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de vie et meurs des évèques, abbés, etc., nommés par le roi, que les nonces s'arrogeaient de faire depuis quelques années , fussent faites par les diocésains, conformément aux droits de l'Église gallicane et à l'ordonnance de Blois, de 1578 (Mercure, xxii, 403).

Le gouvernement français, au moment où il se heurtait si vivement contre Rome, parut se radoucir vis-à-vis du clergé national : une déclaration du 7 janvier 1640 annonça que le roi se contenterait, pour l'amortissement, d'une levée de 3 millions 600,000 livres. C'était un peu loin des 80 millions dont parlaient les gens de finances pour faire peur aux gens d'Eglise. Il esi vrai que, vers le même temps, les agents du fisc obligeaient les prêtres à financer pour le maintien de leurs exemptions de taille, et qu'on essayait de revenir ainsi à la grande ordonnance de 1634. Le clergé cria si fort, que le pouvoir recula encore une fois sur ce point. Les ordres religieux établis depuis trente ans, les carmélites et les jésuites, furent exemptés de payer leur part des 3 millions 600,000 livres. Faveur redoutable! Richelieu, comme on l'a déjà dit, travaillait à gagner les jésuites français par l'intérêt matériel: il y réussit en partie, à tel point que plusieurs jésuites et vinrent à écrire pour le pouvoir civil contre les indemnités du clergé, et furent condamnés par l'inquisition de Rome et par les évêques français. Jamais si profonde alteinte n'avait été portée à l'esprit el à la discipline de la compagnie, et Richelieu n'a peut-être rien fait de plus difficile ni de plus surprenant.

Sur ces entrefaites, arriva de Rome le signor Giulio Mazarini , chargé non officiellement, mais officieusement, d'une mission de conciliation. Rome avait peur. Mazarin ne devait plus retourner en Italie ; il s'attacha désormais

entièrement à Richelieu. Mais à peine Mazarin était-il à Paris, qu'un nouvel orage s'éleva. Un prêtre, appelé Hersent, publia, sous le titre d'Optati Galli liber, un pamphlet latin où il dénonçait aux évêques français les projets de ceux qui s'apprêtaient, disait-il, à jeter la France dans le schisme. Le parlement, continuant de faire cause commune avec son ennemi Richelieu contre d'autres ennemis, proscrivit l'Optatus Gallus par un arrêt dans lequel il enveloppa la lettre des dix-huit évêques contre le livre de Dupui. Les évêques désavouèrent l'Optatus Gallus. Le gouvernement reprit sa marche agressive, et, ne se contentant plus des 3 millions 600,000 livres réclamés, somma tous les bénéficiers de payer le sixième de leur revenu pendant deux ans (6 octobre 1640). L'agent général du clergé fit opposition. Les agents du fisc procédèrent par saisies. Le clergé cria au sacrilége. Malgré les défenses du roi, on s'assemblait dans les provinces, on protestait, on en appelait à Rome. Il faut voir, dans les mémoires de l'archevêque de Toulouse, Montchal, à quel paroxysme arrivèrent les haines sacerdotales contre ce tyran, cet apostat, qui prétendait courber l'Église sous une servitude jusqu'alors inouïe, ou, en d'autres termes, asseoir, d'autorité, une portion permanenie des dépenses publiques sur l'ordre qui possédait un tiers du sol de la France.

Le clergé sentait l'impossibilité de refuser toute contribution; mais il entendait ne rien payer que par son libre octroi et par exception, en sauvant ainsi le principe de sa franchise.

Le temps de l'égalité n'était pas venu! Il fallait encore transiger! Richelieu consentit à diminuer ses prétentions et à tenir d'une assemblée ecclésiastique ce qu'il était trop difficile d'exiger d'autorité. Les poursuites et les saisies fu

rent suspendues, et une assemblée générale füt convoquée à Mantes pour le commencement de 1641. Les archevêques de Sens et de Toulouse, tous deux hostiles au gouvernement, furent élus présidents. Le gouvernement demanda 6 millions 600,000 livrés, tout compris. Les débats furent très-longs et très-orageux. Là majorité, opposante, mais tiffide, n'osait suivre l'impulsion des violents ennemis du ministré : la minorité, dévouée à Richelieu , se montrait singulièrement provocante et hardie. «Doutez-vous, » s'écria un jour l'évêque d'Autun, que tous les biens de « l'Église ne soient au roi, et que, laissant aux ecclésias= « tiques de quoi pourvoir à leur nourriture et entretené« ment, S. M. ne puisse prendre tout le surplus ? »

Qu'on substitue l'Etat au roi, et, pour les hommes dü dix-septième siècle, ces deux mots étaient identiques, oh sé croira, non point en 1641, mais eñ 1789!

