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15 octobre, puis revint en toute hâte à son camp menacé par Goëtz et par le général wallon Lamboi. L'attaque de Goëtz et de Lamboi fut repoussée le 23 octobre, après un furieux combat dans lequel Turenne et Guébriant firent des prodiges. Brisach se défendit encore près de deux mois, et souffrit les dernières extrémités avant que d'ouvrir ses portes le 18 décembre.

La nouvelle que Brisach capitulait trouva Richelieu dans une grande tristesse. L'agent fidèle, infatigable, inépuisable en expédients et en ressources , qui, sans titre et sans caractère officiel, avait plus efficacement servi Richelieu que tous les secrétaires d'Etat à portefeuilles, le capucin premier ministre du cardinal-roi, le père Joseph, était à l'agonie. On raconte que Richelieu essaya de ranimer, par une nouvelle de victoire, l'ardent collaborateur de ses desseins : « Père Joseph ! » s'écria-t-il en se penchant sur le lit du mourant, « père Joseph, Brisach est à nous ! »

Un dernier éclair brilla dans les yeux du moine guerrier. Il expira à 61 ans, le jour même où Weimar entra dans Brisach.

« J'ai perdu ma consolation et mon appui! » dit Ri, chelieu en pleurant sur ce corps inanimé. Leur affection

mutuelle ne s'était jamais démentie. Le cardinal, de l'aveu des écrivains les moins bienveillants pour sa mémoire, était aussi fidèle ami qu'implacable ennemi, et il est également faux que Joseph ait visé à supplanter son patron et que Richelieu ait empêché sous main Joseph d'obtenir le chapeau de cardinal qu'il demandait ostensiblement pour lui au pape. Le père Joseph a été souvent mal jugé. Bien que sa politique n'ait été rien moins que scrupuleuse et que le mélange de deux existences fort peu compatibles, celles du dévot et du diplomate, ait fait de lui un personnage assez étrange, ce n'était point un hypocrite : il était sincèrement attaché à l'Etat d'une part, à l'Eglise de l'autre; son imagination passionnée, ses meurs régulières, son âme intrépide, n'appartenaient point à ce qu'on nomme vulgairement un intrigant. Ce n'était pas non plus un homme de génie, ainsi qu'on l'a dit par une exagération contraire. Si considérables qu'aient été ses services, on a exagéré outre mesure sa valeur réelle en l'élevant au niveau ou même au-dessus de Richelieu, qui, suivant certains écrivains, n'aurait agi que d'après ses inspirations. Après la mort de Joseph , la politique du Cardinal ne faiblit sur aucun point, et rien ne parut changé en France. Richelieu, sans Joseph, eût toujours été le grand Armand; Joseph, sans la haute et patriotique impulsion qu'il reçut de Richelieu, n'eût peut-être élé qu’un brouillon ultra-catholique de plus..

Les secrétaires d'Etat Sublet de Noyers et Bouthillier de Chavigni , chargés de la guerre et des affaires étrangères, suppléèrent de leur mieux à la perte de Joseph. Le peu de succès qu'avaient eu les armées de terre, durant la campagne de 1638, aux Pays-Bas, en Espagne, en Italie, loin de décourager Richelieu , l'excitait à persévérer plus énergiquement. L'éclatant résultat des efforts qu'il avait faits pour donner une marine à la France, le dédommageait de tout le reste. La campagne navale de 1638 avait décidé la prépondérance de la France sur l'Espagne dans les deux mers.

1 Voyez, sur Joseph, les judicicuses observations du père Griffet, t. III, p. 145154; et de M. Bazin, t. IV, p. 145-121. – Le témoignage que lui rend l'illustre comle d'Avaux est d'un grand poids en sa faveur ; ap. Levassor, t. V, p. 600. C'était Joseph qui avait su distinguer et recommander au cardinal la haute capacité de d'Aranx. - Voyez aussi Grotii Epistol., 1086-1099-1103-4117-1122 1148.

On reconnut, au redoublement de mauvais vouloir que montrèrent les Anglais, l'impression produite au dehors par les victoires navales des Français. La mésintelligence croissait entre les cours de Paris et de Londres. A la fin de l'été précédent, Marie de Médicis, blessée du peu d'égards que lui témoignaient les Espagnols, désabusés de leurs illusions sur l'utilité de son concours, avait brusquement quitté les Pays-Bas catholiques pour la Hollande'. Elle avait cru, par cette démarche, lever un des principaux obstacles à son retour en France; mais, lorsque les Etats-Généraux des Provinces-Unies essayèrent, à sa prière, de s'interposer entre elle et le roi son fils, Louis XIII répondit nettement qu'il ne pouvait recevoir Marie en France ni consentir qu'elle demeurât en Hollande; que, si elle voulait se retirer à Florence , loin du théâtre de la guerre et des négociations, il lui rendrait la libre jouissance de son douaire et de tous ses revenus. Marie refusa, et passa en Angleterre. La reine HenrietteMarie s'intéressa vivement à la cause de sa mère, et Charles ser envoya un ambassadeur extraordinaire solliciter Louis XIII de revenir sur sa décision : la reinemère offrait de congédier ses serviteurs suspects au roi et au cardinal, de ne plus se mêler d'aucune affaire, etc. Le roi refusa, sur l'avis écrit de tous les ministres, excepté de Richelieu, qui affecta de s'abstenir, comme étant personnellement en cause ( mars 1659). Marie, de son

