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recommander par le roi au Saint-Père pour le chapeau rouge. A ce prix, les deux favoris décidèrent leur maitre à s'obliger d'aimer dorénavant le cardinal a autant qu'il l'avoit haï. »

La reine-mère sembla perdre courage, lorsqu'elle se · vit abandonnée de son fils préféré. Après de nouveaux

emportements, suivis d'une longue bouderie, après avoir crié qu'elle se donnerait plutôt au diable que de ne pas se venger d'un ingrat, après avoir consulté des astrologues et des devins pour savoir si le cardinal n'avait pas un charme contre les arquebusades, et si le roi ne mourrait pas bientôt', elle se résigna à recevoir Richelieu chez elle, le 23 décembre : l'entrevue fut froide et embarrassée, mais convenable. Le 27 décembre, Marie reparut au conseil du roi, où l'on arrèla, de son aveu, des mesures peu agréables à la reine Anne, sa bru et son alliée contre Richelieu : la comtesse du Fargis, un des plus dangereux esprits de la cour, fut chassée d'auprès de la reine, et l'ambassadeur d'Espagne, qui entrait familièrement à toute heure chez Anne d'Autriche, reçut défense de s'y présenter dorénavant sans autorisation. Par compensation et pour consoler la reine Anne, madame de Chevreuse, qui avait promis de se mieux conduire, fut rappelée d'exil.

Dans ce même conseil, on résolut de rendre la liberté au duc de Vendôme, qui avait confessé depuis longtemps ses menées, et s'était remis à la miséricorde du roi. Richelieu voulut faire de la clémence à propos. Le duc sortit de Vincennes, après quatre ans et demi de captivité.

1 Journal de Richelieu, ap. Archives curieuses, 26 série, t. V, p. 23. - FontenaiAlareuil, p. 254.

Ce ne fut qu'un moment de calme trompeur entre deux orages. Déjà l'incorrigible cabale s'était reformée. Le président Le Coigneux, personnage d'une détestable réputation, était menacé d'un procès scandaleux par une femme qui l'accusait d'avoir épousé secrètement sa fille, puis de l'avoir fait périr pour se débarrasser d'un obstacle à sa fortune. On conçoit que Richelieu, dans de telles conjonctures, n'ait pas trop vivement pressé le pape de faire un pareil cardinal. Le Coigneux se crut joué, persuada à son compagnon de faveur, Puy-Laurens, que Richelieu les tromperait l'un et l'autre, et tous deux poussèrent leur patron à une rupture éclatante avec le cardinal. Le 30 janvier 1631, Gaston se rendit à l'hôtel de Richelieu, et déclara au ministre, d'un ton menaçant, qu'il venait retirer la parole qu'il lui avait donnée d'être de ses amis, parce que lui, Richelieu, manquait à toutes ses promesses. Il ne voulut entendre aucune justification, et ajouta qu'il s'en allait dans son apanage, et que, « si on le pressoit, il se défendroit fort bien '. »

Gaston partit, en effet, pour Orléans, d'où il envoya au roi des explications assez peu satisfaisantes. La reinemère, de son côté, prétendit d'abord n'être pour rien dans l'escapade de Monsieur; mais elle ne put se contenir longtemps, et recommença de crier contre Richelieu et de harceler le roi. Les informations judiciaires commencées contre le maréchal de Marillac lui fournissaient un nouveau grief.

1 Mém. de Richelieu ; Collect. Michaud, 2e série, I. VIII, p. 312. - Tallemant des Réaux, l. V, p. 61.- Suivant les Mémoires qui portent le nom du duc d'Orléans, el qui sont l'ouvrage de quelqu'un de ses serviteurs (Collect. Michaud, 2° série, 1. IX, p. 581), le duc injuria Richelieu et lui fil de grandes menaces. On avait conseillé à Gaston de luer Richelieu, mais le coeur lui faillit.

Le cardinal, convaincu que toute réconciliation était impossible, résolut de ne plus rien ménager et de frapper ses ennemis, ou plutôt les ennemis de la France, jusque sur les marches du trône. Le roi, harassé des clameurs de sa mère, n'aspirait qu'à ne plus la voir ni l'entendre. On ne voulut pas chasser la reine-mère de Paris : c'eût été un trop grand éclat; on prit un détour pour arriver au même but. Le roi et le cardinal partirent pour Compiègne : Marie ne manqua pas de suivre le roi, afin de ne pas renouveler la faute qu'elle avait commise en laissant Louis seul à Versailles pendant la Journée des Dupes. Dès qu'elle fut arrivée à Compiègne, Richelieu fit auprès d'elle une dernière et vaine tentative, comme pour l'acquit de sa conscience. Le lendemain matin, 23 février, le roi et le cardinal reprirent brusquement la route de Paris, avant le réveil de la reine-mère. Marie de Médicis ne devait jamais les revoir ni l'un ni l'autre. Louis annonça par lettre, à sa mère, que le bien de ses affaires le contraignait à la prier de se retirer pour quelque temps à Moulins ; qu'il lui donnait le gouvernement du Bourbonnais, et qu'elle y serait en tout honneur et liberté. Le maréchal d'Estrées était chargé d'escorter la reine-mère jusqu'à Moulins, avec un fort détachement de la maison du roi.

