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et de Marmoutier, il s'était fait élire, vers 1635, abbé général de Cîteaux et de Prémontré. Le saint-siége, effrayé de cette tendance envahissante, refusa les bulles pour Citeaux et Prémontré, empêcha l’union de Cluni à la réforme de Saint-Maur, projetée par Richelieu, et entreprit d'enlever sourdement au cardinal l'influence qu'il exerçait sur l'ordre remuant des capucins, transformé par le père Joseph en une pépinière d'agents diplomatiques dévoués à la France, Le pape avait toujours, sous divers prétextes, refusé le chapeau rouge à Joseph, et, après la mort de Joseph, le refusa de même à Mazarin, que recommandait lạ cour de France. Dès les premiers mois de 1638, l'aigreur était extrême de part et d'autre. Le vieil Urbain VIII étant tombé malade, les politiques de la cour et même plusieurs évêques commencèrent à dire librement que, si le conclave élisait un pape ennemi de la France, on lại lèverait l'obédience, et qu'on ferait up PATRIARCHE ! « Tout le monde, » écrivait Grotius dans une lettre du 5 juin 1638, « donne déjà une si belle dignité au premier ministre. »

On ne saurait douter que Richelieu n'ait été souvent frappé des complications et des em barras énormes que les rapports avec Rome suscitaient journellement dans les pays catholiques, avant l'affranchissement de la législation civile, et de l'incompatibilité de ces rapports avec l'indépendance et l'unité nationales. La pensée de se faire chef d'une Eglise nationale qui ne reconnaîtrait plus au pape qu'une préséance 'honorifique, et à laquelle on rallierait les protestants par des concessions faites aux dépens de Rome',

Bayle ( art. AMYRAUT) raconte que Richelieu fit faire au célèbre ministre Amyraut des ouvertures d'accomniodement sur le fait de la religion. On eût sacrifié au bien de la paix l'invocation des saints, le purgatoire et le mérite des euvres ; on eût créé un patriarche, si Rome eût refusé de transiger sur les limites de son pouvoir.

iraversa certainement plus d'une fois son esprit; mais, homme pratique avant tout, il sentit les prodigieuses difficultés et les dangers d'une rupture avec le saint-siége. Quand les passions religieuses ne poussent point à une ielle révolution, elles tournent nécessairement contre, et ce n'était pas au milieu de la grande lutte politique où Richelieu était engagé, qu'il pouvait, sans témérité, provoquer une lutte religieuse. Il ne s'arrêta donc pas à l'idée d'une séparation : il eût bien voulu arriver au même but par un chemin moins direct, en se faisant nommer légat perpétuel du saint-siége, comme l'avait été jadis le cardipal d'Amboise, et en tâchant de transformer cette léga

La transaction échoua sur la question de l'eucharistie. L'anecdote de Bayle est évidem ment fort risquée ; mais il y eut certainement quelques lentatives. Le plus curieux de l'affaire, c'est que le porteur des propositions de Richelieu, suivant Bayle, était un jésuite. Voyez aussi Groiii Epist. 82, et Ruar. Epist. p. 402. — Le biographe de Richelieu, Auberi, prétend que le cardinal espérait gagner les ministres dans un colloque général, et les amener à rentrer dans le sein de l'Eglise, après quoi l'on enjoindrait aux particuliers qui ne suivraient pas cet exemple d'aller à la messe ou de quitter la France. Richelieu, qui, tani de fois, avait formellemeni condamné l'emploi de la force en matière de religion, se serait donc cru en droit, non-seulement d'interdire le culte public, mais de bannir les réformés ou de contraindre leurs consciences, parce que les chefs de la Réforme auraient cédé, comme si le droit d'un sual n'était pas aussi respectable que celui de cent mille ! Le témoignage d’Aubéri est très-contestable ; mais on doit avouer que Richelieu et la plupart des adversaires du système de perséculion condamnaient les violences et les guerres religieuses bien plus au point de vue du patriotisme et du bien public que du droit de la conscience individuelle. La notion de l'inviolable liberié humaine était bien faible encore, comme on ne le vil que trop sous le règne suivant.

On ne peut nier non plus qu'on n'ait travaillé, sous Richelieu, aux conversions , par des moyens humains, très-matériels et peu honorables, par des dons, des pensions aux nsinistres. Dès le temps de Luinez, Louis XIIl avait fait un fonds pour les conversions. Richelieu continua. Le mélange des choses ecclésiastiques et des affaires d'Etat, sous un gouvernement de prêtres diplomates et soldats, avait souvent des conséquences très-contraires à la vraie morale religieuse. On se souciait moins de la réunion des âmes que de la réunion extérieure et politiquc.

tion en une institution permanente; mais Rome sut tou- . jours se défendre d'une telle concession.

