trouverez qu'à six ans on n'a guère de ces manières-là : il en dit tous les jours mille. Il étoit, il y a quelques jours, sur le canal dans une gondole où il soupoit fort près de celle du Roi : on ne veut point qu'il l'appelle mon papa; il se mit à boire, et follement s'écria, à la santé du Roi mon père; et puis se jeta, en mourant de rire, sur Madame de Maintenon. Je ne sais pourquoi je vous dis ces deux choses-là; ce sont, je vous assure, les moindres.

Le Roi a donné à un fils de M. le Grand la belle Abbaye de M. d'Alby, de vingt-cinq mille livres de rente (1). Mon zèle m'a conduite à parler moimême à M. Piton de votre pension ; il me dit que l'Abbé de Grignan tenoit le fil de cette affaire, di

0} L'Abbaye des Chastellicr*.

sorte sorte que je ne ferai plus que réveiller le bel Abbé, sans me vanter d'avoir été sur ses brisées : c'est que je me défie toujours des allures des gens paresseux. Je ne suis paresseuse que pour moi, j'aimerois qu'on fût de même. Il a interrompu ma lettre, ce bel Abbé, et il m'a promis de faire si bien, que je ne puis douter que nous n'ayons notre pension. Ecrivez-lui un mot sur ce sujet, afin de l'animer à faire des merveilles ; il fera raccommoder nos lettres de Marquisat de la manière que je vous l'ai dit. Parère me promet tous les jours l'expédition de ces lotis et ventes; c'est un plaisant ami; il me bredouilla l'autre jour mille protestations; je croyois cette affaire faite, et je ne tiens encore rien. J'ai vu ce que l'on mande au bel Abbé sur cette réconciliation du père et du fils, cela est écrit fort plaisamment. Cette retraite dans le milieu de l'Archevêché, et cette Thébaïde dans la rue Saint-Honoré, m'ont extrêmement réjouie. Les retraites ne réussissent pas toujours; il faut les faire sans les dire: mais on a promis à l'Abbé de lui conter le sujet de cette belle réconciliation dont je suis si édifiée. Je vous prie, ma fille, que ce soit par vous que je l'apprenne.

On attend des nouvelles d'Allemagne avec trémeur; il doit y avoir eu un grand combat. Je m'en vais cependant à Livry; qui m'aimera me suivra. Corbinelli m'a promis de venir m'apprendre à voir jouer, comme je vous disois l'autre jour : cela me divertit.'

Tomk IV. D

LETTRE 44^*
A la même.

Commencée à Paris le 1l, et finie à Livry
mercredi 12 Août 1676.

Le vieux de Lorme, Bourdelot et Vesou me défendent Vichi pour cette année; ils ne trouvent pas que cette dose de chaleur si près l'une de l'autre fût une bonne et prudente conduite : pour l'année qui vient, c'est une autre affaire, nous verrons; mais quoi que dise notre d'Hacqueville, on n'oseroit entreprendre ce voyage contre l'avis des mêmes médecins qui m'y avoient si bien envoyée : je n'ai nulle opiniâtreté, et je me laisse conduire avec une docilité que je n'avois pas avant que d'avoir été malade. Vous me trouverez en état de vous donner de la joie ; ce qui me reste d'incommodité est si peu de chose que cela ne mérite ni votre attention, ni votre inquiétude.

D'Hacqueville doit encore parler à M. de Pompone , et discourir à fond sur vos affaires ; il vous en écrira, et vous enverra aussi l'expédition de vos lods et ventes que Parère me promit hier trèspositivement. Je vous écris ceci avant que d'aller à Livry, où je serai demain matin, et où j'acheverai cette lettre. Je voudrois que vous vissiez de quelle façon vous m'avez écrit de la taille du Pichon; je suis fort aise que ce soit une exagération causée par votre crainte; à la lin , il se trouvera que c'est un fort joli petit garçon qui a bien de l'esprit; et voilà sur quoi vous me faites consulter les matrones. Rien, en vérité, n'est plus plaisant que ce que vous dites de la Si...... quellelète ! ose-t-elle se montrer

devant la vôtre? Ce que disent les Dames de Grenoble est si plaisant etsi juste, que je crois que c'est vous qui l'avez dit pour elles. Je trouve à cette folie tant d'imagination, que je n'y reconnois point le style de la Province.

On a donné Alby à M. de Mende (1), mais il y a douze mille francs de pension ; trois mille livres au Chevalier de Nogent, trois mille livres à M. d'Agen notre ami, et six mille livres à M. de Nevers; je ne vois pas bien pourquoi, si ce n'est pouruneaugmentation de violons dont il se divertit tous les soirs. Ah ! que je suis aise que vous ayez achevé ces V~isirs ! N'est-il pas vrai que vous aimez le dernier? Il faut avouer que cette petite histoire n'est point bien écrite du tout; mais les événemens se laissent fort bien lire. Il me semble que cette Reine de Pologne ne vient plus tant (2); peut-être qu'elle attend le Grand-Seigneur, ou le Grand-Visir que nous aimons.

(1)Hyacinthe Serroni , Évêque de Mende, fut le premier Archevêque d'Alby. Il étoit Religieux de l'Ordre de S. Dominique lorsqu'il passa d'Italie en France avec Michel Mazarin, Cardinal et Archevêque d'Aix , lequel avoit été Religieux et Général de ce même Ordre.

(1) Voyez la Lettre du a4 Juillet, ci-dessus.

D a La Princesse d'Harcourt (1) est accouchée à cinq mois d'un enfant mort depuis plus de six semaines; aussi a-t-elle pensé mourir ; mais elle est mieux, et ce qui la guérira sans doute, c'est qu'on l'a fait transporter à Clagny , crainte du bruit : Madame de Montespan en a des soins extrêmes ; Dieu sait si la reconnoissance sera tendre.

A Livry.

Je viens de recevoir votre lettre du 2 : vous avez été au Saint-Esprit; c'est pour être bien fatiguée; vous pouviez ne m'écrire que trois lignes, je l'eusse fort approuvé. C'eût été une plaisante chose que vous y eussiez trouvé le Grand - Maître : je vois bien que vous croyez que je l'aurois trouvé encore plus plaisant que vous. Je crois voir bientôt Gourville; je lui parlerai de Vénejan: c'est une situation admirable ; mais il ne faut pas le vendre à vil prix, comme on vend aujourd'hui toutes les terres. Le pauvre M. le Tellier a acheté Barbesieux, une des belles terres de France, au denier seize; c'est en vérité une raillerie. Peut-être que M. le Prince de Conti, ou son conseil, ne se prévaudroient point de cette mode, puisque vous ne vendriez pas Vénejan par décret. Pour Caderousse, je n'imagine d'accommodement avec lui que de jouer sa part à trois dés contre M. de Grignan. Ne faites point de façon de m'envoyer les commissions de la mariée : vous

(1) Françoise de Brancas, femme d'Alphoase-Henri-Cbarle1 île Lonaiue, Prince d'Harcourt.

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