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et de venir d'un camp à l'autre depuis six mois, au nom des délégués du saint-siége. La ville de Casal fut remise entre les mains de Spinola : la citadelle resta au pouvoir de Toiras, qui promit de la rendre à Spinola s'il n'était secouru du 15 au 31 octobre, Spinola s'engageant, de son côté, à évacuer la ville, si la paix se faisait ou si Toiras était secouru dans ce délai.

Avant ce terme, Richelieu espérait avoir regagné le nouveau duc de Savoie, qui n'avait pas les vices de son père et qu'on ne croyait pas foncièrement hostile à la France. Le duc promit de se joindre aux Français, si les Espagifols et les Impériaux n'acceptaient point une paix raisonnable avant le 15 octobre. La diplomatie du cardinal poursuivait en Allemagne des résultats plus importants encore, et atteignait la maison d'Autriche au coeur même de sa puissance. Jamais le grand ministre n'avait

ncore servi si efficacement la cause de la France et de la civilisation, qu'au moment où tant de passions égoïstes conjuraient sa ruine.

A la fin de juin 1630, une diète impériale s'était ouverte à Ratisbonne dans les circonstances les plus solennelles qu'eût vues l'Allemagne depuis Charles-Quint. Il ne s'agissait pas seulement de savoir si l'Empire revendiquerait sa constitution fédérative, violée et foulée aux pieds, ou se changerait en uné monarchie absolue ; il s'agissait de savoir si l'immense mouvement imprimé par Luther au génie teutonique serait violemment arrêté, et si l’Allemagne, retombant sous le joug du passé, aurait un sort pareil à celui de l'Espagne, pire que celui de l'Espagne, puisque le peuple espagnol était le complice de sa destinée, tandis que c'était la force et la conquête qui impo

T. XIII.

end

saient à l'Allemagne un double despotisme politique et religieux.

Heureusement, les intérêts des princes catholiques allemands étaient devenus incompatibles avec ceux de l'Autriche, depuis que l'Autriche avait vaincu par leur aide. Ces princes ne poussèrent pas le zèle jusqu'à immoler leurs droits et leur indépendance sur cet autel du catholicisme, auquel l'empereur adossait son trône : la rivalité fomentée par la France entre l'Autriche et la Bavière éclata, et les électeurs ecclésiastiques eux-mêmes ne se. résignèrent point au rôle de chapelains de l'empereur, que leur destinait Wallenstein. Dès 1629, les électeurs catholiques avaient désapprouvé hautement la guerre de Mantoue, demandé que l'Empire gardât la neutralité dans la guerre entre l'Espagne et la Hollande, et réclamé le licenciement de l'armée de Wallenstein, en réponse à une invitation que leur avait adressée Ferdinand de congédier une partie des troupes de la Ligue Catholique. Ils avaient enfin demandé la réunion d'une diète, pour aviser au rétablissement de l'ordre en Allemagne, avec la stipulation formelle qu'on n'y parlerait pas de l'élection d'un roi des Romains avant que le désarmement de Wallenstein et de ses hordes n'eût été opéré. Le plus vif désir de Ferdinand était de faire élire roi des Romains son fils, qu'il avait déjà investi des royaumes de Bohême et de Hongrie : les électeurs, au contraire, ne songeaient qu'à éloigner l'élection , et plusieurs d'entre eux, dans leur sourde colère contre l'Autriche, parlaient aux agents français de choisir Louis XIII (Mém. de Richelieu, 2 série, t. VIJI, p. 127–128).

Ferdinand sentit qu'il s'était dévoilé trop tôt. Il essaya

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BUX

de regagner lec électeurs catholiques, assembla la dièle, où les électeurs protestants ne comparurent que par ambassadeurs, essaya de justifier devant elle son intervention en Italie, et de démontrer la nécessité où il était de rester armé, à cause des entreprises que faisaient le roi de Suède et les Hollandais sur les terres de l'Empire. On apprit, sur ces entrefaites, le débarquement de GustaveAdolphe à Stralsund (4 juillet), et l'attitude toute nouvelle de l'électeur de Saxe, jusqu'alors l'allié, le complice de l'Autriche , présagea l'orage qui allait s'élever du fond du Nord. Ferdinand, dans l'ivresse du succès, avait cessé de ménager le prince saxon, et avait prétendu le soumettre, comme les autres, à l'obligation de restituer les biens ecclésiastiques. L'électeur répondit en réclamant d'énormes dommages-intérêts pour le tort causé à son pays par les gens de guerre, l'abolition de l'édit sur la restitution des biens d'église, la confirmation des priviléges octroyés aux protestants, le rétablissement de la ville d'Augsbourg en son ancienne liberté, et la punition des officiers impériaux, à cause des contributions qu'ils avaient levées arbitrairement.

