Images de page
PDF
ePub

DES MARTYRS,

ET DES AUTRES

PRINCIPAUX SAINTS.

20 Septembre.

S. EUSTACHE Et ses COMPAGNONS, MARTYRS. Nous avons des actes grecs et des actes latins de saint Eus

tache. Les premiers , quoique interpolés , sont préférables aux seconds. Voyez les Bollandistes , t. VI, Sept. p. 107.

Saint Eustache , appelé Eustate par les Grecs, et Placide avant sa conversion, souffrit à Rome vers le temps de l'empereur Adrien, avec sa femme Théopiste, qui se nommoit Tatiène avant son baptême, et avec ses fils Agape et Théopiste. Ces noms qui sont grecs, paroissent n'avoir été donnés à ces Saints qu'après qu'ils eurent embrassé la religion chrétienne. On lit dans les anciens sacramentaires une oraison pour la fête de saint Eustache, qui suppose que ce Saint avoit une grande charité pour

les

pauvres, et qu'il leur donna ses biens quelque temps avant son martyre. Il y avoit anciennement à Rome une église bâtie sous l'invocation de saint Eustache, avec le titre de diaconie. C'est encore aujourd'hui un titre de cardinal.

On déposa dans cette église le corps du saint martyr. Lorsque le

pape

Célestin III la fit réparer, il mit ses reliques sous le grand autel avec celles de plusieurs autres Saints qui avoient aussi Tome IX.

A

le

donné leur vie pour Jésus-Christ. C'est ce qu'il declara par une inscription que Kirker a publiée (1). Il est dit dans une charte de Philippe-Auguste, de l'an 1194, que corps

de saint Eustache est à Saint-Denis en France, dans une chapelle de son nom, ce qui ne doit s'entendre que d'une partie de ses reliques. On en tira quelques ossemens qui furent déposés à Paris dans l'église paroissiale de Sainte-Agnès, dite aujourd'hui de Saint-Eustache. La châsse du Saint, qui étoit à Saint-Denis, fut pillée par les Huguenots en 1567 (2); mais la portion de ses reliques qui étoit à Paris , s'y garde encore avec vénération (3). Quel spectacle que

celui d'un homme vertueux aux prises avec les plus rudes épreuves, assez généreux pour

défier le monde entier , inébrantable dans la religion malgré les caresses et les menaces des princes, disposé à tout quitter plutôt que de se rien permettre que sa conscience puisse désavouer; doux , humble et modeste dans les souffrances , rempli de charité pour des ennemis cruels et des persécutears barbares ! Divers motifs, prestue toujours criminels, peuvent faire braver fes dangers; mais leur influence n'est que passagère, et ne s'étend pas à toutes les circonstances. Il n'appartient qu'à la religion d'inspirer le vrai *courage; il n'y a qu'elle qui élève l'homme audessus de tous les événemens , qui lui inspire des actions nobles ; qui le fasse jouir d'un calme inal"térable au 'milieu de toutes les traverses , qui le prémunisse contre les erreurs et les injustices du monde. Quels effets ne produit pas cette ferme

(1) In Hist. Eustachio-Mariana , part. 5 , p. 158. (2) Voyez Baillet sous-le 20 Septembre.

(3) Voyez le nouveau bréviaire de Paris , sous le 3 de NoYembře,

et Falcobius, in Ephem. Græco-Moschas.

confance, que la volonté de Dieu est toujours juste et sainle , et qu'il y a dans le ciel un être tout-puissant qui protège et récompense la vertu? Mais quelle impression la foi fait-elle sur nous ? Paroit-elle dans nos cours,

dans nos actions , dans notre conduite ? Inutilement nous flatterionsnous d'affronter les dangers, nous devons encore triompher de nos passions , ou nous ne possédons point le vrai courage.

S. AGAPET, PAPE.
AGAPET , né à Rome, fut

reçu dans le clergé de cette ville , et s'attacha à l'église de Saint-Jean et de Saint-Pierre ; il deviņt depuis archidiacre. Son éminente, sainteté lui attira l'amour et la vénération de tous ceux qui le connoissoient. Il suiccéda au pape Jean II, mort le 26 Avril 535, fut sacré le 4 Mai suivant. Sa douceur guérit les plaies faites à l'église par le malheureux schisme de Dioscore, qui s'étoit élevé contre Boniface II en 529: L'empereur Justinien ayant appris son élection, lui envoya sa profession de foi, qui fut reconnue pour orthodoxe; et sur la demande qu'en fit ce prince, Agapet condamna les Acémètes , møines de Constantinople, qui étoient infectés de l'hérésie des Nestoriens.

