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Casal; il savait que la garnison ne dépassait pas quinze cents hommes, et que l'armée française de Piémont, qui n'avait point encore reçu de renforts d'outre les Alpes, no pouvait guère mettre en campagne plus de dix mille combattants. Il ne crut pas que le comte d'Harcourt osât tenter le secours de Casal avec des forces si inférieures. Il se trompa. Le 28 avril, la petite armée française parut en vue des lignes espagnoles : elle ne comptait que sept mille fantassins et trois mille chevaux; mais elle avait à sa tête quatre chefs dont le moindre était digne de rivaliser avec les plus illustres capitaines des guerres d'Allemagne; c'étaient Harcourt, Turenne, du Plessis-Praslin et la MotteHoudancourt.

Lleganez, infatué de sa supériorité numérique, voulut défendre à la fois tous les points d'une circonvallation vaste et faible : cette faute le perdit. Le 29, au point du jour, les Français, formés en colonnes, chargèrent avec une irrésistible furie, et forcèrent les lignes sur deux ou trois points : l'ennemi ne put jamais se rallier, et la déroute fut complète; six mille des assiégeants furent tués, pris ou noyés dans le Pô. Lleganez, désespéré, s'enfuit à Brémo, abandonnant canons, tentes et bagage.

Le général vainqueur poursuivit le cours de ces héroïques témérités qui lui réussissaient si bien. Il retourna brusquement contre Turin, et investit, avec une dizaine de mille hommes, cette grande ville toute bostile aux Français et défendue par plus de six mille soldats que commandait le prince Thomas (9 mai). L'occupation de la citadelle par une garnison française, qui s'y était maintenue depuis l'année précédente, renait le succès possible; mais Harcourt se trouva bientôt dans une position étrange et périlleuse. Lleganez, brûlant de réparer sa

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défaite, avait réuni aux débris de son armée tout ce qui restait de forces à l'Espagne dans le Milanais : il vint, avec environ quinze mille homines s'établir en arrière des Français, et coupa les chemins de Pignerol et de Suze, d'où Harcourt tirait ses convois (commencement de juin). Ainsi la ville assiégeait la citadelle ; Harcourt assiégeait la ville, et Lleganez assiégeait Harcourt. La disette sévit bientôt dans le camp français, que harcelaient des sorties meurtrières, et les généraux commençaient à craindre d'être réduits à lever le siége, quand la nouvelle de l'approche d'un renfort considérable, arrivé d'au-delà des monts, décida chefs et soldats à patienter.

Pendant ce temps, les deux généraux ennemis étaient assez mal d'accord. Lleganez voulait continuer d'affamer les Français; le prince Thomas prétendait les chasser de vive force. L'annonce du secours attendu par les Français obligea Lleganez à céder. Le 11 juillet, le camp d'Harcourt fut attaqué par l'armée espagnole, divisée en deux corps, et par la garnison de Turin. Les Français s'étaient réunis dans leurs deux principaux quartiers : Je comte d'Harcourt et du Plessis-Praslin repoussèrent l'attaque dirigée par Lleganez en personne; mais le quartier de La Motie-Goudancourt fut forcé par don Carlos de La Gaita, lieutenant de Lleganez. Si La Gatta eût poussé La Motte et fût venu prendre en flanc Harcourt et du Plessis, l'armée française eût été en grand péril : par bonheur, il ne songea qu'à entrer dans Turin et à joindre le prince Thomas. Thomas et La Gatta ressortirent ensemble de la ville; mais déjà La Motte avait rallié ses gens et détruit l'arrière-garde de La Gatta, restée hors des murs. Harcourt, La Motte et du Plessis repoussèrent de nouveau Lleganez et rejetèrent Thomas et La Gatta dans la ville. La

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nuit vint. Le lendemain, Turenne amena de Pignerol au camp

six mille fantassins et douze cents chevaux arrivés de France.

Les rôles étaient changés : Lleganez fut contraint d'alije bandonner ses positions; la disette passa du camp fran

çais dans la ville; La Gatta essaya en vain de sortir de estTurin pour rejoindre Lleganez, et les deux mille soldats der qu'ilavait amenés dans Turin ne servirent qu’à consommer à emi les vivres des habitants. Deux mois se passèrent ainsi : lle de Lleganez était resté campé en vue de la ville; toutes ses au-del tentalives partielles et celles de Thomas avaient été dé

jouées; Thomas, qui correspondait avec le général espamis é gnol au moyen de boulets creux lancés par des mortiers de er del grande portée, le somma, en quelque sorte, de faire un os chave dernier et général effort. Les Espagnols et les Français ar lsf avaient reçu de part et d'autres de renforts qui se faisaient let