Ferdinand avait espéré que les passions religieuses lui ramèneraient les catholiques, dès que les protestants relèveraient la tête. Il n'en fut rien. Le duc de Bavière, qui avait si ardemment provoqué la restitution des biens d'église, ouvrit l'avis d'accorder une prolongation de quarante ans aux protestants détenteurs de ces propriétés. Les électeurs ecclésiastiques se turent à cet égard, mais, par compensation, se plaignirent amèrement des exactions commises sur leurs terres par les généraux de l'empereur et par les Espagnols de la Belgique. Le licenciement de l'armée et la destitution de Wallenstein, qui

déployait à Ratisbonne le luxe d'un souverain, comme pour braver ses ennemis, furent réclamés avec violence par la diète presque entière.

C'était la main de la France qui dirigeait tout : Richelieu l'endait à Ratisbonne les coups qu'il recevait à Lyon, et les intrigues de l'ambassadeur d'Espagne en France avaient pour contre-partie les menées du père Joseph en Allemagne. Le 26 juillet, on avait vu arriver, dans le séjour de la diète , un anibassadeur français, Brûlart de Léon , flanqué de deux capucins. L'un des deux était le redoutable confident, le bras droit de Richelieu, ce Joseph qui avait, au moins pour un moment, façonné les enfants de saint François en agents de la diplomatie française, en milice politique, rivale des jésuites. Richelieu avait compte que le dévot Ferdinand se défierait moins d'un diplomate en froc. C'était attaquer l'ennemi avec ses propres armes. Le but ostensible de la mission de Brûlart et de Joseph était de négocier la paix d'Italie par la médiation de la diète ; le but réel était d'achever ce qu'avait commencé Charnacé, c'est-à-dire d'obtenir le désarnement de l'empereur et d'empêcher à tout prix l'élection du fils de Ferdinand comme roi des Romains. .

Ferdinand, si justement puni de son ingratitude envers ses alliés et de l'impitoyable tyrannie de son lieutenant, hésita s'il n'emploierait pas la force pour plier la diète à ses volontés. Wallenstein l'en pressait vivement: il était trop tard. L'Espagne avait, sans le vouloir, sauvé l'Allemagne en poussant l'empereur sur l'Italie. Une grande partie de l'armée impériale était retenue en Lom

1 Richelieu écrivait de Joseph au comte d'Avaus, qu'il ne connaissait aucun diplomate en Europe « capable de faire la barbe à cu capucin, quoiqu'il y ait bells prise. » Manuscrits de Béibune, no 9519.

bardie par cette conquête de Mantoue qui devait coûter si cher à. Ferdinand ! D'autres troupes disputaient la Pomérapie à Gustave-Adolphe , qui n'avait guère encore d'alliés déclarés que le duc de celle province et la ville de Magdebourg, mais qui remuait tout le nord par ses proclamations contre l'Autriche. Ferdinand n'osa ronipre, dans une telle occurrence, avec Maximilien de Bavière : Maximilien et Joseph lui firent'entendre que, s'il cédait, il assurerait l'élection de son fils. Il céda ; il licencia dix-huit mille cavaliers, dont la plupart allèrent bientôt s'enrôler sous les drapeaux de la Suède ; puis il réduisit son armée en Allemagne à quaranle mille hommes; puis il sacrifia Wallenstein. Le terrible duc de Friedland, dépouillé du commandement, mais garanti contre toute recherche du passé, emporta dans ses châteaux de Bohême les dépouilles de l'Allemagne, et attendit, dans une fastueuse retraite, que son étoile, un moment obscurcie, recommençat à briller sur l'horizon.

Le commandement de l'armée impériale, offert au duc de Bavière avec des restrictions que n'accepla pas ce prince, fut conféré au vieux général de la Ligue Catholique, au comte de Tilli (septembre 1630).

Ferdinand n'était plus en état de soutenir une double guerre. Les Espagnols, ne rêyant que la prise de Casal et démentant sans vergogne leur zèle catholique, engageaient l'empereur à continuer les hostilités en Italie et à s'accommoder avec le roi de Suède et avec les protestants allemands, fallût-il pour cela rétablir le Palatin Frédéric dans une partie de ses domaines concédés à Maximilien de Bavière. Les électeurs catholiques, au contraire, voulaient la paix en Italie, afin de se débarrasser de l'influence espagnole, de rendre au roi de

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