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voyé une autorisation secrète à son capucin de signer un pacte qu'il se réservait de désavouer ultérieurement, comme contraire aux pouvoirs officiels de l'ambassadeur français. La France avait grand intérêt à ce que la diète se séparât au plus tôt sans procéder à l'élection d'un roi des Romains, et la diète ne se fût pas séparée si la paix n'eût été conclue. La conduite de Richelieu ne semble pas trop infirmer ce soupçon : le cardinal jeta feu et flamme contre les né gociateurs, renvoya Joseph dans son couvent, et manda au roi de Suède et aux Hollandais ? que la France n'entendait nullement renoncer à ses alliances avec les adversaires de l'empereur; cependant il ne rompit point le traité avec éclat : il enjoignit à Brûlart d'en poursuivre le redressement à l'amiable auprès de l'empereur, et laissa le temps à la diète de se séparer sans encombre (15 novembre). En fait, malgré ces formes modérées et conciliatrices, le traité fut considéré par la France comme non avenu, et l'ordre fut expédié aux généraux de n'en point tenir compte. Quant au père Joseph, il reparut bientôt plus en faveur que jamais, et l'on put croire que sa disgrâce n'avait été qu'une feinte. Le principal but de sa mission avait été atteint : la diète n'avait point élu de roi des Romains, et Ferdinand n'avait point obtenu le prix du sacrifice de Wallenstein (Mém. de Richel. 2e série, t. VIII, p. 284-293).

L'armée française, cependant, s'était dirigée sur Casal par Asti, en laissant une réserve à Vegliana et en masquant Turin par un détachement de neuf mille hommes : le nouveau duc de Savoie continuait de tergiverser. Le 28 octobre, les généraux reçurent le traité

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1 Un nouveau traité avec les Hollandais avait été signé en juin 1630.

du. 15 par un courrier envoyé de Ratisbonne. Marillac voulait qu'on cessât les hostilités; Schomberg, dépositaire de la pensée de Richelieu, représenta que la trève de septembre avait garanti l'évacuation immédiate de Casal par les Espagnols, si la paix se faisait avant le 15 octobre ; qu'on ne pouvait laisser cette ville à leur bonne foi deux mois encore, ainsi que le voulait le traité de Ratisbonne. Le conseil de guerre décida qu’on passerait outre, sans s'arrêter aux propositions des médiateurs pontificaux. Le 26 octobre, les armées furent en présence sous les murs de Casal. Les Français comptaient environ vingt mille fantassins et trois mille chevaux ! Les Espagnols, renforcés d'une grande partie des troupes impériales de Colalto, avaient sur les Français l'avantage du poste, et peut-être même du nombre; mais ils n'avaient plus à leur tête l'illustre Spinola, mort tout récemment d'une maladie causée ou aggravée par le chagrin. Ce grand capitaine, blessé, bumilié des mauvais procédés d'Olivarez, n'avait pu se consoler d'avoir vu Casal devenu l'écueil de sa gloire. Les assiégeants étaient troublés et incertains : l'armée de secours, pleine d'ardeur et d'allégresse. Déjà le canon grondait; la fusillade s'engageait; les colonnes françaises marchaient droit à la contrevallation qui protégeait le camp ennemi, et Toiras sortait de la citadelle, avec sa brave garnison, pour charger en queue les Espagnols, lorsqu'un cavalier sortit des lignes ennemies, et accourut vers les Français en agitant une feuille de papier blanc et en criant : La paix ! la paix !

1 Sur ces trois mille chevaux, il y avait quatre cent cinquante gentilshommes de l'arrière-ban de Dauphiné, fait digne de remarque, car il était dès lors bien rare qu'on levåt l'arrière-ban, et surlout qu'on le at sortir du royaume. - Memoires de Richelieu, 2e série, t. VIII, p. 276.

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C'était l'agent du pape, le signor Giulio Mazarini.

Les soldats étaient si animés, que plusieurs tirèrent sur lui, et que Mazarin n'arriva pas sans grand danger jusqu'aux maréchaux. Il leur apportait le projet d'une convention par laquelle les généraux ennemis évacueraient sur-le-champ Casal et le Montserrat, à condition que les Français en fissent de même, et que le duc de Mantoue ne pût confier la garde de ses places qu'à des gens du pays. Les Français garderaient toutes leurs positions dans les États de Savoie, jusqu'à ce que le Mantouan, le Montferrat, la Valteline et le territoire des Grisons fussent entièrement évacués.

Ces conditions furent acceptées, et le signor Giulio eut ainsi l'honneur d'avoir arrêté, au péril de sa vie, deux armées prêtes à s'entre-détruire : le dénoûment dramatique du siége de Casal eut beaucoup de retentissement, et commença la fortune de Mazarin.

