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sent été systématiquement étouffés par la crainte et la jalousie des nobles". Le gouvernement n'en était plus à céder à de pareilles influences.

La France se fortifiait évidemment dans la Intte et par la lutte. Il n'en était pas de même de l'Espagne. Les milices aragonaises n'avaient marché qu'à contre-cour en Languedoc, et, à l'autre extrémité de la Péninsule, le Portugal, traité avec une dureté plus maladroite encore qu'inique, laissait voir des symptômes d'irritation qui attiraient de loin l'oeil de Richelieu ( Mercure, t. XXI, p. 524). La vaste machine de la monarchie espagnole commençait à craquer sourdement..

Dans l'Est et dans le Nord, les Français avaient repris l'offensive au printemps avec quatre corps d’armée

La Franche-Comté fut envahie de nouveau, au sud, par le duc de Longueville, au nord, par Bernard de Weimar, qui commanda seul, cette année, une petite armée allemande et française, le cardinal de La Valette étant employé ailleurs. On changea de plan : on ne s'attaqua plus aux grandes places; mais on en prit beaucoup de petites, et l'on s'établit fortement dans le pays par des garnisons. Les milices comtoises et le duc Charles de Lorraine, qui était venu à leur aide avec des forces insuffisantes, furent battus à diverses reprises. Weimar passa ensuite de Franche-Comté en Alsace, jeta sur le Rhin un pont fortifié près de Rheinau , et essaya, mais trop tard, d'aller au secours de Hanau , seule place du Mein qui lint encore pour la confédération franco-protestante, et qui fut obligée de se rendre à Jean de Wert. La fatigue, la désertion, une épizootie sur les chevaux, avaient affaibli

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au

1 Il y a de curieuses révélations à ce sujet dans les Relations des Ambassadeurs Vénitiens, observateurs sagaces et profonds des mours étrangères.

Weimar, qui, ne recevant pas de renforts à temps, fut contraint de se retirer et de se cantonner aux environs de Bale, tandis que Jean de Wert, très-supérieur en nombre, détruisait le pont de Rheinau.

L’armée d'Alsace avait été négligée par le ministère au profit de celles des Pays-Bas, où se portait le principal effort de la campagne.

Le plan d'attaque avait été combiné avec les Hollandais: le prince d'Orange devait descendre par mer à Dunkerque et assiéger cette ville de concert avec un détachement français commandé par le grand-maitre de l'artillerie, La Meilleraie; un autre corps, sous le maréchal de Châtillon, était chargé d'entamer le Luxembourg et de barrer le passage aux renforts qui pourraient être expédiés d'Allemagne en Belgique. Enfin, la principale armée française, conduite

par

le cardinal de La Valette, devait entrer dans le Hainaut, et chercher à s'emparer du cours de la Sambre et à ouvrir les communications de la France avec Liége. Les Espagnols, inquiets de l'attitude que prenait depuis quelque temps cette grande cité, étaient entrés en négociation avec l'empereur et l'électeur de Cologne, pour «que la ville et le pays relevassent dorenavant de la Flandre. » Le bourgmestre de Liége, partisan de la France, les gê nait : ils le firent assassiner par un seigneur flamand. Le peuple mit en pièces l'assassin, qui eut beau se réclamer de l'empereur, et s'affectionva d'autant plus à la France (avril 1637) (Mém. de Richelieu, t. IX, p. 153).

Le cardinal de La Valette se mit le premier aux champs: un corps détaché de son armée prit le Câteau-Cambresis presque sans résistance, et La Valette investit Landrecies le 19 juin. On employa beaucoup de temps à faire avec méthode le siége de cette place, qui n'avait qu'une très

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faible garnison, et qui ne se rendit que le 26 juillet. L'attaque de Dunkerque n'eut pas

lieu : les vents contrarièrent la flotte hollandaise et fournirent un prétexte honnête au prince d'Orange, qui ne se souciait guère de prendre Dunkerque pour le compte de la France, et qui aimait beaucoup mieux prendre Breda pour le sien. Frédéric-Henri mit le siége devant Breda le 23 juillet. La

Meilleraie, qui devait le joindre à Dunkerque, alla ren#forcer La Valette, et les Français, descendant la Sambre,

entrèrent le 5 août à Maubeuge, place à peu près sans défense. L'embarras du cardinal-infant, gouverneur de la Belgique, était extrême : ce prince se trouvait absolument hors d'état de tenir tête à la fois aux Français et aux Hollandais; il

essaya

d'abord de faire lever le siége de Breda par une diversion contre les places hollandaises de la Meuse : il prit Venloo et Ruremonde, mais Frédéric-Henri ne quitta pas son siége. Pendant ce temps, Français n'avaient en tête aucun corps d'armée capable de disputer la campagne.

