Images de page
PDF
ePub

Maximilien, dans sa détresse, appelait en vain à son aide l'Autriche, qu'il avait vivement contrariée en 1630, mais pour laquelle il se sacrifiait en ce moment. L'empereur n'eût pas mieux demandé que de le défendre, mais il n'en avait pas le pouvoir. Après la fatale journée, de Leip. zig, l'empereur avait réclamé les secours de l'Espagne, du pape, du roi de Pologne, des princes italiens, de ses sujets d'Autriche et de Hongrie. L'Espagne guerroyait de son mieux sur le Rhin, et ne pouvait envoyer à temps des forces suffisantes dans l'intérieur de l'Allemagne : le pape, le vieil Urbain VIII, n'avait pas très-bien reçu les demandes d'argent adressées par Ferdinand, et lui avait reproché son injuste et ruineuse guerre de Mantoue, qu'il expiait en ce moment; la proposition que formula un cardinal espagnol d'excommunier Richelieu, fauteur des hérétiques, fut écartée par le Saint-Père comme extravagante. Les temps élaient bien changés, et l'ardeur belliqueuse du Saint-Siège était déjà bien amortie ! Le pape donna le moins qu'il put à l'empereur. Les Etats italiens, excepté le grand-duc de Toscane, ne donnèrent que de belles paroles. Le roi de Pologne ne put qu'autoriser quelques levées clandestines. Les populations autrichiennes et hongroises parurent plus disposées à menacer qu'à secourir leur maitre. La Suisse maintint sa neutralité. Dans cette extrémité, Ferdinand comprit qu'il ne lui restait qu'une seule chance de salut, le rappel de Wallenstein !

Le duc de Friedland, dévorant ses ressentiments el cachant ses espérances, était resté en apparence étranger aux événements depuis sa destitution ; mais on assure qu'il avait offert secrèlement au roi de Suède sa coopération pour renverser Ferdinand du trône, et que la défiance témoignée par Gustave, en offensant le superbe Friedland, fut le salut de l'empereur. Ce qui est certain, c'est que Wallenstein ne prit aucune part à la défense de la Bohème contre les Saxons. Lorsque l'empereur, résigné à s'humilier devant un sujet offensé, pria Wallenstein de reprendre le bâton de commandement qu'on lui avait enlevé, Wallenstein rejeta d'abord cette proposition bien loin. A force de supplicalions, l'on obtint seulement de lui qu'il se chargerait de réorganiser une armée: il s'en était préparé de longue main les moyens. En moins de trois mois, à l'aide des contributions extraordinaires que leva Ferdinand, quarante mille hommes admirablement équipés furent réunis sous les bannières du duc de Friedland. Wallenstein feignit alors de vouloir retourner dans sa retraite. Lui seul pouvait diriger ces forces, que lui scul avait pu évoquer comme par magie : l'empereur se mit à sa discrétion; c'était ce qu'il attendait. Il exigea l'autorité la plus illimitée sur toutes les armées de la maison d'Autriche en Allemagne : l'empereur n'aurait pas même le droit de faire grâce sans son aveu, pas même le droit de se montrer dans les camps. Toutes les places fortes lui seraient ouvertes à volonté. Toutes les conquètes qu'il ferait seraient à sa disposition : une des provinces autrichiennes lui serait concédée en fief ; lui seul fixerait le délai dans lequel il résignerait le commandement, si l'empereur avait dessein de le révoquer une seconde fois. On peut dire qu'il ne restait à Ferdinand que le titre d'empereur. Tout fut accepté.

[graphic]

Au mois d'avril, Wallenstein se mit en campagne. Dès le mois de mai, la Bohème était reconquise sur les Saxons, qui n'avaient pas su relever et reconstituer ce malheureux pays. Après ce premier succès, Wallenstein,

se

[ocr errors]

qui regardait le duc Maximilien comme l'auteur de sa destitution ;' resta sourd aux cris de la Bavière, ruinée par les Suédois, jusqu'à ce que Maximilien fût venu le joindre en Bohème et eût reconnu sa suprême autorité militaire. Wallenstein marcha enfin contre Gustave, qui accourut au devant de lui, et, dans les derniers jours de juin, les deux grands capitaines furent en présence sous les murs de Nuremberg. Pour la première fois, la fortune de Gustave fut arrêtée, et, durant plus de deux mois, Wallenstein, immobile dans son camp retranché, tint le roi de Suède en échec, sans que Gusta ve pût le forcer à combattre. L'Europe attendit longtemps en vain des nouvelles décisives du théâtre de la guerre '.

Des événements moins grandioses, mais d'un intérêt tragique et d'une grande portée politique, se passaient, sur ces entrefaites, en France.