, por équilibre : les chances d'une attaque étaient devenues de e divide moins en moins favorables. Llegnanez ne se hasarda qu'ales Fri vec répugnance, et, soit hésitation dans ses mouvements,

soit difficulté de terrain, il n'arriva devant la contrevallation française que lorsque Thomas avait été déjà repoussé avec perte dans l'assaut qu'il avait donné à la circonvallation. Lleganez se retira sans rien entreprendre (14 septembre). Huit jours après, Harcourt entra dans Turin.

prince Thomas évacua la capitale du Piémont par une paris capitulation qui lui permit de se retirer à Yvrée avec ce

qui lui restait de troupes (22 septembre). Le siège de Turin avait duré quatre mois et demi. La campagne

d'Ien 1640 prouva que désormais aucune vertu mili

ne manquait plus aux troupes françaises ni à leurs chefs. - J'aimerais mieux être général Harcourt qu'empe

juaria

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reur! s'écria le fameux Jean de Wert, en apprenant la conquèle de Turin'.

La guerre des Pays-Bas, sans offrir d'aussi émouvantes péripéties ni un caractère aussi héroïque, eut un résultat encore plus important pour la France. La Belgique avait dû être assaillie par quatre corps d'armée, deux français et deux hollandais. Le subside payé par la France aux Provinces-Unies avait été porté à un million six cent mille livres, et beaucoup d'argent avait été distribué en oulre au prince d'Orange et aux chefs de la république, afin de les exciter à agir plus énergiquement. FrédéricHenri avait promis d'attaquer Dam et Bruges; le maréchal de La Meilleraie devait opérer sur la Meuse, et les maréchaux de Châtillon et de Chaunes, du côté de l'Artois. Le plan de campagne ne réussit pas tel qu'il avait été conçu : le cardinal-infant parvint encore une fois à repousser les Hollandais ; La Meilleraie, qui s'était avancé entre Sambre et Meuse, échoua contre Charlemont et Marienbourg (mai 1640), et ses troupes souffrirent beaucoup du mauvais temps et de la rudesse de la contrée. Le plan d'opérations fut modifié avec autant de sagacité que de promptitude. La Meilleraie, rappelé des bords de la Meuse, traversa rapidement le Hainaut et le Cambresis, et arriva, le 13 juin, devant Arras, par la rive sud de la Scarpe, tandis que Châtillon et Chaunes arrivaient par la rive nord. Vingt-trois mille fantassins et neuf mille cavaliers investirent inopinément cette capitale de l'Artois, avant que l'ennemi eût le temps de renforcer la garnison. Le général wallon Lamboi, qui remplaçait Piccolomini dans le conimandement des auxiliaires impériaux en Belgigue, tâcha en vain de jeter dans Arras des troupes qui furent battues par les postes français. Le maréchal de Châtillon avait à cour de venger sur Arras son affront de Saint-Omer : il poussa les travaux du siége avec une vigucur extraordinaire. En vingt jours, une circonvallation de quatre à cinq lieues fut fermée, et la tranchée, ouverte : en quinze autres jours, la contrevallation, les redoutes et les forts qui protégèrent les lignes, tout fut achevé.

1 Mém. du Maréchal du Plessis, 5e sér., t. VII, p. 364-366. – Gazette de France du 34 mai 1640. – Mercure françois, i. XXIII, p. 660-632. — Succincte Narration, pe sér., t. IX, p. 349–350. – Levassor, t. VI, p. 24-43; 83-88. – Griffel, t. III, p. 260-263

Tous les Pays-Bas espagnols élaient en alarme, et offraient hommes, argent, munitions, à leur gouverneur pour sauver Arras. Le cardinal-infant accourut à Lille dans les derniers jours de juin, et y fut joint par Lamboi et par le duc Charles de Lorraine, qui, durant la dernière campagne, avait guerroyé, sans éclat et sans succès, sur les confins de la Lorraine et du Luxembourg. L'armée ennemie, forte de vingt et quelques mille homines, vint, le 9 juillet, camper sur le mont Saint-Eloi, à deux lieues nord-ouest d'Arras, et son approche releva le courage des habitants, chez lesquels vivait toujours la vieille tradition bourguignonne hostile à la France : les gens d'Arras passaient, au dire de Richelieu, pour plus espagnols que les Castillans mêmes. Ils ne songèrent plus qu'à seconder vaillamment leur garnison, peu nombreuse (elle ne dépassait pas deux mille hommes), mais brave et bien commandée par le colonel irlandais O'Neill.

Le cardinal-infant n'osa cependant aborder de vive force les positions des Français : il entreprit de les affamcr, en allant se poster vers Avesne-le-Comte, entre Arras, Hesdin et Doullens, afin d'intercepter les convois de Picardie. Il se renforçait tous les jours, et son armée finit par s'élever,

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