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siége de Bayonne, défendue par le comte de Grammont et par le vieux d'Epernon, qui se comporta honorablement dans cette occurrence, et qui s'était déjà employé auparavant à calmer les troubles de l'Angoumois et de la Saintonge.

La situation, un moment si critique, se raffermissait ainsi partout, quand le roi et le cardinal furent informés que le duc d'Orléans et le comte de Soissons, revenus de l'armée à Paris, en étaient partis dans la nuit du 19 au 20 novembre, le premier, pour Blois, le second, pour Sedan. La peur que Richelieu n'eût appris quelque chose de leurs complots et ne les fit arrêter, les avait entraînés à cette équipée. Sedan, place neutre, était une bonne position pour traiter, au besoin, avec l'Espagnol, et Gaston, de son côté, pouvait, de la Loire, se retirer sur la Garonne, si le duc d'Épernon se décidait enfin à entrer dans la faction. Epernon et ses deux fils aînés, les ducs de Candale et de La Valette, haïssaient presque autant Richelieu que le troisième fils, le cardinal de La Valette, l'affectionnait ?; néanmoins, le vieux gouverneur de Guyenne ne voulut point, à quatre-vingts ans, se rejeter dans la rebellion, et pria les princes de le laisser mourir en paix. Aucun autre grand n'osa remuer.

Gaston recommença de négocier avec le roi, dans des formes, du reste, assez soumises. Le temps était bien choisi pour obtenir quelques concessions : l'agitation qui régnait parmi le peuple eût pu rendre une révolte de Monsieur plus dangereuse que par le passé. Richelieu ne marchanda pas, et offrit à Gaston tout ce qu'il pouvait raisonnablement souhaiter, c'est-à-dire la ratification de ce mariage qui avait soulevé tant de tempêtes, et dont la cour de Rome persistait à ne pas reconnaître la nullité, à condition que Gaston, tout en restant le mari d'une princesse lorraine, se séparerait absolument des intérêts lorrains. Gaston accepta d'abord, puis, excité par les lettres du comte de Soissons, qui refusait de revenir à la cour et d'accepter son pardon, prétendant n'avoir point failli, il se remit à demander des places de sûreté. Le roi et le cardinal perdirent patience, et s'avancèrent vers Blois. Monsieur se décida à venir trouver le roi à Orléans, et à faire sa soumission aux conditions offertes (8 janvier 1637).

1 Épernon avait subi , deux ans auparavant, une grande humiliation, provoquée par son arrogance. A la suite de longues querelles avec Sourdis, archevêque de Bordeaux, il avait injurié et frappé ce prelat en pleine rue. Le roi, ou plutôt Richelieu, le suspendit de son gouvernement, et l'obligea d'aller demander à genous l'absolution du prélat ou tragé, qui l'avait excommunié (1633-1634). Richelieu saisit cette occasion d'obliger Epernon à céder le gouvernement de Metz au cardinal, son troisième fils,

Le comte de Soissons ne se soumit pas si vite'; en sûreté à Sedan, chez le duc de Bouillon, il parlementait à la fois avec le roi et avec la reine-mère, qui servait d'intermédiaire entre le comte et le cardinal-infant. Plusieurs mois se passèrent ainsi : le 28 juin, la reine-mère signa avec le cardinal-infant un traité par lequel le roi d'Espagne s'engageait à ne conclure ni paix ni trève avec la France, que Marie de Médicis et le comte de Soissons ne fussent rétablis en leurs honneurs, et Marie promettait de ne pas s'accommoder que Richelieu ne fût mort ou disgracié. Marie se portait fort pour le comte de Soissons et le due de Bouillon. Marie et Soissons, peu de jours après, échangèrent une promesse de garantie mutuelle, Des dépêches interceptées apprirent à Richelieu cet état de choses. Le cardinal jugea le cas assez grave, et crut devoir concéder quelque chose pour éviter qu'un prince du sang passât à l'ennemi. Soissons, de son côté, ne pouvant plus compler sur Monsieur, hésitait un peu devant le crime de haute trahison, et le duc de Bouillon, son hôle, qui était neveu du prince d'Orange, hésitait encore plus à rompre avec la France et avec les Provinces-Unies : Soissons se résigna au parti le plus prudent; le 26 juillet, il signa une promesse d'entière fidélité et obéissance au roi, qui lui accorda l'autorisation de demeurer quatre ans à Sedan, sans qu'on pût l'appeler à la cour malgré lui; toutes ses pensions, appointements et revenus lui seraient payés comme de coutume, et personne ne serait recherché à l'occasion de sa retraite à Sedan. Rien n'avait pu ôler à Soissons la conviction qu'il serait arrêté s'il remettait le pied à la cour 1.

