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Wallenstein avec l'aide du roi de Pologne. Les ressources des Danois s'épuisaient cependant, et Stralsund allait succomber, quand une flotte suédoise apporta de nouveaux défenseurs à cette courageuse ville. Wallenstein, qui avait annoncé qu'il prendrait Stralsund, fût-elle attachée au ciel par des chaînes de fer! se vit réduit à lever le siége (novembre 1628).

Stralsund cut ainsi la gloire d'arrêter le flot de l'invasion autrichienne. Ce premier échec, l'attitude nouvelle de la France, les instances de l'Espagne, qui pressait l'empereur d'intervenir en Italie, décidèrent Ferdinand à abandonner le projet de conquérir la Baltique, tout en conservant un établissement sur cette mer, à octroyer la paix au roi de Danemark et à lui rendre ses provinces, à condition que le Danois abandonnát les intérêts du Palatin et des ducs proscrits du Mecklenbourg. Le Danois consentit, sacrifia ses alliés, et renonça aux anciennes possessions ecclésiastiques qu'il avait occupées dans le cercle de Basse-Saxe (l'archevêché de Bremen et l'évêché de Verden) (mai 1629). Les impériaux restèrent dans le Mecklenbourg et la Pomeranie. .

Une telle paix n'était ni ce que désirait Richelieu, ni ce qui pouvait sauver l'Allemagne. A l'époque où la paix se négociait à Lubeck entre Ferdinand et Christian IV, un des plus babiles et des plus courageux agents de Richelieu parcourait l'Allemagne et le Nord, afin de susciter partout des obstacles et des ennemis à la politique autrichienne. Un gentilhomme français, qui avait beaucoup voyagé dans le Nord, le sieur de Charnacé, était venu trouver Richelieu au commencement de l'année 1628, lui avait fait un magnifique éloge du roi de Suède Gustave-Adolphe , et l'avait assuré que l’union de ce prince avec la France pourrait changer la face de l'Europe. Richelieu ajourna d'abord toute résolution à ce sujet jusqu'après la prise de La Rochelle; puis, au moment de partir pour le Piémont, en janvier 1629, il expédia Charnacé au delà du Rhin. L'agent français alla d'abord à Munich, et représenta vivement au duc de Bavière la nécessité de repousser un joug qui menaçait désormais les catholiques aussi bien que les protestants. Maximilien promit que les princes catholiques d'Allemagne ne prendraient aucunement parti pour l'empereur ni pour l'Espagne dans l'affaire de Mantoue, écouta volontiers les idées renouvelées de Henri IV, que lui exposa Charnacé sur la translation du sceptre impérial de la maison d'Autriche dans celle de Bavière, mais ne voulut pas s'engager jusqu'à signer une alliance défensive avec la France. Quant à une transaction sérieuse et durable entre la Ligue Catholique et les protestants allemands, il y avait une énorme difficulté : c'était cette restitution des biens d'Église que la Ligue Catholique avait réclamée et que l'empereur ordonnait en ce moment même (mars 1629). Ferdinand, par une interprétation évidemment forcée des traités de Passau et d'Augsbourg, enjoignit aux protestants de rendre, non pas seulement les seigneuries ecclésiastiques relevant de l'Empire, qu'ils avaient envahies depuis le milieu du seizième siècle, mais les terres d'Église relevant des princes et seigneurs réformés, ce qui renversait les bases de la paix de religion et bouleversait complètement l'Allemagne. Le calvinisme était absolument proscrit ; le lutheranisme était prohibé dans les villes épiscopales, qui avaient joui de la liberté religieuse

1 Mémoires de Richelieu ; 2. série, I. VIII, p. 65-66. – Mémoires de FontenaiMareuil, p. 199.

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depuis tant d'années, à commencer par Augsbourg, la cité sainte des luthériens (Mercure, XV, 195).

Tant que les princes catholiques soutiendraient ces mesures exorbitantes, la paix de l'Allemagne était impossible.

La mission de Charnacé en Bavière ne fut pourtant pas infructueuse. S'il ne réconcilia point les protestants avec les catholiques, il fit croître les germes de discorde qui s'élevaient entre les catholiques et l'empereur.

