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leurs provinciaux des postes, avaient été établis dans les principales villes , avec autorisation d'organiser des bureaux de dépêches partout où il y avait des postes. L'Etat se chargea des transports, et mit ainsi à la disposition de tous les ciloyens une institution que Louis XI n'avait créée que pour les besoins du gouvernement. Il y eut d'abord deux courriers de Paris par semaine 1.

Les négociations avaient été activement reprises avec Monsieur et son favori Puy-Laurens, qui disposait toujours, en maître absolu, du faible prince. Puy-Laurens paraissait regagné et rassuré, et Richelieu regardait l'accommodement comme presque conclu , lorsque PuyLaurens faillit être victime d'une tentative d'assassinat. Un soir, on lui tira une arquebusade sur l'escalier du logis de Monsieur, à Bruxelles. Puy-Laurens et Gaston attribuèrent le coup aux gens de la reine-mère , irrites de ce que Monsieur traitait sans leur maîtresse, et crurent que le gouverneur espagnol de la Belgique avait approuvé le complot. Gaston, effrayé, se hâta de rompre avec Richelieu, et de signer un traité avec l'Espagne, afin de mettre son favori à couvert de nouveaux périls (12 mai 1634), Gaston promit de ne pas s'accommoder

1 Sur ces diverses mesures. Recueil d'Isambert, t. XVI, p. 550, 389 – 406. – Mercure françois, t. XX, p. 1-38, 661-701, Mém, de Richelieu ; sér., t. VII, p. 514. – Forbonnais, Recherches sur les finances, t, ler, p. 221- 227. — Louis XIV, en 1662, supprima les offices de maitres des courriers, ot réunit à son domaine le produit de la taxe des lettres. - Uno ordonnance royale de novembre 1633 avait confié à Richelieu la fondation d'un grand établissement à Bicêtre, pour l'entretien des soldals « que le sort de la guerre a rendus incapables de continuer le service qu'ils avaient voué à leur patrie. » Toute abbaye ou prieuré de 2,000 livres de rentes devait payer 100 livres par an pour cet établissement. – Recueil d'Isambert, t. XVI, p. 386. - Une ordonnance du 7 août 1631, contre les blasphemaleurs, mérite mention, comme indiquant à d'autres égards, les progrès de la civilisation : elle supprime implicitement le supplice þarbare de la langue percée, Ibid., p. 565,

de deux ans et demi avec son frère, sans l'aveu du roi d'Espagne, lors même que Richelieu serait renversé du ministère dans l'intervalle; s'il s'accommodait, même avec le consentement de Sa Majesté Catholique, il serait obligé de rompre l'accommodement quand il plairait à l'Espagne. En cas de guerre déclarée entre la France et la maison d'Autriche, Gaston soutiendrait les intérêts autrichiens de tout son pouvoir , et ne traiterait avec son frère qu'à la paix générale. S'il prenait des places en France, durant la guerre, il en laisserait quelques-unes au roi d'Espagne en gage, pour les dépenses qu'il aurait occasionnées à Sa Majesté Catholique et qu'il lui rembourserait s'il parvenait au trône; dans ce dernier cas, il accorderait à Sa Majesté Catholique et à ses successeurs des avantages proportionnés aux avances reçues. Le marquis d'Ayetona, gouverneur des Pays-Bas et fondé de pouvoirs du Roi Catholique , promit, de son côté, à Gaston 12,000 fantassins et 3,000 chevaux, pour entrer en France avant le mois de septembre, et lui fit espérer qu'un autre corps d'armée l'appuierait par une diversion sur la frontière (Dumont, Corps diplomat., t. VI, p. 75.)

Le cabinet espagnol faisait, en ce moment, de grands préparatifs et de plus grands projets : il armait puissamment en Italie et en Belgique ; il prétendait aider l'empereur à chasser les Suédois du coeur de l'Allemagne, délivrer la Lorraine, jeter la guerre en France. . .

L'ennemi ne put cacher ses desseins à Richelieu, tour jours admirablement servi par les nombreux agents qu'il choisissait avec un discernement sans égal. Le traité de Monsieur avec l'Espagne tomba entre les mains du ministre français, et confirma Richelieu dans les desseins hardis qu'il avait commencé de méditer aussitôt après

la rupture de la négociation avec Monsieur. La santé du roi était toujours chancelante, et le cardinal voulait à tout prix assurer sa fortune et celle de l'État, indissolublement liées, contre l'éventualité de la mort de Louis XIII. Il effraya le roi sur les espérances et les complots que recélait l'obstination des conseillers de Monsieur, lui montra son trône et sa vie menacés : «Il n'y a, » dit-il, « que deux moyens de garantir le roi et l'État des perni« cieux desseins des Espagnols et des mauvais Français « qui leur adhèrent : l'un dépend de la bénédiction du « ciel, l'autre, de la prudence du roi. Le premier consiste « en la naissance d'un fils... Le second consiste à faire « une si étroite et si manifeste liaison de tous ceux qui « sont assurés au roi, que les bons esprits qui sont au« près de Monsieur puissent juger clairement que, s'ils « faisoient vaquer la succession par mauvaise voie, ils « trouveroient en pied des vengeurs d'un tel crime, et « qu'ils aient lieu de douter s'ils pourroient même l'obtenir « sans dispute, lorsqu'elle viendroit à vaquer par voie ordi« naire... Si Monsieur croit que, le roi venant à mourir, la ( succession lui puisse être fortement disputée, il n'aura pas « lieu de désirer le décès de Sa Majesté. »

C'était une ligue manifeste que Richelieu se proposait d'organiser, sous les auspices du roi régnant, contre l'héritier du trône, ligue composée des gouverneurs de provinces et de places fortes, des généraux, des ambassadeurs, des conseillers d'État, des maîtres des requêtes, etc.; si Louis XIII fût mort sans que Monsieur fût rentré dans le devoir, cette nouvelle Sainte-Union , vraiment digne d'un pareil titre, eût défendu l'État contre Gaston, et Gaston contre lui-même, en le forçant à rompre ses honteux engagements avec l'étranger avant de le re

connaitre pour roi; peut-être même eût-elle brisé la loi de l'hérédité monarchique au nom de la première des lois, du salut public, et eùt-elle frappé d'indignité le roi ennemi du royaume, pour élever au trône le premier prince du sang .

