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pouvoir que le parlement de Paris (13 mai 1631). La commission fut installée à Verdun, cité dont Marillac avait été gouverneur. Le conflit recommença entre le parlement et le conseil : il fallut bien que le parlement finit par céder 4. La procédure traina longtemps ; tout à coup, au mois de février 1632, elle fut reprise avec un redoublement de vigueur : la commission, augmentée

1 La luiic entre le parlement et le ministre se renouvelait on loule occasion. Au mois de juin 1631, une commission avait été établie à l'Arsenal de Paris afin de poursuivre le crime de fausse monnaie, crime lucratif qui se multipliait parmi les gens de la plus haule qualité. Le parlement ne voulut enregistrer qu'à condilion que tous les membres de la commission seraient lirés de son sein. Le roi repoussa celle prétention, et passa ouire. La chambre de l'Arsenal ne tarda pas à étre chargée de faire le procès aux personnes des factieus, comme la chambre du domaine le faisait à leurs biens : elle condamna aus galères perpéluelles deus médecins asirologues qui avaient prédit la mort prochaine du roi, et condamna à mort par contumace : 1° la comlesse du Fargis, pour avoir préparé, dans la prévision de la fin du roi, le remariage de la reine avec Monsieur: 2° l'ex-surintendant La Vieuville, pour un meurtre el pour avoir été joindre donsieur et la reine-mère; go le duc de Roannez, pour fausse monnaie. Le duc d'Angoulème eût bien mérité la même sentence que le duc de Roannez; mais, heureusement pour lui, il s'élait soumis sans réserve à Richelieu.

Le parlement avait cependanl cassé les procédures de la commission de l'Arsenal, el défendu aux commissaires de continuer. Un arrêt du conseil cassa l'arrêt du parlement (16 décembre 1631), enjoignit au premier président de venir trouver le roi en Lorraine, avec une députation du parlement, el interdit cing conseillers. Il fallut obéir. Les parlementaires furent très-mal reçus à Metz par Louis XIII, qui iraina quelque temps à sa suite les cing conseillers interdits, sans vouloir les renvoyer à leurs siéges. Richelieu, au contraire, lémoigna beaucoup d'égards aux magistrals, et interceda pour eus auprès du roi, dont il trou. vait les manières psr trop acerbes. Le cardinal était inflexible sur le fond des choses, mais eût volontiers employé des formes plus douces que ne faisait le roi, — Les résislances, du reste, ne faisaient que provoquer les maximes du pouvoir absolu à s'élaler de plus en plus fièrement au grand jour. Quand les députés Ju parlement se présentèrent au roi à Metz, le garde des sceaux leur dil : « Cet * Élat est monarchique : loutes choses y dépendent de la volonté du prince, qu « blablit les juges comme il lui plail, et ordonne des levées selon la nécessité de « l'État. » - Manuscrits du fonds de Saint-Germain, no 1351, fo 20. — Mém. de Richelieu; ze série, t, vill, p. 572-408 - Griffet, Hist. de Louis XII, t. II. p. 484 ; 201-217.

de deux conseillers d'Etat et de quelques maîtres des requêtes, fut transférée à Ruel, près Paris, sous la présidence du garde des sceaux Châteauneuf. Ruel était la maison de campagne du cardinal : le choix d'un tel lieu était d'une singulière inconvenance, et dérogeait fort à l'habitude qu'avait Richelieu de ménager l'opinion publique.

Les juges, au moment où ils s'installaient à Ruel, reçurent de la reine-mère et de Monsieur des lettres qui leur déclaraient que leurs biens et leurs vies répondraient du sang de Marillac, ou même de sa condamnation à une peine quelconque. Ces menaces rendirent la perte du maréchal plus assurée. Les malversations de Marillac étaient surabondamment prouvées : on ne fit pas même valoir contre lui quelques intelligences avec le duc de Lorraine, quelques menées contraires au service du roi, qu'il eût été difficile de constater judiciairement; les concussions de toute nature qu'il avait commises en Champagne et dans les Trois-Évêchés suffirent à motiver son arrèt. Il avait rançonné sans pitié les campagnes, détourné une partie des fonds destinés aux fortifications de Verdun, bénéficié sur le pain de munition, sur la solde, sur toutes choses. Le 8 mai 1632, il fut condamné à mort, pour péculat, à la majorité de treize voix contre dix : la minorité avait voté le bannissement ou la prison perpétuelle. « Péculat! un homme de ma qualité con« damné pour péculat! » s'écria le malheureux , quand on lui apprit sa sentence. « Il ne s'agit dans mon procès « que de foin et de paille : il n'y a pas de quoi fouetter « un laquais ! »

La plupart des généraux n'étaient point, en effet, plus scrupuleux à cet égard que Marillac, et sa condamnation

était inouïe, mais elle était légale : pour toute réponse, on n'eut qu'à lui montrer le Code Michau, rédigé par son frère ! Les sévères ordonnances de François Ier et des derniers Valois contre le péculat et la concussion y étaient renouvelées et aggravées : la peine de mort y était partout inscrite (Code Michau, art. 344-411). .

Louis de Marillac fut décapité en Grève le 10 mai'.