De Munich, Charnacé se rendit à Lubeck : il ne put empêcher le roi Christian de traiter isolément avec l'empereur, mais sa présence, en inquiétant les représentants de l'Autriche, contribua du moins à décider la restitution des provinces danoises. De là, il passa en Prusse, où la guerre se prolongeait, depuis trois ans, entre les rois de Suède et de Pologne. Charnacé n'avait pas trompé Richelieu : au fond de la Scandinavie était éclos un génie politique et militaire du premier ordre. Le règne de Gustave-Adolphe, roi à dix-huit ans (en 1611), n'avait été qu'une longue suite d'actions héroiques. Lors de son avénement, sa couronne lui était disputée par son cou. sin-germain Sigismond, roi de Pologne, renversé jadis du trône de Suède par son père : ses provinces gothiques étaient envahies par les Danois, toujours prêts à revendiquer leur vieille suprématie sur la Suède ; les Russes s'esforçaient de lui enlever l'Estonie, récente conquête de son père. Gustave repoussa les Danois, les plus proches et les plus dangereux de ses ennemis, et se débarrassa d'eux par quelques concessions peu onéreuses ; puis il se tourna contre les Moscovites, leur arracha la Carélie et l'Ingrie, et imposa au tzar Michel Fedorowitz une trève de quarante ans, qui excluait les Russes des rivages de la Baltique. Il prit ensuite l'offensive contre le roi de Pologne, et descendit de l'Estonie dans la Livonie, dans la Courlande, dans la Prusse polonaise, étendant ainsi la domination suédoise sur toute la rive septentrionale et orientale de la Baltique. C'était presque malgré lui qu'il poursuivait ses conquêtes sur ces rivages lointains, de sireux qu'il était de porter ses armes sur le théâtre plus éclatant de l'Europe centrale, et d'arrêter les progrès des impériaux vers le midi de cette même Baltique. Dès 1625, il s'était offert comme chef aux confédérés de la BasseSaxe, qui, malheureusement pour eux, lui préférèrent leur voisin le roi de Danemark. Plusieurs fois il avait proposé la paix au roi de Pologne; mais Sigismond, encourage par l'empereur, qui tenait à occuper le Suédois hors de l'Empire, s'obstinait dans une lutte malheureuse. Quinze à vingt mille soldats, envoyés par Wallenstein à Sigismond en 1629, rétablirent un moment l'équilibre ; mais la noblesse polonaise était fort lasse d'une guerre entre prise pour les intérêts dynastiques de Sigismond et pour les intérêts religieux des jésuites, et se montrait sensible aux plaintes de l'électeur de Brandebourg, duc de Prusse, dont les terres étaient cruellement ravagées par les puissances belligérantes.

Ce fut sur ces entrefaites que l'envoyé de Richelieu arriva sur le théâtre de la guerre, et offrit aux deux partis la médiation de la France. L'opinion des chefs polonais se prononça si vivement, que Sigismond n'y put résister. On conclut, grâce à Charnacé, sinon la paix, au moins une trève de six ans : Gustave-Adolphe rendit une partie de ses conquêtes , mais garda de fortes positions le long de la Baltique, et surtout à l'embouchure de la Wistule (septembre 1629) (Mercure, t. XVI, an. 1629, p. 1008). Gustave repartit pour la Suède : Charnacé l'y suivit, et d'importantes négociations remplirent tout cet biver. La nation suédoise, faible en nombre, mais forte par le courage et l'intelligence, avait été inébranlablement confirmée dans la Réforme par le résultat de la lutte dynastique qui avait eu lieu entre la branche catholique et la branche luthérienne de la maison de Wasa: elle se sentait appelée à relever le protestantisme européen, menacé de ruine par la faiblesse et l'égoïsme des princes allemands, et à saisir, entre les réformés, ce premier rôle qu'abandonnait la puissante Angleterre, absorbée par ses dissensions. Gustave était donc sûr d'être soutenu par son peuple; néanmoins il montra d'abord beaucoup de réserve, afin d'engager plus fortement la France vis-à-vis de lui, avant de s'engager lui-même dans une si vaste et si audacieuse entreprise. La forme aristocratique de la constitution suédoise obligea l'envoyé français à traiter par écrit avec le sénat, ce qui amena des lenteurs; d'une autre part, Wallenstein , rabattant un peu de son arrogance, avait fait à la Suède quelques proposition d'arrangement au nom de l'empereur; mais Wallenstein ne voulait pas sincèrement une paix dont la première condition eût été de rendre le Mecklenbourg, sa conquête et son fief. Ferdinand eût fait des concessions, à cause des affaires d'Italie; Wallenstein l'en empêcha. La négociation entre l'empereur et la Suède avorta donc : la négociation entre la Suède et la France aboutit à un p rojet de traité convenu entre Charnacé et les conseillers de Gustave, en mars 1630, sauf la ratification de Louis XIII. Les deux couronnes contractèrent une alliance de six ans, pour défendre leurs amis opprimés, assurer le libre commerce de l'océan du Nord et de la

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