Images de page
PDF
ePub

dit-on, jusqu'à vingt mille fantassins et douze mille cavaliers. Grâce à cette puissante cavalerie, l'infant fut bien près d'atteindre son but, et la détresse devint extrême parmi les assiégeants, dont les communications étaient presque complètement coupées,

Richelieu, qui était accouru à Amiens avec le roi, ne lâcha pas ainsi sa proie. Il résolut de faire ravitailler les trois maréchaux par une armée entière. Il avait mandé à la hâte le gouverneur de Lorraine, du Hallier, avec une partie des troupes qui occupaient ce duché : du Hallier partit de Doullens pour le camp d'Arras, le 1er août au soir, avec ses forces grossies par la maison du roi et par le corps de réserve de Picardie : environ dix-huit mille com. þattants escortaient plusieurs milliers de chariots pleins de munitions de guerre et de bouche. Les maréchaux de La Meilleraie et de Chaunes allèrent au-devant du convoi à la tête de six mille hommes, et le joignirent sans obstacle, le 2 août au point du jour, à mi-chemin de Doullens à Arras. Le bruit lointain de l'artillerie et les pressants messages de leur collègue Châtillon leur expliquèrent bientôt pourquoi l'endemi n'avait point inquiété leur marche, Toute l'armée du cardioal-infant assaillait avec fureur la contrevallation des assiégeants. La misère et la désertion avaient fort diminué l'armée assiégeante, et Châtillon, si l'on doit l'en croire, avait tout au plus une quinzaine de mille hommes pour défendre plus de quatre lieues de lignes et de tranchées. Par bonheur, l'hésitation des conseillers imposés par la cour d'Espagne au cardinal-infant fit perdre des moments précieux à l'ennemi, et l'attaque ne commenga sérieusement que sur les neuf heures du matin. Le principal effort fut dirigé par le duc Charles de Lorr raine contre le quartier dy colonel allemand Rautzau, cet

S

intrépide soldat dant le corps avait été si mutilé par la guerre, qu'on disait qu'il n'avait plus rien d'entier que le cobur. Un fort qui protégeait le quartier de Rantzau fut pris et repris plusieurs fois. Sur ces entrefaites, Gassion, détaché par la Meilleraie avec mille cavaliers d'élite, arriva au galop, et annonça le retour des deux maréchaux et l'approche du convoi. Les défenseurs du camp, animés par cette bonne nouvelle, opposèrent une insurmontable résistance à l'assaut désespéré qu'on leur livrait, et trois pièces de canon, avec lesquelles un habile artilleur prit en flaue les agresseurs, écrasèrent la tête de la principale colonne d'attaque. Au plus fort du combat, on vini dire à Châtillon que son fils avait été tué. « Il est bien heureux, » répondit le maréchal, « d'être mort dans une si belle occasion pour le service du roi! » Le jeune homme n'était que blessé.

On ne tarda point à voir paraitre la cavalerie de la Meilleraie et de Chaunes : une demi-heure après, le corps d'armée de du Hallier était en vue. L'ennemi n'eut plus d'autre parti à prendre que celui de la retraite, et dut s'estimer fort beureux de l'extrême fatigue du nouveau corps d'armée, arrivé à marche forcée.

Le lendemain, les généraux français son mèrent les habitants d'Arras de capituler sur-le-champ, s'ils voulaient éviter les dernières rigueurs de la guerre, Le gouverneur et les habitants repondirent qu'on y pourrait songer dans trois mois. Les ouvrages extérieurs élai ni cependant au pouvoir des Français, et le 7 aut, une mire qui joua ouvrit une large brèche au rempari. La ville, alors, changea de ton, et obligea son commandant à entrer en pourparlers avec les Français. Ceux-ci n'eurent garde de pousser au désespoir les gens d'Arras, et se rendirent faciles sur

re

les conditions. La capitulation fut signée le 9 août, à la vue de l'armée du cardinal-infant, qui, averti de ce qui se passait, revint jusqu'à une portée de canon du camp français, puis s'arrêta, jugeant le succès d'une seconde attaque impossible. La garnison fut conduite à Douai avec les honneurs militaire. La ville, en changeant de maître, garda ses priviléges, et stipula, au nom de la province, le maintien du conseil souverain (parlement) d’Artois ? et des États Provinciaux, l'exemption de la gabelle du sel et l'interdiction d'établir aucun impôt, sinon du consentement des Etats. La ville eut aussi grand soin de stipuler que « le saint cierge et les autres reliques » ne pourraient être transportés hors de ses murs, et que la liberté de conscience n'y pourrait êlre introduite. Arras demeurait espagnole en religion tandis qu'elle cessait de l’être en politique 2.

La conquête de ce chef-lieu de province, si longtemps le boulevard des Pays-Bas contre la France, la recouvrance de cet antique fief enlevé depuis si longtemps à la couronne, excita dans la nation un long frémissement de joie, On sentit que c'était là une de ces conquêtes qui ne se reperdent pas, et l'on y vit le commencement de l'absorption des provinces belgiques dans l'unité française. Il était naturel que l'Artois, espèce de triangle serré, sur deux de ses côtés, par la Picardie, cédât le premier au mouvement d'extension de la France.

