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et toutes les passions des écoles dégénérées d'Italie dans cette atmosphère de l'art que Poussin et Lesueur avaient épurée et sanctifiée. Lebrun peignit le Martyre de saint André ; Lesueur, Saint Paul à Éphèse. Depuis la Dispute du Saint-Sacrement et l'École d'Athènes, il n'avait rien paru qui se pût comparer au Saint Paul, création qu'il est permis, peut-être, de nommer le chef-d'oeuvre de l'école française. Un idéal souverain respire dans toute cette composition; un souffle divin fait frissonner la chevelure de l'Apôtre; l'esprit de Dieu brille dans son regard.

Lebrun, furieux de son éclatante défaite, tenta de prendre sa revanche par le mai de 1631, et réunit tout ce qu'il avait de force dans son Martyre de saint Etienne , qui est en quelque sorte le spécimen de ce qu'on peut appeler l'école académique; un grand talent de composition, un style noble, une exécution habile, mais une manière théâtrale, déclamatoire, tout à la surface, où manque la sérénité de l'art vrai, où l'on sent l'âme absenté ! Lebrun est un Vouet très-perfectionné, doué de qualités plus fortes, et qui a étudié Jules Romain et les Carraches, et sait tenir compte de Poussin. C'était là malheureusement ce qui allait bientôt dominer l'école française.

L'art national avait toutefois encore à jouir de quelques jours de gloire. La décoration de l'hôtel Lambert, dans l'île Saint-Louis, partagée entre les deux rivaux, fut encore pour Lesueur l'occasion d'un triomphe. Il y donna un caractère tout nouveau à l'allégorie mythologique, déjà traitée par Poussin avec une grande profondeur, mais dans un autre style. C'est, aipsi que le dit très-bien M. Vitet, c'est l'antiquité comme la comprendra Fénélon, devenue chrétienne sa’s cesser d'être hellénique. Ce n'est pas l'antiquité d'Homère, mais celle de Platon et de Virgile. Ces

ravissantes nymphes de Lesueur sont des idées descendues de l'empyrée platonicien, si voisin du ciel de saint Jean'. Elles diffèrent peu des Vierges célestes qui brillent dans l'Apparition de sainte Scholastique à saint Benoit.

A la même époque appartiennent la Messe miraculeuse, le Jésus portant sa croix, la Descente de croix, ces prodiges d'inspiration religieuse, que rien ne saurait surpasser pour l'élévation et la profondeur du sentiment; enfin le Saint Gervais et Saint Protais, la moins accomplie des euvres de Lesueur, mais où les deux têtes sublimes des deux saints égalent tout ce que l'art a de plus grand.

L'héroïque artiste, oubliant son organisation délicate pour ne tenir compte que de son courage, peignait, dessinait jour et nuit, doublant, mais dévorant sa vie, et se bâtant de cueillir tous les fruits de son génie, comme s'il eût pressenti qu'il avait peu de temps à passer sur la terre. Épuisé par le travail, il fut frappé au cæur par la mort de sa femme, qu'il adorait. Il ploya sous le coup et ne se releva pas. Il alla finir dans ce cloître des chartreux, où avait commencé sa gloire, et mourut à trente-huit ans, comme Raphael, qu'il alla joindre, sans doute, dans ce monde supérieur où leur regard avait entrevu, d'ici-bas, les archétypes de l'éternelle beaute (mai 1655).

Nicolas Poussin survécut dix ans à son jeune ami, et mourut à Rome, en 1665, en laissant pour adieux à la France l'Eden et le Déluge.

On n'a plus rien vu en Europe de comparable à ces deux hommes.

1 La plupart des peintures de l'hôtel Lambert sont aujourd'hui au Louvre. 2 Pendant que la peinture illustrait ainsi la France, l'art de la gravure avait pris un essor qu'il n'est pas permis de passer sous silence. La gravure ne sc contentait plus de traduire fidèlement la peinture : elle créait à son tour. Un génie d'une prodigieuse originalité, et dont la verve inimitable conserve jusque dans les caprices les plus grotesques une grâce si hardie, Jacques Callot, né à Nanci en 1593, morf en 1635, a exécuté avec les procédés rapides de l'eau forte presque toutes les innombrables créations de son imagination. – A une époque un peu postérieure appartiennent les excellenis graveurs Abraham Bosse, de Tours, qui a laissé une si intéressante collection de costumes et de scènes de meurs, et Israël-Sylvestre. Nanteuil, qui porta si loin la perfection du burin, commence à la fin de cette période, ainsi que Varin, le premier entre tous les graveurs en médailles.

On vient de voir où était arrivée la France dans la philosophie, les lettres et les arts, au milieu du dix-septième siècle, sous Richelieu et son successeur immédiat, Mazarin. · La France, en quelques années, avait saisi la suprématie sur toutes les branches de l'intelligence humaine. On ne pouvait rien espérer de plus grand que Descartes, que Pascal, que Corneille, que Poussin, que Lesueur : la France ne pouvait donc plus monter, ayant atteint aussi haut que le puissant génie du dix-septième siècle avait été capable de la porter; mais il lui restait à consolider, à étendre, à varier ses conquêtes, à en tirer tous les fruits, à jouir d'elle-même en élargissant sa vie, en épanchant ses lumières sur les autres nations, et en tâchant de ne pas descendre du faite suprême où elle était assise dans sa majesté.