Il y eut d'assez graves difficultés sur l'exécution du nouveau pacte : les maréchaux n'observèrent pas l'article qui leur interdisait de laisser des troupes françaises dans la citadelle de Casal. Au moment de sortir du Montserrat, les ennemis furent sur le point de charger une partie de l'armée française : l'infatigable Mazarin s'entremit derechef, et l'accord fut confirmé et finalement exécuté dans les derniers jours de novembre. Quatre cents Français, toutefois, restèrent cachés dans la citadelle de Casal, afin de prévenir toute surprise de la part des Espagnols .

Avant la fin de novembre, comme les généraux français venaient de repasser du Montserrat dans le Piémont, un événement extraordinaire avait jeté l'armée dans un

1 Mémoires de Richelieu, 20 série, 1. VIII, p. 288-287. - Mémoires de La Force, 1. III, p. 16-17; 328. - Mémoires de l'untis, 2. sèric, t. VI, p. 562-567.

étonnement et dans une agitation extrême. Un matin, l'on avait vu arriver au quartier général de Follizzo un courrier chargé d'une dépêche du roi pour le maréchal de Marillac. Louis XIII donnait à Marillac le commandement en chef de l'armée et la direction des affaires d'Italie. La Force et Schomberg étaient rappelés en France. A la missive royale était jointe une lettre du garde-des-sceaux, Michel de Marillac, qui annonçait au maréchal, son frère, la disgrâce de Richelieu. Marillac était dans l'ivresse; Scbomberg, dans la consternation; mais, dès le lendemain, arrivèrent de nouvelles dépêches adressées à ce dernier : elles contenaient l'ordre d'arrêter le maréchal de Marillac et de l'envoyer en France sous escorte'.

Une lutte décisive avait eu lieu à la cour. Le faible Louis XIII, qui ne cherchait qu'à gagner du temps, avait obtenu de sa mère qu'elle dissimulat jusqu'à ce que la cour fût revenue à Paris. Pendant le voyage, Marie fit assez bonne mine à Richelieu, qui s'était embarqué avec elle sur la Loire, de Roanne à Briare, et qui ne négligeait rien pour la fléchir. Un jour ou deux avant d'atteindre Paris, on reçut la nouvelle de la délivrance de Casal. Marie fit faire un feu de joie dans la cour de son logis : elle crut Richelieu perdu, maintenant que le roi ne pouvait plus alléguer, pour garder son ministre, les embarras de la guerre d'Italie; les confidents de la reinemère n'en jugèrent pas de même, et comprirent qu'un si glorieux succès ne rendrait pas Richelieu plus facile à abattre.

En effet, le roi, quand sa mère l'eut rejoint à Paris, opposa une si vive résistance aux importunités de Marie,

1 Mémoires de La Force, t. III, p. 329. - Levassor, t. III, p. 552.

insista tellement sur le besoin qu'il avait encore des services du cardinal, que Marie parut se rendre : elle déclara qu'elle faisait à son fils le sacrifice de son ressentiment, et consentit à se trouver au conseil avec Richelieu comme par le passé. On convint d'une entrevue dans laquelle la reine-mère rendrait ses bonnes grâces au cardinal et à madame de Combalet, nièce de Richelieu et dame d'atours de Marie. La reine-mère avait pris en baine et renvoyé de sa maison cette jeune et belle veuve, à laquelle le cardinal portait une affection que les courtisans ne manquaient pas d'incriminer. Le 9 novembre au matin, madame de Combalet vint donc au Luxembourg se présenter à la reine-mère, sous les auspices du roi : elle s'agenouilla devant Marie, et la pria fort respectueusement, « avec beaucoup d'esprit et de bien dire, >> de lui rendre l'honneur de sa bienveillance, La reine la reçut d'un air glacé; puis « à la froideur, l'aigreur succède ; puis la colère, l'emportement..... enfin, un torrent d'injures, et peu à peu de ces injures qui ne sont connues qu'aux halles (Saint-Simon). » Le roi veut en vain lui rappeler qu'il est présent, qu'elle manque à sa parole, qu'elle se manque à elle-même, « rien ne peut arrêter ce torrent. » A la fin, le roi outré relève brusquement madame de Combalet, et lui dit que c'est en avoir trop entendu, et qu'elle se retire.

Ea jeune femme sort en pleurs, et rencontre son oncle sur le seuil. Le cardinal hésite un instant, compose son visage et entre, comme Marie répondait aux reproches du roi qu'elle n'avait que faire de se contraindre envers la Combalet, qui « ne servait de rien à l'État; » qu'à l'égard du cardinal, elle ne retirait pas sa promesse de lui pardonner « pour le bien des affaires. »

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