Richelieu tenta du moins de relâcher le lien qu'il ne croyait pas devoir rompre. La cour de Rome, depuis quelque temps, redoublait d'exactions sur l'expédition des bulles et sur les annates, et un certain nonbre d'évêques, nommés par le roi, attendaient en vain leurs bulles. Le gouvernement français menaça de se passer de bulles pour installer ses évêques, et défendit tout envoi d'argent à Rome (juin 1638). Sur ces entresaites, Pierre Dupui, le publiciste érudit qu'on était accoutumé à voir justifier toutes les entreprises de Richelieu par les précédents historiques, publia, sans nom d'auteur et sans privilége, son grand ouvrage des Libertés de l'Eglise Gallicane. Le célèbre traité de Pierre Pithou sur le même sujet n'avait été que le point de départ de Dupui, qui offrait au pouvoir royal un immense arsenal, non-seulement contre Rome, mais contre le clergé. Les libertés gallicanes, en effet, étaient comprises bien différemment par les gens d'église et par les laïques, surtout par les gens de robe : pour les premiers, les libertés consistaient dans de certaines réserves vis-à-vis de l'autorité romaine, dans ces droits d'élections enlevés aux chapitres et aux communautés par le concordat, et dans l'exception de toutes charges publiques ; pour les autres, les libertės gallicanes étaient au contraire l'indépendance du pouvoir temporel vis-à-vis de l'Eglise, et, du moins en tendance, la subordination du clergé à l'autorité civile, l’érastianisme de Grotius, ou peu s'en faut. Les parlements, malgré leur haine pour Richelieu, applaudirent à l'euvre de son protégé. Le clergé jeta un cri de colère, au premier aspect d'un livre qui, d'une part, déniait que le pape eût exercé aucune autorité

en Gaule jusqu'au buitième siècle, et, de l'autre, attaquait toutes les immunités ecelésiastiques en matière d'impôt comme de juridiction.

Le gouvernement ne prit pas ouvertement le livre des Libertés sous son patronage. Sur la plainte du nonċe, le livre fut même supprimé par arrêt du conseil, sous prétexte du défaut de privilége (20 novembre 1638). Mais il continua de se vendre à peu près publiquement. Le 9 février 1639, dix-huit évêques, réunis chez le vieux cardinal de La Rochefoucauld, dénoncèrent cette æuvre du diable à leurs collègues par une lettre fulminante. Dupui répliqua par une véhémente apologie. Le gouvernement, lui, ne discuta point : il agit. Un édit du 18 avril 1659 somma tous les bénéficiers, communautés et autres gens de mainmorte, de payer l'amortissement au roi pour tous les immeubles par eux acquis depuis l'an 1620, et dont le droit d'amortissement n'aurait point été acquitté (Mercure, XXIII, 367). Dès le moyeit-âge, dès les premières tentatives faites par l'Etat pour orgaliser ses ressources, on avait senti le tori immense que faisait à la société et au gouvernement l'amortissement des propriétés, ei, n'osant défendre aux gens de main-morte d'acquérir, on avait grevé leurs acquisitions de droits très considérables. C'étaient ces droits que le clergé avait réussi à faire tomber en désuétude, et que Richelieu revendiquait, d'après l'exemple donné en 1520 par François ler. Les droits réclamés s'élevaient du sixième au tiers de la valeur des propriétés acquises, 'suivant leur 'nature. Les 'officiers de finances-assuraient qu'il s'agissait pour le roi de 80 millions ! L'édit déclarait nettement que les gens de main-morte de possédaient des immeubles'en France que par la pure grâce du roi.

Le corps entier du clergé était en {proie à une agitation

inexprimable, que redoublerent de nouvelles mésures. Une ordonnance royale aliéna 200,000 livres de rentes sur les rentes de l'hôtel de ville, garauties pour cinq ans seulement encore par le clergé, et imposå au clergé, pour des 200,000 livres, une garantie perpétuelle sans son aveu. Un édit d'une tout autre nature renouvela et aggrava les peines portées contre les mariages clandestins et les ecclésiastiques qui les consacraient, prescrivit de nouvelles formalités pour s'assurer du consentement des parents ou tuteurs, et déclara ce consentement indispensable à tout fils ou fille, veuf ou veuve agé de moins de 25 ans (novembre 1639). – Mercure, xxi, 393). Le clergé, Rome surtout, considérait comme une usurpation cette intervention du pouvoir civil dans la loi du mariage.

Le pape, cependant, avait fait quelques pas vers une transaction, en accordant des bulles à quelques-uns des évêques nommés par le roi, lorsqu'une querelle survenue, entre le maréchal d'Estrées, ambassadeur de France à Rome, et le gouvernement romain, porta les choses à l'extrémité. L'écuyer de l'ambassadeur ayant été tué, én représaille d'un acte de violence qu'il avait commis contre les agents de la justice romaine, et sa tête ayant été éxpósée, comme celle d'un malfaiteur, sur le pont Saint-Ange, l'ambassadeur d'éclara le droit des gens violé et cessa tous rapports avec la cour de Rome (octobre 1639). Sur ces entrefailes, le pape refusa les honneurs funèbres d'usage au' cardinal de La Valette, mort en portant les armes sans dispense. La cour de France éclata : on menaça le pape d'un concile national ou même général; le roi ferma sa porte au ronce, et interdit aux évêques toutes communications avec ce représentant du saint-père. Un'arrêt du parlement, du 12 décembre, ordonna que les informations

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