Cette seconde période du grand siècle est celle qu'on peut seule légitimement appeler le Siècle de Louis XIV.

FIN DU TOME TREIZIÈME.

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DE LA DESTRUCTION DU PARTI HUGUENOT A LA DÉCLARATION DE GUERRE

CONTRE L'ESPAGNE.

(1629-1635.)

Pages Richelieu premier ministre en titre. - Affaires de l'Empire. Oppression de

l'Allemagne par l'empereur et par son général Wallenstein. Traité secret entre la France et la Suède pour la délivrance de l'Allemagne, – Traité de commerce avec la Russie. - Le Canada recouvré sur les Anglais. Établissement des Français aux Antilles. - Affaires d'Italie. Conquête de Pignerol et des passages des Alpes. Victoire d'Avigliana. Saluces recouvré. – Diete de Ratisbonne. Succès diplomatiques de la France contre l'empereur. Intrigues contre Richelieu. Maladie du roi à Lyon. Le grand orage de la Cour. Journée des dupes. Le duc d'Orléans et la reine mère quitlent la France. - Victoires de Gustave-Adolphe sur les Impériaux. Bataille de Leipzig. Les Suédois sur le Rhin et sur le Danube. Les Français en Lorraine. Les électeurs de Trèves et de Cologne se mellent sous la protection de la France. - Supplice du maréchal de Marillac. Le duc d'Orléans rentre en France les armes à la main. Révolte du Languedoc. Défaite des rebelles à Castelnaudari. Supplice de Montmorenci. - Bataille de Lutzen. Mort de Gustave-Adolphe. L'alliance renouvelée entre la France et la Suède. Les Français sur le Rhin. - Le dac d'Orléans fait sa paix avec le roi et le cardinal. – Fondation de l'Académie française. — Déclaration de guerre contre l'Espagne........

LIVRE TROISIÈME.

DEPUIS LA RUPTURE AVEC L'ESPAGNE et L'AUTRICHE JUSQU'A LA MORT DE

RICHELIEU ET DE LOUIS XIII.

(1635-1643.)

Les Français échouent dans l'invasion de la Belgique, du Milanais et de la Franche-Comté, se maintiennent en Lorraine, établissent Weimar en Alsace. - Invasion de la Picardie par les Espagnols et les Impériaux. Prise de Corbie. Élan patriotique de Paris et des provinces du Nord. L'ennemi est repoussé. - Invasion des Espagnols dans le Midi. Elan patriotique du Languedoc et de la Provence, Victoire de Leucate. Reprise des îles de Lérias. – Affaire de mademoiselle de La Fayette et du père Caussin. - Les Français rentrent dans la Franche-Comté. Victoires de Weimar sur le Haut-Rhin. Prise de Brisach. L'invasion de l'Artois et de la Biscaye échoue. Victoires navales de Guetaria et de Gênes. Essor de la marine française. - Naissance de Louis XIV. Mort du père Joseph. — Les Espagnols envahissent le Piémont, défendu par les Français. Échec de Thionville. On rentre en Artois. Prise d'Hesdin. Grande défaite navale des Espagnols par les Hollandais. Mort de Weimar. Les Weimariens se donnent à la France avec l'Alsace et le Brisgau. Les Français entrent en Roussillon. – Révolte des va-nu-pieds en Normandie. — Démêlés de Richelieu avec le clergé et avee Rome. - Passage du Rhin par Guebriant. Les Français joignent les Suédois en Allemagne. – Victoire de Casal. Reprise de Turin. Prise d'Arras. Révolutions de Catalogne et de Portugal. La Catalogne se donne à la France. Siége et batailles navales de Tarragone. – Révolle du comte de Soissons, et sa mort. Conjuration de Cing-Mars et de Bouillon. Victoires de Wolfenbuttel et de Kempen. Échec de Honnecourt. Sedan livré à la France. Victoire de Lérida. Les Espagnols chassés du Piémont. Victoire de Leipzig. – Mort de Richelieu. Louis XIII maintient le système de : Richelieu. Mazarin appelé aux affaires. Mort de Louis XIII................. 162

DU MOUVEMENT INTELLECTUEL ET MORAL DE LA FRANCE DANS LA PHILOSO

PHIE, LES SCIENCES, LA RELIGION, LES LETTRES ET LES ARTS, DEPUIS LA MORT DE HENRI IV JUSQU'A L'AVÉNEMENT DE LOUIS XIV AU GOUVERNEMENT DE L'ÉTAT.

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Chapitre fer. – Philosophie et sciences. Descartes

..... 365 Chapitre 2. - Mouvement religieux et moral. – Saint François de Sales. —

Institutions de charité. - Saint Vincent de Paul.- Institutions religieuses et

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