1 Voyez, dans les Mém. de Richelieu, t. IX, p. 317, des détails curieux sur la réception de Marie en Hollande. Le prince et la princesse d'Orange lui baisèrent ie bas de la robe. L'étiquette élait cncore singulièrement servile vis-s-vis des lètes couronnées.

côté, s'obstina à ne point aller à Florence. Ce n'était pas seulement qu'elle répugnât à reporter dans sa ville natale le spectacle de son abaissement : ni l'âge ni le malheur ne l'avaient corrigée; elle spéculait toujours sur la mort prochaine de son fils aîné, attendue d'année en année, et prétendait maintenant se mettre en mesure de disputer la régence et la tutelle du dauphin, soit à la reine Anne, soit à Gaston ?.

Les ambassadeurs ordinaire et extraordinaire d’Angleterre ne tardèrent point à être rappelés, et les deux gouvernements continuèrent à échanger de mauvais procédés, et à se nuire autant qu'ils le pouvaient sans en venir à la guerre. Charles Jer ne fut ni le plus habile ni le plus fort dans cette lutte. Pressé par la révolte écossaise, avec laquelle , grâce à l'attitude alarmante des puritains anglais, il fut obligé d'accepter une capitulation aussi désavantageuse que mal assurée, il essaya , sans succès, parmi ses embarras , d'entraver les opérations navales des alliés de la France dans la Manche. Malgré le secours indirect des Anglais, l'Espagne continua d’être malheureuse sur mer.

L'archevêque-amiral Sourdis partit de Belle – Isle, le 1er juin 1639, avec quarante vaisseaux de guerre, vingt et un brûlots et douze transports chargés de soldats, pour aller assaillir les escadres espagnoles jusque dans les ports de la Péninsule. Il rencontra, en rade de La Corogne, trente-cinq vaisseaux ennemis qui se préparaient à porter des troupes en Flandre. La flotte espagnole se retira dans le port : Sourdis l’y bloqua, l’y canonna, mais ne put l’y forcer. Une violente tempête maltraita cruellement la flotte

1 Recueil d’Auberi, t. II, p. 395-402. – Manuscrits de Colbert, 46. – Grotii Epistol, init. anni 1339.

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française , et l'obligea de retourner a Belle-Isle pour s'y réparer. Pendant ce temps, l'ennemi, renforcé par d'autres escadres, passa , et gagna la Manche. Sourdis, qui s'était remis en mer, ne rencontra plus sur les côtes de Biscaye que quelque bâtiments retardataires : il prit le galion amiral de Galice, et fit une descente à Laredo qu'il pilla.

La flotte espagnole n'avait évité les Français que pour rencontrer à l'entrée du Pas-de-Calais les Hollandais, qui venaient de battre une escadre flamande. L'Espagne avait fait des efforts extraordinaires pour l'ecouvrer la suprématie maritime : la flotte, aux ordres de don Antonio d'Oquendo, comptait environ soixante-dix grands navirès, dont quelques-uns de plus de soixante canons, sans les frégates et les transports. La nouvelle Armada ne fut pas plus heureuse que l'ancienne. L'héroïque Martin Tromp, amiral des Provinces-Unies, se fiani sur la supériorité de ses maneuvres , assaillit cette multitude pendant deux jours avec douze vaisseaux seulement : le troisième jour, seize vaisseaux se rallièrent à lui; beaucoup d'autres navires hollandais étaient en vue; les Espagnols, déjà en désordre, se retirèrent contre les dunes d’Angleterre, sous la protection de quarante vaisseaux anglais, qui tirèrent sur les Hollandais, quand ceux-ci approcherent de la côte. Cependant l'amiral anglais, Pennington, contre les intentions de son souverain, obligea les Espagnols à s'éloigner aussi, ce qui lui valui d'être enprisonné par ordre de Charles ser. Les Espagnols, après s'être ravitaillés à Douvres, acceptèrent de nouveau le combat. La victoire ne fut pas longtemps disputée : vingt

On appelait alors frégales de très-petits bâtiments, d'une centaine de tonneaus au plus.

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