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ne sauriez trop me conter comme un des choux de votre jardin. Je serai ravie d'aller un moment à Paris pour un si bon sujet. La bonne d'Escars nous donnera un plat de son habileté avec beaucoup de joie. Mettez-nous donc en œuvre , et vous en serez contente.

On me mande de Paris que l'on n'a point encore de nouvelles d'Allemagne. L'inquiétude que l'on a sur ce combat, que l'on croit inévitable, ressemble à une violente colique, dont l'accès dure depuis , plus de douze jours. M. de Luxembourg accable de courriers. Hélas ! ce pauvre M. de Turenne n'en envoyoit jamais; il gagnoit une bataille, et on l'apprenoit par la poste. Nos Chanoines de Flandres sont en parfaite santé, et notre bon Ermite aussi (1) , qui m'écrit du 17, de Lyon , où il est allé en cinq jours de son ermitage. Il attend ses confrères; si on l'avoit laissé le maître de la route, il seroit arrivé, dit-il, en douze jours de Lyon 4 Rome. >.

M. d'Hacqueville a fort causé avec M. de Po1bt pone; il n'y a rien à faire pour votre marquisat, qu'à le vendre avec ce titre, qui rend toujours une terre plus considérable; en sorte que si celui qui l'achète n'a pas la qualité requise , il ne laisse pas d'obtenir aisément des lettres en Chancellerie, qui

(1) M. le Cardinal de Retz s'étoit retiré depuis peu à Commcrcy dans la vue de payer ses dettes qui étoient considérables, à quoi il eut le bonheur de réussir avant sa mort. Madame de Sévigné disoit de lui et de M. de Turenne, que l'un étoit la àéros de l'épée, et l'autre le héros du bréviaire

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le font Marquis de Mascarille. L'Abbé de Cha- vigny n'est plus notre Évêque de Rennes; il aime mieux l'espérance de Poitiers; c'est celui de Dol qui vient à Rennes, et l'Abbé de Beaumanoir à Dol. Vous voulez, ma très-chère, que je vous parle de ma santé, elle est encore meilleure ici qu'à Paris; ce petit étouffement a disparu à la vue de l'horizon de notre petite terrasse ; il n'y a point encore de serein; quand je sens le moindre froid, je me retire. On a fait une croisée sur le jardin dans ce petit cabinet; ce qui en ôte tout l'air humide et malsain qui y étoit : mais outre l'agrément extrême que cela fait, il n'y fait point chaud : car ce n'est que le soleil levant qui le visite une heure ou deux. Je suis seule, le bon Abbé est à Paris. Je lis avec le Père Prieur, et je suis attachée à des Mémoires d'un M. de Pontis (1), Provençal, qui est mort depuis six ans à Port-Royal, à plus de quatre-vingts ans. Il conte sa vie et le tems de Louis XIII avec tant de vérité, et de naïveté , et de bon sens, que je ne puis m'en tirer.

(1) Louis de Pontis, Gentilhomme Provençal , qui après avoir passé cinquante-six ans dans les armées au service de trois de nos Rois, crut devoir se retirer en 1653 pour mener une vie cachée à Port-Royal-des-Champs, où il vécut dans la pratique de la pénitence et de la piété , et mourut le i4 Juin 1670. Voyez le Nécrologe de Port-Royal, page a36. Com'me ce fut Thomas du Fossé qui rédigea les Mémoires dont il s'agit , cet ouvrage étoit censé appartenir à Port-Royal, et dès-lors il ne devoit point plaire également à tout le monde.

* Ces Mémoires sont remplis de fables; comme l'ont prouvé d'Avrigny et Voltaire.

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M. le Prince l'a lu d'un bout à l'autre avec le même appétit. Ce livre a bien des approbateurs, il y en a d'autres qui ne peuvent le souffrir: il faut ou l'aimer ou le haïr, il n'y a point de milieu : je ne voudrois pas jurer que vous l'aimassiez.

