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dant l'avait envoyé à Bernard de Weimar, qui n'eut plus, cette année, à se plaindre d'être négligé. En Souabe, en Franche-Comté, en Belgique, en Espagne, en Italie, partont, les Français se préparaient à prendre l'offensive avec vigueur : ce furent les auxiliaires allemands qui entamèrent glorieusement la cainpagne.

Le duc Bernard avait fait reposer ses troupes quelques semaines dans le Jura bâlois : dès la fin de janvier, il se porta brusquement sur le Rhin, à travers le territoire suisse, et s'empara de trois des villes forestières du Rhin, Lauffenbourg, Seckingen et Waldshut, qui étaient libres sous la protection autrichienne : il entreprit le siège de la quatrième ville forestière, Rheinfeld. Jean de Wert et trois autres généraux de l'empereur et du duc de Bavière, arrivèrent au secours de Rheinfeld, forcèrent le camp de Bernard après un combat acharné, et obligèrent le duc à se retirer en bon ordre sur Lauffenbourg (28 février). Le duc de Rohan, qui s'était rendu, de Genève, comme volontaire, au camp de Weimar, reçut dans la mêlée deux blessures dont il mourut après avoir langui quelques semaines. Cet illustre chef du protestantisme français eut du moins la consolation de se voir vengé avant d'expirer. Weimar, par un trait d'audace qui a peu d'exemples, ramena au combat, au bout de trois jours, son armée vaincue, et, le 3 mars au mati, fondit tout à coup sur les Impériaux encore occupés à fêter leur vietoire. L'ennemi, surpris, terrifié, sut défait avant de tirer l'épée : tout s'enfuit; les quatre généraux, le bagage, l'artillerie, les étendards restèrent au pouvoir des Weimariens; Bernard de Weimar envoya prisonnier à Paris ce fameux Jean de Vert, qui, dix-huit mois auparavant, avait jeté

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l'effroi jusque dans cette capitale, et dont le nom est resté proverbial en France.

La conquête de Rheinfeld, de Freybourg et de tout le Brisgau, domaine héréditaire de la maison d'Autriche, fut le fruit immédiat de cette brillante journée. Le théâtre de la guerre fut ainsi transporté au delà du Rhin, et Weimar, renforcé par un corps français aux ordres du comte de Guébriant, officier breton du plus grand mérite, puis par un corps de volontaires liégeois levé par le vicomte de Turenne, poursuivit le cours de ses succès.

Du côté de la Franche-Comté, le duc de Longueville avait conservé le commandement, et continua la conquête des bailliages méridionanx de celte province; après Lonsle-Saulnier et Orgelet , il prit Poligni, Arbois, etc. Le duc Charles de Lorraine essuya encore divers échecs, soit en défendant la Comté, soit en tâchant de recouvrer ses anciens domaines.

La situation n'était pas si bonne sur les autres points. En Italie, les Français furent prévenus par l'ennemi. Le gouverneur de Milan, Lleganez, assiégea, dès le coilmencement de mars, le fort de Bremo, que les Français et les Piémontais occupaient sur le territoire milanais. Le maréchal de Créqui, accouru au secours, fut tué d'un coup de canon, le 17 mars, dans une reconnaissance sur le camp espagnol. La mort de ce maréchal jeta le découragement et le désordre parmi ses troupes : le gouverneur de Bremo capitula presque aussitôt; on fil à ses dépens une nouvelle application du système terrible d'après lequel Richelieu frappait comme coupable de lâcheté ou de trahison, tout gouverneur qui ne subissait pas les dernières extrémités avant que de se rendre. Le commandant de Bremo fut décapité. Il avait, d'ailleurs, mérité

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son sort en volant l'argent destiné à l'entretien de sá garnison.

On découvrit et l'on comprima, peu de temps après, une conspiration tramée, de l'aveu de la princesse régente de Mantoue, pour massacrer la garnison française de Casal et livrer cette capitale du Montferrat aux Espagnols. La princesse, voyant le coup manqué, n'osa éclater ni réaliser un traité secret qu'elle avait conclu avec l'Espagne.