Jamais le génie de Richelieu ne s'est montré plus français que dans ce plan héroïque : jamais le grand ministre n'a si bien prouvé qu'en servant la royauté, c'était la France seule qu'il servait, et qu'il ne sacrifiait pas l'immuable nationalité aux institutions qui en sont la forme passagère !

Le cardinal préludait à l'accomplissement de ce vaste dessein en défiant ses ennemis par de nouvelles rigueurs. Le 7 juillet, le parlement de Metz condamna à mort, par contumace, le favori de Marie de Médicis , le père Chanteloube, comme instigateur de diverses tentatives d'assassinat contre Richelieu : il y eut plusieurs exécutions capitales pour des complots tramés dans ce but, et un soldat lorrain fut exécuté pour avoir projeté « d'entreprendre, » non plus sur la vie du cardinal, mais sur celle du roi même. La chambre de l'Arsenal avait condamné, de son côté, au mois d'avril, deux hommes, dont un prêtre, qui avaient entrepris de faire mourir le cardinal , non par le fer ou le poison, mais « par sortilége. » Ces misérables furent pendus, et leurs cadavres furent brûlés avec leurs livres de magie.

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1 Mém. de Richelieu, ze série, t. VIII, p. 519-520. Dès 1631, dans un pamphlet' attribué au père Joseph, on avait menacé Monsieur du sort de Charles de Lorraine, le dernier des Carolingiens, qui perdit la couronne de France pour s'être fait le vassal de l'empereur. V. Levassor, t. III, p. 663.

2 Les procés de magie étaient assez fréquents encore. L'affaire de la chambre de l'Arsenal aide à comprendre un fait déplorable de l'histoire de ce temps, un fait qui déshonore la civilisation du dix-septième siècle, et que les hommes qui révén

En même temps, la procédure contre le mariage de Monsieur était poussée avec vigueur devant le parlement

rent la mémoire de Richelieu voudraient ensevelir dans un éternel oubli : nous parlons du procès de Grandier. Urbain Grandier, curé de Saint-Pierre de Louduni personnage de belles manières et d'esprit distingué, mais vaniteux, turbulent et fort peu réglé dans ses moeurs, s'était fait de nombreux ennemis dans sa ville, et n'était sorti qu'à grand' peine d'un procés scandaleux ; ses querelles et ses aventures galantes mettaient tout le pays en rumeur, et préoccupaient surtout l'imagination des femmes. Des religieuses ursulines, dont une était parente éloignée de Richelieu, tourmentées de vapeurs hystériques, et obsédées par la pensée du beau curé de Saint-Pierre, s'imaginerent être ensorcelées par Grandier, et possédées de démons soumis à ses ordres. Des prêtres et des moines, ennemis personnels de Grandier, saisirent avidement cette occasion de perdre leur adversaire, confirmérent ces religieuses dans leur fantaisie, et se mirent à les exorciser. Les ursulines redoublerent de cris, de convulsions, de poslurés extravagantes. Un commencemeni de procédure eut lieu, mais sans beaucoup de succès. Si l'évêque de Poitiers, diocésain de Loudun, était contraire à Grandier, le métropolitain Henri de Sourdis, archevêque de Bordeaux, le protégeait. L'affaire allait tomber d'elle-même, quand, par malheur, vint à Loudun le conseiller d'Etat Laubardemont, alors en tournée dans l'ouest, avec le titre d'intendant de justice et la mission de surveiller le demantèlement des châteaux. C'était un homme sombre et atrabilaire, dont l'activilé malfaisante était dirigée par une âme impitoyable, une de ces natures d'inquisiteur, dangereuses en tout temps, terribles et fatales sous les gouvernements ab. solus qui ont le malheur de leur livrer une part de l'autorité publique. Les ennemis de Grandier circonvinrent Laubardemont, qui prit feu, et qui écrivit en cour afin de demander l'autorisation de poursuivre le curé de Saint-Pierre. Richelieu était déjà, dit-on, prévenu contre Grandier ; Laubardemont eut ordre d'instruire le procès. Dès que les interrogatoires et les exorcismes eurent commencé avec plus d'ap parat, les phénomènes prétendus surnaturels se multiplièrent, et dans le couvent des ursulines et dans la ville, par suite de la monomanie contagieuse qui se propage si aisément en parell cas, la fourberie et la haine aidant, d'ailleurs, selon toute apparence, à la superstition et à la folie. Ce qui est certain, c'est que la procédure, violente et peu régulière, même selon le droit ecclésiastique, fut souillée par d'atroces barbaries. L'instruction étant achevée, l'évêque de Poitiers et son officialité déclarèrent les caractères de la possession diaboligue constatés ; la Sorbonne, consultée, fut du même avis. Le roi avait nommé, pour juger Grandier, une commission de quatorze magistrats pris dans les divers bailliages des environs, sous la présidence de Laubardemont; le 18 août 1634, la commission, à l'unaAimité, condamna Grandier à être brûlé vif. On lui promit, par grâce, qu'il serait étranglé avant d'être brûlé ; mais les moines qui avaient dirigé les exorcismes étaient

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