La fermentation de l'intérieur avait rendu Richelieu plus disposé à transiger. Les édits bursaux irritaient les privilégiés, dont on avilissait les priviléges en les faisant partager à tant de nouveaux venus : la crue des inspôts indirects, et surtout les abus de la perception et les exactions des traitants, froissaient le peuple; les emprunts exigés des villes ? mécontentaient la bourgeoisie. Le sens politique n'était point assez développé chez les masses pour qu'elles se résignassent aisément à des sacrifices nécessaires, et pour qu'elles ne soupirassent point après une paix dont elles ne comprenaient pas l'impossibilité. Après un moment d'élan, elles retombaient dans leurs murmures. Il eût falla de grandes victoires pour donner aux passions nationales une impulsion qui réduisît les intérêts matériels au silence, et les victoires n'arrivaient pas. La politique du grand ministre, trop profonde et trop rigoureusement rationnelle pour être accessible à la foule, n'obtenait point la sympathie du peuple en compensation de la haine des grands! Le faste que déployait Richelieu, faste intelligent et très-favorable aux arts et aux lettres, mais dont l'excès était déplacé parmi de si grandes nécessités publiques, lui était imputé à crime par un peuple souffrant, et ses ennemis lui reprochaient de vouloir être le vrai roi de France, non-seulement d'effet, mais d'apparence.

1 Mém. de Richelieu, 2e sér., t. IX, p. 117. – Levassor, t. V, p. 233-268, 281, 299.

2 L'emprunt exigé, celte année-là, des villes et gros bourgs, avait pour but de compenser la diminution des tailles, qui venaient d'être réduiles de moitié pour l'an 1637, Mém. de Richelieu, 2e sér., t. IX, p. 111-205. Richelieu s'efforçait loujours d'alléger le fardeau des campagnes.

Les parlements provinciaux, les chambres des comptes, les cours des aides, s'engageaient presque tous dans la résistance : au commencement de mars 1637, le roi et le cardinal furent sur le point de marcher en armes contre Rouen, le parlement de Normandie refusant d'enregistrer des édits bursaux, et le corps de ville de Rouen resusant l'emprunt demandé par le roi aux bonnes villes. Les Rouennais cédèrent. Dans la Guyenne, où il y avait déjà eu des troubles graves en 1635, les choses allèrent beaucoup plus loin. Les campagnes du Périgord, puis tout le pays entre la Garonne et la Charente, s'insurgèrent contre les impôts et les percepteurs. On vit sous les armes plusieurs milliers de paysans, parmi lesquels beaucoup d'anciens soldats. Le peuple des villes favorisait ces nouveaux croquants : les portes de Bergerac leur furent ouvertes; beaucoup d'autres villes étaient ébranlées, quand le duc de La Valette, lieutenant général de Guyenne, accourut avec un corps de bonnes troupes, et assaillit l'avant-garde des rebelles dans le bourg de la Sauvetat-d'Eymet, où ils s'étaient retranchés. Les barricades des croquants furent emportées : plus de douze cents de ces malheureux demeurèrent sur la place, et La Valette poussa droit à Bergerac, où était le gros des insurgés. Les croquants capitulèrent et mirent bas les armes, moyennant une promesse d'amnistie qui fut tenue par le gouvernement. Les contrées voisines se soumirent après le Périgord (juin 1637) '.

1 Sa maison était en effet celle d'un souverain et non d'un ministre : il avait quatre compagnies de gardes à cheval, les plus braves soldats de l'armée ; on assure que sa dépense s'élevait à 4 millions par an, ce qui ne paraftra point invraisemblable si l'on admet qu'il ait dépensé, comme on le dit, plus de 200,000 écus pour l'ouverture de son grand théâtre du Palais-Cardinal, et pour la mise en scène de la fameuse tragi-comédie de Mirame, en 1641. On a voulu voir dans cette pièce, où se trouvent bon nombre de vers de sa façon, des allusions hardies à sa victoire sur Buckingam et à la pasion de la reine pour cet Anglais. Cela n'est guère vraisemblable, après tant d'années écoulées ! – Il est juste d'observer, pour ce qui regarde les 4 millions annuels, qu'une partie des dépenses de Richelieu étaient directement d'utilité publiquc: les pensions qu'il faisait à une foule de militaires , de diplomales, de gens de lettres, d'artistes, étaient de véritables récompenses nationales. – Griffet, I. II, p. 792. — Mém. de Montchal, p. 149.

Ces embarras ne rendirent pas Richelieu moins ferme dans l'ensemble de sa politique.

Il s'était passé d'importants événements en Allemagne depuis l'automne de 1636. Ferdinand II, croyant le moment favorable pour assurer l'Empire à son fils, ce que la France l'avait empêché de faire en 1630, avait convoqué une diète à Ratisbonne, sous prétexte de pourvoir au rétablissement de l'ordre en Allemagne : au moment où la diète s'ouvrait, le parti impérial essuya un terrible échec; le général suédois Baner, mettant à profit l'éloignement des meilleurs généraux et d'une partie des troupes de l'empereur, occupés contre la France et contre le valeureux landgrave de Hesse-Cassel, qui se soutenait toujours en Westphalie, avait disputé opiniâtrement

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1 Griffet, t. III, p. 78–79. — Mém. de Richelieu, 2e sér., t. IX, p. 218. – Mém. de Bassompierre, ibid., I. VI, p. 342. - Levassor, t. V, p. 68-319.

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