D'autres évêques appelaient Richelieu le chef de l'Eglise gallicané. Montchal prétend , dans ses mémoires, que, si Richelieui avait eu la majorité, il sé serait fait déclarér pátriarche par l'Assemblée. Quoi qu'il en fût, on ne débattit que la question d'argent. Le gouvernement se réduisit à 5 millions et demi, que la majorité accorda enfin (27 mai). Les deux archevêques-présidents et plusieurs évêques prótestèrent, et lurent expulsés de l'assemblée par ordre du roi comme factieux et perturbateurs. Une bulle papale , qui renouvela les censures fulminéée par les papes et les conciles contre les envahisseurs des biens de l'Église, n'apaisa ni n'effraya Richelieu (6 juin). Rome n'osa le pousser à bout. Le consentement de la majorité à l'impôt avait sauvé la formé, et le saint-père ne crut pas devoir continuer les hostilités : il y eut une sorte de replâtrage pour l'affaire du maréchal d'Estrées, et les rapports officiels se rétablirent

entre les deux cours. Le chapeau, de cardinal, donne à Mazarin, fut le gage d'une apparente réconciliation'.

Ces débats, dans un autre temps, eussent fortement remųé l'opinion publique ; mais la grandeur des événements politiques et militaires était telle qu'il restait à peine quelque attention au peuple pour les mouvements du clergé. Le fracas des batailles et des révolutions couvrait la voix des pamphlétaires et des orateurs ecclésiastiques.

Contrairement à l'attente générale, ce fut la guerre d'Allemagne, qui, en 1640, présenta le moins d'intérêt et de résultats. Le passage du Rhin par la petite armée francoweimarienne avait décidé la landgrave de Hesse-Cassel et les ducs de Brunswick et de Lunebourg à reprendre les armes contre l'empereur. Les Franco-Weimariens, les Hessois et les Brunswickois opérèrent leur jonction avec les Suédois à Erfurth, au commencement de mai. Les Impériaux et les Bavarois se réunirent, de leur côté, sous les ordres de Piccolomini, rappelé des Pays-Bas par l'empereur. Le feld-maréchal impérial mâncuvra si habilement, qu'il empêcha les confédérés de s'étendre dans les états de l'empereur et de ses alliés, et les resserra dans la Westphalie et la Basse-Saxe, sans se laisser amener à une bataille générale, vivement souhaitée par ses adversaires. Guébriant, qui était le véritable chef des Français, sous le nom du duc de Longueville, toujours maladè, continua de déployer des talents supérieurs, et comme militaire et

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1 Méin. de Montchal, t. I, II; Riotterdam ; 1728. Ces Mimoires, quoique dictés par le plus violent esprit de parti, sont d'une grande importance. – Mercure françois, t. XXIII, p. 367-403. — Méin. d'Omer Talon, p. 62-67-73. – Mém. de Richelieu, 2é sér., t. IX, p. 293. - Levassor, t. V, p. 650-738. - E. Dupin ; Hista ecclésiastiq: du dix-septième siècle, t. I, p. 626. – Hist. de la publication des livres de P. Dupui, sur les libertés gallicanes, par G. Demante, ap. Biblioth. de l'Ecole des Chartes, t. V, p. 585 et suiv.

comme diplomate; mais le feld-maréchal suédois Baner, génie violent, inégal et passionné, ne se soutint pas au niveau de lui-même. Vers l'automne, les Franco-Weimariens se cantonnèrent dans la Hesse, et les Suédois, sur le Weser, avec promesse de se rejoindre sous peu.

Tandis qu'en Allemagne, la lutte demeurait incertaine, presque partout ailleurs, la Providence semblait enfin arrêter son choix entre les deux ministres-rois, ou plutôt entre les deux systèmes qui se disputaient l'Europe.

En Italie, les succès des armes françaises dépassèrent toutes les espérances suggérées par ce beau combat de La Rotta, qui, à la fin de l'année précédente, avait arrêté les progrès des Espagnols et des princes savoyards.

Au commencement d'avril, le gouverneur de Milan, Lleganez, avait entrepris le siége de Casal, comptant sur les intrigues qu’entretenait dans cette ville la princesse régente de Mantoue, qui, sans oser se déclarer ouvertement contre les Français, leur nuisait de tout son pouvoir. L'attaque de Casal excita beaucoup d'agitation dans les états italiens. On compris, à Rome et à Venise, quelle prépondérance tyrannique la prise de Casal donnerait à l'Espagn dans la Péninsule; le pape et la république, malgré les griefs d'Urbain VIII contre Richelieu , contractèrent ensemble une alliance défensive, levèrent des troupes, et protestèrent, au nom du jeupe duc de Mantoue, contre l'invasion du Montferrat par les Espagnols.

Avant que Rome et Venise eussent pu joindre les effets aux paroles, le sort de Casal fut décidé. Les intrigues de la princesse de Mantoue échouèrent : les habitants de Casal, affectionnés aux Français , secondèrent chaleureusement la résistance de la garnison. Lleganez persista dans son entreprise : il avait au moins dix-huit mille soldats devant

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