La duchesse douairière de Savoie, Christine de France, eût bien voulu , non point passer à l'ennemi comme la princesse de Mantoue, mais s'abstenir de renouveler l'alliance du feu duc Victor-Amédée avec Louis XIII, alliance qui expirait au mois de juillet 1638, et accepter la neutralité que les Espagnols offraient au Piémont. Christine, excitée par son confesseur Monod, ennemi personnel du cardinal, résista quelque temps à l'impérieux ascendant de Richelieu, mais sans oser se décider en sens contraire. Les Espagnols, qui n'avaient parlé de neutralité que pour mettre la duchesse hors de garde, se jetèrent brusquement sur le Piémont, en annonçant qu'ils venaient , non pas dépouiller le jeune duc François-Hyacinthe, mais le délivrer de la tyrannie des Français. Lleganez mit le siége devant Verceil avec vingt mille hommes (20 mai). La duchesse, effrayée, signa, le 3 juin, un n deux ans avec la France. Le cardinal de La Valette, ca rgé de remplacer le maréchal de Créqui, essaya de secourir Verceil; mais il était déjà bien tard : Christine avait différé, jusqu'au dernier moment, de fournir son conlingent; ses officiers n'avaient pas voulu laisser entrer les troupes françaises dans Verceil, et la duchesse et ses conseillers avaient semblé plus en défiance des Français que T. XIII.

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des Espagnols. La Valette , qui n'avait qu'environ treize mille soldats, réussit à jeter un renfort considérable dans la place (19 juin); mais Lleganez n'en poursuivit pas moins son siége, et le gouverneur piémontais capitula dès le 5 juillet, faute de munitions.

Lleganez ne put pousser plus loin ses avantages, une partie de ses troupes ayant été rappelée en Espagne pour secourir la Biscaye envahie par les Français. Les affaires du Piémont ne se rétablirent pourtant pas : la mort du petit duc François-Hyacinthe, qui ne survécut pas plus d'un an à son père, y jeta une nouvelle confusion (4 octobre). Le second fils de Victor-Amédée fut proclamé sous le nom de Charles-Emmanuel II; mais bien des gens suspectaient la légitimité de sa naissance, soupçon qui se fondait sur les moeurs peu régulières de Christine: le gouvernement de la duchesse se discrédita de plus en plus, et une révolution, fomentée par les Espagnols, se prépara en Piémont.

L'honneur que gagna la flotte française dans les mers d'Italie dédommagea un peu la France des échecs essuyés sur terre. L'archevêque de Bordeaux avait été appelé dans l'Océan avec la moitié de la flotte qui avait repris les iles de Lérins, et le comte d'Harcourt était resté dans la Méditerranée avec dix-huit vaisseaux : Pont-Courlai, neveu de Richelieu, commandait en outre quinze galères. Le plan de Richelieu , pour cette année, était d'envoyer Harcourt et Pont - Courlai attaquer le port d'Alger, afin de châtier les Algériens de l'infraction récente des traités qui assuraient aux Français la possession du Bastion de France, comptoir fortifié situé à l'extrémité orientale de l'Algérie ; on devait aussi insulter Tunis, et tâcher d'inspirer aux Barbaresques la crainte de la marine française,

« Ou manque d'argent ou manque de diligence , » dit Richelieu, « l'armée mit trop tard à la voile pour exé« cuter le dessein de Barbarie; » mais , le 1er septembre, Pont-Courlai , qui s'était séparé d'Harcourt, assaillit, en vue de Gênes, une escadré espagnole égale en nombre de bâtiments, mais chargée de plus de trois mille soldats d'élite : on se battit, quinze galères contre quinze, avec une fureur et une obstination extraordinaires , jusqu'à ce que l'amiral espagnol eût été tué, et la Patrone réale d'Espagne, enlevée à l'abordage par la Cardinale de France. Les Espagnols perdirent alors courage, et se retirèrent dans le port de Gènes, emmenant avec eux trois galères françaises et en laissant six des leurs entre les mains des Français. La plupart des capitaines et des lieutenants des galères avaient péri de part et d'autre'.

Dans le Nord, la France et la Hollande étaient convenues d'agir chacune de leur côté, comme l'année précédente. Richelieu avait eu de nouveau la pensée d'attaquer la côte de Flandre ; mais il craignait que le roi d'Angleterre, malgré ses embarras, ne sc décidât à rompre, dans ce cas, avec la France. Il envoya le comte d'Estrades à Londres dès la fin de 1657, pour demander à Charles Jer de rester ncutre, et lui offrir, en compensation, le secours de la France contre ses sujets rebelles. C'était le moment où se formait, parmi les Écossais, la fameuse ligue politique et religieuse, dite le Covenant (la convention), pour résister à l'introduction de l'épiscopat anglican dans l'église presbytérienne d'Ecosse. Charles répondit que, si les Français ou les Hcllandais attaquaient la côte de Flandre, il enverrait une flotte et

1 Hém, de Richelieu, 2e sér., t. IX, p. 253-257, - Correspondanco de Sourdis, li II, p. 79,- Levassor, t. V, p. 506,

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