les

La Valette ne tira pas d'une situation aussi avantageuse le parti qu'on espérait à la cour. Il pouvait ou pousser au cæur de la Belgique ou, si les souvenirs de 1635 l’em. pêchaient d'être trop hardi, assiéger Avesnes avec une partie de son armée, tandis que l'autre fortifierail puissamment Maubeuge, posle très-avantageux, et continuerait à nettoyer le bassin de la Sambre. Il ne fit rien de tout cela : il perdit un mois à forcer quelques châteaux, puis se rabattit sur La Capelle, cette bicoque de la Thierrache que

les ennemis avaient gardée depuis leur expédition de Corbie, et la reconquit sans beaucoup de peine ni de gloire (20 septembre). Le cardinal-infant élait revenu en Hainaut et avait opéré sa jonction avec Piccolomini, qui

"

lui avait rainené d'Allemagne quelques milliers de soldats et qui était parvenu à traverser rapidement le Luxembourg en évitant la rencontre du maréchal de Châtillon. L'armée ennemie, arrivée trop tard pour secourir La Capelle, assaillit Maubeuge, qu'occupait une division de l'armée française. Les Impériaux et les Espagnols furent reçus avec tant de vigueur, qu'ils abandonnèrent l'attaque et se retirèrent au plus vite, de peur d'être écrasés entre les défenseurs de Maubeuge et les forces qui venaient de reprendre La Capelle. L'officier qui commandait à Maubeuge était le frère cadet du duc de Bouillon, el se nommait Henri de La Tour d'Auvergne, vicomte de Turenne. C'était la troisième campagne dans laquelle se signalait, avec un éclat toujours croissant, ce jeune homme appelé à de si laules destinées militaires (Mém. de Montglat, p. 54).

Malgré cet avantage, le cardinal de La Valette ne crut pas pouvoir conserver Maubeuge durant la mauvaise saison : il l'évacua après l'avoir démantelée, et mit ses troupes en quartiers d'hiver avant la fin d'octobre. Breda, qui avait jadis résisté trois années au fameux Spinola, s'était rendue le 7 octobre à Frédéric-Henri , après deux mois et demi de siége. Du côté du Luxembourg, Châtillon avait emporté Damvillers et quelques auires petites places dont les garnisons avaient longtemps inquiété le nord de la Champagne.

Ni le roi ni Richelieu ne furent satisfaits de l'ensemble des opérations : le ministre perdit l'opinion exagérée qu'il avait eue des facultés guerrières de son ami et confrère La Valette, qui s'était montré brave soldat, mais médiocre général, et la faveur du belliqueux cardinal baissa quelque peu à la suite d'une campagne où, avec de grands moyens, il avait fait fort peu de chose.

Richelieu avait eu, cette année, à soutenir la guerre, non pas seulement contre l'Espagne et l'Empire, mais contre des adversaires d'apparence moins redoutable, qui lui donnèrent presque autant de souci. Une petite fille et un vieux moine avaient osé s'attaquer au colosse qui faisait trembler l'Europe.

Une très-jeune fille d'honneur de la reine, Louise de La Fayette, avait inspiré au morne Louis XIII le sentiment le plus vis qu'il eût encore éprouvé, vivacité qui eût été du calme pour tout autre, car la passion du roi ne dépassa pas les bornes de l'amour platonique. Mademoiselle de La Fayette était parente du père Joseph, et Richelieu ne s'inquiéta point d'abord de l'attachement du roi pour elle; mais il eut bientôt la certitude que cette jeune personne le desservait. Louise s'était mis en tête que Dieu l'avait destinée à délivrer la chrétienté de cet homme terrible, qui seul, à ce qu'on lui racontait, s'opposait à la paix générale, s'alliait aux hérétiques contre les catholiques, brouillait le roi avec sa mère, avec sa femme, avec son frère. Elle s'ouvrit au confesseur du roi, au jésuite Gaussin, personnage d'une imagination ardente et mystique, qui était sous l'influence d'un dangereux intrigant de son ordre, du père Monod, confesseur de la duchesse de Savoie, instrument lui-même, selon toute apparence, du général des jésuites. Le confesseur et l'amie du roi se coalisèrent secrètement contre le ministre. L'entrée de Louise dans un couvent n'arrêta pas la cabale : le roi continua d'aller voir la novice au parloir; il rapportait de ces entretiens une inégalité d'humeur qui n'échappait point au cardinal.

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