La raison que vous ne comptez point pour me faire aller à Vichi, qui est de vous voir et de vous ramener, est justement celle qui me toucheroit, et qui me paroît uniquement bonne : aussi je n'y balancerois pas, si j'étois persuadée que cela fût nécessaire; mais je crois mes lettres de change acceptées de trop bonne foi, pour ne pas être acquittées exactement. Je vous attendrai donc, ma très-belle, avec toute la joie que vous pouvez vous imaginer d'une amitié comme celle que j'ai pour vous.

LETTRE 44^.

A la même.

à Livry, vendredi i4 Août 1676.

Ma chère enfant, je me porte fort bien ici; je suis plus persuadée de la grandeur du mal que j'ai eu, par la crainte que je sens d'y retomber, et par ma conduite à l'égard du serein, que par nulle autre chose; car vous vous souvenez bien que les belles soirées et le clair de lune me donnoient un souverain plaisir. Je vous remercie d'avoir pensé à moi dans ces beaux tems. Mesdames de Villars, de Saint -Géran, d'Heudicourt, Mademoiselle de TEstranges, la petite âme et la petite Ambassadrice arrivèrent hier ici à midi; il faisoit très- beau. Un léger soupçon avoit causé une légère prévoyance , qui composa un très-bon dîner. J'ai un fort bon cuisinier, vous m'en direz votre avis. Nous causâmes, nous mangeâmes, nous nous réjouîmes assez, nous parlâmes de vous avec plaisir. Elles me dirent qu'il n'y avoit point encore de nouvelles d'Allemagne: c'est brûler à petit feu. Il me paroît que de savourer ainsi dix ou douze jours une violente inquiétude, c'est tirer son jeu à petite prime; et la Marquise de la Trousse, qui revient de la Trousse, ouvrira son jeu tout d'uu coup, et le verra bon ou mauvais , comme il sera ; car il n'y a jamais que ce qui y est; et l'inquiétude, non plus que la façon des tireurs de prime, ne fait rien à l'affaire. Je crois cependant que les amitiés les plus vives ne veulent rien s'épargner; qu'en dites-vous?

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Le Roi a donné à un M. du Plessis, GrandVicaire de Notre-Dame, et fort homme de bien, l'Evêché de Saintes : Sa Majesté dit tout haut: « J'ai » donné cematin unEvêchéà unhommeque je n'ai » jamais vu». C'est le second ; l'autre étoit l'Abbé de Barillon, Evêque de Luçon. La belle Mme. d* Stontespan commence un peu à se lasser de cette exposition publique; eHe a été deux ou trois jours à n'avoir pas la force de s'habiller. Le Roi ne laisse pas de jouer :mais le jeu n'est pas si long. Si ce changement de théâtre ne dure, c'est qu'il étoit trop agréable pour être de longue durée. On affecto fort de n'avoir point d'heures particulières; tout le monde est persuadé, que la bonne politique veut qu'on n'en ait point; et que si on en avoit, on n'en auroit plus.

Madame de Villars s'en va tout de bon en Savoie jouer un assez joli rôle; elle a un carrosse magnifique, une belle housse de velours rouge, et tout le reste. Un de ses plaisirs, dit-elle, c'est qu'elle n'aimera personne dans ce pays-là : voilà un triste plaisir. Celui de la d'Heudicourt, qui s'en va chez elle pour quelques semaines, n'est pas plus gai. La manière de ce bon pays que vous savez, c'est de combler de joie , de faire tourner la tête, et puis de ne plus connoître les gens; mais surtout, c'est de se passer parfaitement bien de toutes choses. Ce détachement en mériteroit un pareil des pauvres mortels ; mais il y a de la glu jusqu'à leurs regards. Adieu, belle et charmante, je ne suis plus si causante qu'à Paris; j'en suis fâchée pour vous, puisque vous vous divertissez de mes peintures.

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