Le roi et le cardinal étaient rentrés, dès le mois de février, dans l'intérieur du royaume, après avoir établi un corps d’armée sur la Sarre, pour surveiller les affaires d'Allemagne. Les intrigues des mécontents, un moment déconcertées par les revers de la maison d'Autriche, se renouaient avec une activité nouvelle. La réapparition de Wallenstein et les prédictions des astrologues, qui annonçaient que le roi ne passerait pas la Pentecôte, ranimaient les espérances de Gaston et de sa mère : Wallenstein et l'archiduchesse de Belgique leur promettaient des secours; l’incorrigible duc de Lorraine, alléché par l’espoir d'un huitième électorat que l'empereur créerait pour lui, recommençait à lever des troupes , à débaucher les

[ocr errors]

1 Mercure françois, t. XVII, 2e partie, p. 201-208: 1. XVIII, p. 1-17; 91-230; :92-297 ; 539-563. -- Mémoires de Richelieu, 2e gérle, 2. VIN, p. 549–571 – Schiller, 1. III. - Coxc, c. LIII-LIV.

soldats français; à entraver les approvisionnements de l'armée royale , l'Espagne s'esforçait de séduire ceux des gouverneurs et des généraux français qu'elle savait mal affectionnés à Richelieu, Épernon, Créqui, Toiras mème. Les agents de Monsieur travaillèrent avec plus de succès à gagner le plus grand seigneur de France, le maréchal duc de Montmorenci. Fils et petit-fils de connetable, Montmorenci était mécontent que Richelieu, qui lui devait quelque reconnaissance personnelle, ne l'eût pas fait au moins maréchal-général : il s'estimait, d'ailleurs, offensé qu'on traitât sa province, le Languedoc, moins bien que la Provence ou que la Bourgogne, qui avaient obtenu la suppression des élus et le rétablissement des franchises provinciales. Le conseil du roi ne refusait pas absoJument de révoquer les élus en Languedoc, où une résistance passive avait presque annulé leur établissement; mais il y mettait des conditions onéreuses, et surtout des difficultés d'exécution que Montmorenci imputait au mauvais vouloir du surintendant d'Effiat, son ennemi personnel et l'ami du cardinal. Les asfidés de Monsieur aigrirent les ressentiments de Montmorenci, invoquèrent sa générosité en faveur d'une reine et d'un prince bannis par leur fils et leur frère : le duc céda, par faiblesse plus quc par passion, entra dans les négociations de Monsieur avec la cour d'Espagne, et envoya même à Madrid un agent pour son compte personnel, tandis que le commandeur de Valençai, qui avait autrefois si bien servi le cardinal dans l'affaire de Chalais et au siège de La Rochelle, se faisait l'ambassadeur de la reine-mère à l'Escurial et promettait de soulever la marine française '.

1 Archives de Simancas, A, 28, 46, cildes par Capengue; Richelicu el Mazac

Le gouvernement français ne savait pas tout, mais en savait assez pour se tenir sur ses gardes. Richelieu avertit les grands, par un exemple terrible, qu'ils n'avaient à attendre de lui ni ménagement ni merci. Les deux frères Marillac avaient été, jusqu'à la Journée des Dupes, les principaux artisans des discordes de la cour et de la maison royale : Richelieu, procédant avec eux comme avec Ornano, comme avec Chalais, comme avec tous ses ennemis, avait d'abord tout tenté pour les regagner; puis, voyant ses avances méprisées, ses bienfaits tournés contre le bienfaiteur, avait juré irrémissiblement leur perte. Après la Journée des Dupes, le cardinal ne put que faire disgracier et exiler le garde des sceaux Michel ; de mauvais conseils donnés aux princes ne sont pas de la compétence des tribunaux, et la probité privée de Michel était intacte. Il n'en était pas de même du maréchal : le cri public avait dénoncé ses exactions pendant qu'il commandait en Champagne. Richelieu résolut de le faire payer pour deux. Aussitôt après l'arrestation du maréchal, deux maitres des requètes de l'hôtel, Laslemas et Moricq, avaient été chargés d'informer contre lui. Le parlement, sur la requêle du maréchal et de sa femme, et sur les conclusions du procureur général Mathieu Molé, interdit à ces commissaires de continuer l'information, et évoqua l'affaire : le conseil du roi cassa l'arrêt du parlement (février 1631), et ôta à celle cour suprême la connaissance du procès, qui fut déférée à une commission composée de quatre maitres des requêtes et de treize membres du parlement de Dijon, plus docile au

rin, t. V, p. 123-136: 158. — Histoire de Henri, dernier duc de Montmorenci, p. 249-238. - Mém. de Richelieu, 20 série, 1. VIII, p. 399. - llist. do Louis Xlil, par le p. Grifer, l. 11, p. 264 el suivantes.

« PrécédentContinuer »