L'armée était trop fatiguée, et le siége d'Arras avait trop coûté, pour qu'on essayât d'achever, cette année, l'assujettissement de l'Artois : Richelieu estima la campagne bien employée.

1 Une ordonnance du 15 février 1644 subordonna le conseil d'Ariois au parlement de Paris pour les appels. Isambert, XVI, 535.

2 Succincte narration, le sér., t. IX, p. 350. – Recueil d'Aubéri, t. II, p. 511-586. - Mercure François, t. XXIII, p 515-548. - Mém. du maréchal de Grammont, Be sér., t. VII, p. 250. — Mém. de Montglat, ibid., t. V. p. 90-96. — Mém. de PuySégur, ap. Levassor, t. VI, p. 52.

Entre les réjouissances de la prise d'Arras et celles de la prise de Turin, un second fils naquit à Louis XIII (21 septembre 1640). Cet enfant fut nommé Philippe, et porta le titre de duc d'Anjou, jusqu'à ce que Gaston, mourant sans enfant mâle, lui eût transinis le duché d'Orléans. Philippe devait être la tige de la maison d'Orléans.

Du côté de la mer, la campagne fut nulle dans les parages d'Italie, où commandait l'archevêque Sourdis. Richelieu eût voulu qu'on enlevât les portes de Nice et de Villefranche au cardinal Maurice de Savoie, et qu'on allât imposer un nouveau traité aux pirates d’Alger et de Tunis'. Sourdis n'entreprit rien de tout cela, et s'excusa sur la jalousie du comte d'Alais, gouverneur de Provence, qui ne le secondait pas, et sur le mauvais état des galères. Il envoya un défi au duc de Ferrandina, commandant de la flotte espagnole, qui ne l'accepta point, et alla croiser devant Naples, sans y déterminer d'insurrection, comme il l'avait espéré. La flotte du Ponant fut plus heureuse que celle du Levant. Richelieu l'avait confiée à son neveu, au marquis de Brezé, fils du maréchal de ce nom, en lui donnant pour lieutenant un vieux et habile marin, le commandeur des Gouttes. Le cardinal avait d'abord destiné aux commandements maritimes un autre de ses neveux, Pont-Courlai ; mais celui-ci, quoiqu'il se fût bravement comporté à la bataille navale de Gênes, avait montré un tel esprit de désordre et d'inconduite, que son oncle l'avait destitué. Richelieu voulait bien employer ses parents, mais à condition qu'ils s'en montrassent dignes. Brezé, jeune homme d'un naturel héroïque, ne devait pas tromper ainsi l'attente du cardinal. Il débuta par assaillir dans les eaux de Cadix, la flotte des Indes-Occidentales qui partait pour le Mexique. Les Espagnols comptaient trentesix navires de guerre, parmi lesquels dix galions de quatorze à quinze cents tonneaux et quatre de mille à douze cents. Les Français n'avaient que vingt et un vaisseaux, la plupart d'une force bien inferieure; mais aux vaisseaux étaient joints neuf de ces brûlots dont la marine française savait faire un si terrible usage. L'agilité des nefs françaises et la supériorité de leurs artilleurs, plus encore que les brûlots, décidèrent la victoire. Deux galions espagnols furent brûlés : l'amiral Castignosa fut coulé avec son navire par l'amiral français ; trois autres galions, richement chargés, sombrèrent encore (22 juillet). Le reste de la flotte espagnole se réfugia enire les forts de la rade de Cadix, où Brezé eût suivi l'ennemi, si son conseil ne l'eût dissuadé d'une entreprise trop téméraire. Son succès était encore assez brillant. L'impuissance des lourds galions espagnols à manœuvrer et à s'entre-secourir était démontrée à chaque rencontre, sans que l'Espagne fit rien pour remédier aux causes de tant de désastres'.

1 Voyez le projet de traité dans la correspondance de Sourdis, t. II, p. 420-427. Il est intéressant pour ce qui concerne les comptoirs français du Bastion de France, de Bone, de Collo (El Qol), de La Calle, du cap Nègre. Ces élablissements, aulorisés par le sultan, dataient de 1560 environ. La pêche du corail sur loute cette côte se faisait alors par les Français, qui, aujourd'hui, l'ont presqu'cnlièrement abandonnée aux Italiens,

Quelques mouvements populaires contre les impôts, mouvements qui, à Moulins ei à Clermont, ne dépassèrent pas l'émeute, mais arrivèrent jusqu'à la révolte armée dans l’Armagnac, le Comminges, l'Astarac, le Pardiac, n'ac

1 Relation dans la correspondance de Sourdis, l. II, p. 241, - Levassor, .. VI, p. 68, - Gazeite de France du 14 septembre 1650,

« PrécédentContinuer »