L'extrême rigucur de ce jugement , bien qu'elle ne dût pas déplaire au pauvre peuple des campagnes, laissa dans beaucoup d'esprits une impression pénible, et ne contribua pas à rendre l'opinion plus favorable aux commissions extraordinaires. La création de ces machines à condamnations blessait non-seulement les intelligences versées dans la notion du droit, mais le sentiment de l'équité vulgaire, et cependant le gouvernement n'était pas sans excuse. A une époque où l'idée de la séparation des pouvoirs était encore une vague utopie, et où, par la force des choses, tout tendait à la dictature, on concluait volontiers, dans les régions du gouvernement, du droit qu'avait le chef de l'État de se dire le chef de la justice et d'instituer les juges, à son droit de faire rendre la justice par qui bon lui semblait. Les parlements fortifiaient, par leurs prétentions et par leurs refus de concours, celte dangereuse tendance. Ils voulaient avoir ce qui ne leur appartenait pas, ce à quoi ils étaient impropres, la direction politique et administrative du pays, ct on leur refusait, par réaction, ce qui leur appartenait, le pouvoir judiciaire. Il faut bien le reconnaitre, si les parlements avaient raison dans la forme, ils avaient tort dans le fond. Leur lutte contre Richelieu était en apparence la lutte de la légalité contre le despotisme, en réalité, la lutte de l'esprit stationnaire contre l'esprit de mouvement et de progrès, et, le plus souvent, de la petite politique contre la grande.

i Voyez les pièces dans le Rccueil N.-0. - Mém. de Richelieu, 20 série , t. VIII, p. 875. - Le père Griffet (t. II, p. 119-122 ; 182-190 ; 224-250 ) donne uu très-bon résumé du procès de Marillac. L'ouvrage de ce jésuile est incontestablement le meilleur livre qu'on ait écrit, jusqu'à nos jours. sur l'histoire de Louis XIII : Griffet est généralement aussi sincère et aussi judicieux que bien informé.

Le jour même de l'exécution de Marillac, le roi était parti pour Calais. La faction de Monsieur avait séduit le gouverneur de cette place : un des favoris de Gaston, Le Coigneux, sacrifié par son patron à son rival PuyLaurens et désireux de rentrer en grâce auprès du roi, avait dénoncé le complot, auquel on mit ordre. Des lettres interceptées révélèrent, sur ces entrefaites, à Richelieu les menées de Monsieur avec le duc de Lorraine et les généraux espagnols el autrichiens. Les Espagnols avaient reçu des renforts assez considérables et repris l'offensive dans le Palatinat : ils avaient deux corps d'armée sur le territoire de l'électeur de Trèves, l'un à Trèves, l'autre à Spire, et l'on pensait que leurs chefs pourraient bien abandonner ces positions pour se réunir à Gaston et au duc de Lorraine, et tenter une brusque irruption en France. Le cabinet de Madrid faisait en outre des préparatifs menaçants dans la Catalogne et le Roussillon.

L'ennemi fut prévenu : dans les derniers jours de mai, les Hollandais, aidés par les subsides de la France et renforcés de nombreux volontaires français, envahirent la Gueldre espagnole, pendant que les maréchaux de La Force et de Schomberg , qui étaient restés en Lorraine, el qui s'étaient concertés avec les généraux suédois des bords du Rhin, passaient la Sarre, entraient dans le Palatinat, et envoyaient un détachement prendre possession de la forteresse de Hermanstein , conformément au traité de l'électeur de Trèves avec la France (13 juin). A cette nouvelle, le corps espagnol de Trèves marcha sur Coblentz, y pénétra par la connivence des habitants, et y jeta une garnison; mais les Espagnols ne restèrent que peu de jours à Coblentz : une division suédoise, accourue de Mayence, chassa l'ennemi et livra la place aux Français, protecteurs de l'électorat. Cette apparition du drapeau français sur le grand fleuve gallo-germanique fait époque dans notre histoire : c'était le premier pas vers l'établissement du prolectorat de la France sur la rive gauche du Rhin, but secret de Richelieu ?

La marche menaçante des Suédois et des protestants allemands, et les succès des Hollandais sur la Meuse, déterminèrent l'évacuation de Spire et la retraite, ou plutôt la fuite des principales forces espagnoles vers la Moselle et la Meuse. Le général en chef espagnol Gonçalez de Cordova ne put appuyer le mouvement de Monsieur, qui était passé du Luxembourg dans la Lorraine, à la fin de mai, avec deux mille chevaux français, wallons, napolitains, allemands et croates. Le duc de Lorraine, effrayé de se voir seul en face de Louis XIII offensé, pressa Gaston de se jeter sur-le-champ en France, ce que fit celui-ci avant le milieu de juin, et se hâta d'écrire aux généraux du roi que Monsieur avait traversé son duché sans sa permission.

La Force et Schomberg ne s'arrêtèrent pas aux belles paroles du duc : aussitôt après l'occupation de Hermanstein, ils tournèrent tète vers la Lorraine, et vinrent prendre Pont-à-Mousson sans résistance, au moment où

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1 Mém. de Richelieu, 24 gérie, t. VIII, p 364-369,

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