La princesse douairière de Conti, seur du duc de Guise, la duchesse d'Elbeuf, seur naturelle du roi, ennemies acharnées du cardinal, et quelques autres dames de la cabale de la reine-mère furent exilées dans leurs terres : le maréchal de Bassompierre, marié secrètement à la princesse de Conti, fut envoyé à la Bastille. On l'y traita aussi doucement que possible ; mais on l'y laissa douze ans, châtiment bien sévère pour un homme de

ces

plaisir, plus léger que malintentionné, et qui ne semble pas avoir été fort dangereux ".

Richelieu fit appel à l'opinion publique avec la plus audacieuse franchise : une déclaration royale-apprit à la France que le roi, forcé d'opter entre son ministre et sa mère, se séparait de celle-ci « pour quelque temps, » jusqu'à ce que Dieu eût adouci son esprit séduit par les malveillants (Mercure, XVII, 130).

Richelieu, débarrassé de la mère par ce coup de vigueur, se retourna contre le fils. L'attitude de Gaston devenait tout à fait hostile : Monsieur se cantonnait dans Orléans, levait des soldats, amassait des munitions, envoyait dans les provinces des agents de sédition, assectait de crier contre les impôts et contre les oppresseurs du peuple. On était assuré de ses intelligences avec les ducs de Guise, d'Elbeuf et de Bellegarde, gouverneurs de Provence, de Picardie et de Bourgogne; on le soupçonnait de négocier à Madrid et à Bruxelles. Il n'eut pas le loisir de préparer la guerre civile. Le cardinal de La Valette alla lui offrir, de la part du roi, l'oubli du passé, l'assurance d'un accueil fraternel et la permission de se remarier comme bon lui semblerait, pourvu qu'il revint à la cour. Ses conseillers, craignant, non pour lui, mais pour eux, la vengeance de Richelieu, quoiqu'on leur promit toute sûreté, lui persuadèrent que le roi ne le rappelait que pour le mettre à la Bastille ou à Vincennes. Il refusa les offres de La Valette. Le roi et le cardinal marchèrent aussitôt sur Orléans avec des troupes (11 mars). Gaston n'essaya pas de résister : il s'enfuit en Bourgogne avec quelques cavaliers, qui criaient sur leur passage : « Vivent Monsieur et la liberté du peuple! » Le peuple ne bougea pas : toute la Bourgogne resta dans l'obéissance du roi, qui suivit de près son frère. Tandis que le roi entrait à Dijon, Monsieur passa la frontière et se retira en FrancheComté, puis en Lorraine. Le duc de Bellegarde, gouverneur de Bourgogne, n'avait pas entraîné une seule ville, et ne put que partager la fuite du prince: (Mém. de Richelieu, 2e série, t. VIII, p. 323).

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1 Mém. de Richelieu, 2c série, t. VIII, p. 313-319. — Mém. de Fontenai-Mareuil, ibid., t. V, p. 233, - Mém. de Bassompierre, ibid., t. VI, p. 320-324.

A la nouvelle de la retraite de Monsieur hors du royaume, le roi alla en personne faire enregistrer au parlement de Dijon une déclaration de lèse-majesté contre tous les compagnons et les instigateurs de l'évasion de son frère (31 mars). En tête de la liste figurait un autre frère de Louis XIII, le comte de Moret, fils naturel de Henri IV et de Jacqueline de Beuil, puis les ducs d'Elbeuf, de Bellegarde et de Roannez, le président Le Coigneux et le sieur de Puy-Laurens (Mercure, XVII, 146).

Les revenus du duc d'Orléaus furent saisis. La Bourgogne, en récompense de sa fidélité, obtint ce qui lui avait été refusé l'année précédente, la permission d'acheter la suppression des élus.

Les divers parlements provinciaux reçurent sans résistance la déclaration de lèse-majesté : il n'en fut pas de même à Paris. Le parlement par excellence jugea ses droits violés par la présentation à une cour de justice provinciale d'une sentence de proscription contre des pairs de France et contre un président, qui ne relevaient que de la cour suprême. Nombre de parlementaires allaient plus loin, et, n'admettant pas le flagrant délit comme une raison suffisante, se récriaient sur le fond même d'un acte qui déclarait les gens coupables sans forme de procès. La reine-mère et Monsieur comptaient beaucoup de parti.

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