Hildéric, roi des Vandales en Afrique, ayant été déposé par Gilimer, Justinien avoit profité de cette occasion pour rompre l'alliance faite avec Gensérie par l'empereur Zénon. Cette rupture arriva la septième année de son règnc, et la 533.° de Jésus-Christ, Bélisaire fut le général sur lequel il jeta les yeux pour l'exécution de ses projets; il le fit donc passer en Afrique avec une flotte de cinq cents voiles. Bélisaire, qui avoit

toutes les qualités qui font les grands guerriers se fut bientôt emparé de tout le pays; il prit Garthage presque sans aucune résistance. Justinien envoya aux églises de Jérusalem les vases de l'ancien temple des Juifs que Tite avoit déposés à Rome, et que Genséric avoit depuis transportés à Carthage. Il partagea l’Afrique en sept provinces (a). Chacune avoit son primat , avec cette différence qu'en Numidie la dignité primatiale n'étoit attachée à aucun siége particulier; le plus ancien évêque de la province en jouissoit. L'empereur et les prélats de l'église d’Afrique écrivirent au pape pour le prier de permettre qu'on laissât en possession de leurs siéges les évéques ariens qui renonçoient à l'hérésie; mais Agapet leur répondit qu'ils devoient suivre les canons, et qu'en conséquence il falloit se contenter de recevoir les évêques ariens à la communion, sans les admettre parmi le clergé, et sans leur laisser les dignités ecclésiastiques. L'empereur ayant bâti vers le même temps', auprès du lieu de sa naissance, une ville à laquelle il donna son nom, pria le pape d'y ériger un évêché , et d'établir l'évêque de ce nouveau siége, vicaire d'Illyrie.

Théodat régnoit alors sur les Goths en Italie. Ce prince ayant appris que Justinien se préparoit à lui déclarer la guerre, obligea le pape de se rendre à Constantinople , pour écarter le danger qui le menacoit. Vers le même temps, Agapet

(u) La Zengitane , anciennement appelée l'Afrique proconsulaire ; la province de Carthage, la Bizacène, la province de Tripoli, la Numidie , la Mauritanie et la Sardaigne. Les quatre premières provinces avoient pour gouverneurs des hommes proconsulaires ; , mais les trois autres n'avoient que des présidens. Tous ces magistrats étoient subordonnés au préfet du prétoire qui résidóit à Carthage.

reçut des lettres de la part des abbés catholiques de cette ville, qui l'avertissoient des désordres qui troubloient leur"église. Anthime, évêque de Trébizonde , avoit succédé au patriarche Epiphane, mort en 535, et cette translation s'étoit faite par les intrigues de l'impératrice Théodore. Anthime affectoit de passer pour catholique ; mais , dans le fait, il étoit aussi opposé que Théodore au concile de Calcédoine. Les Acéphales le voyant à Constantinople, reprirent courage. Sévère, faux patriarche d’Antioche, et quelques autres principaux chefs de leur secte, se retirerent dans cette ville, et remplirent l'église de confusion. Agapet manda aux abbés catholiques qu'il arriveroit bientôt à Constantinople, et qu'il prendroit les moyens convenables pour arrêter les progrès de l'erreur. On lit dans saint Grégoire le Grand (1), qu'il guérit dans la Grèce un homme sourd et muet, en disant la messe pour

lui. Ce saint pape arriva à Constantinople le 2 Février 536, et l'empereur l'y reçut avec de grandes marques d'affection et de respect. Il fut d'abord question de l'affaire qui étoit l'objet principal du voyage d’Agapet; mais les choses étoient trop avancées pour qu'il pût obtenir ce qu'il demandoit. Il traita ensuite des matières de religion, dans l'espérance de rétablir la paix troublée par l'hérésie. Il déclara qu'il ne communiqueroit point avec Anthime, à moins qu'il ne souscrivit aux décisions du concile de Calcédoine, et que rien ne pourroit le faire consentir à sa translation au siége de Constantinople. L'impératrice travailla sans succès à le gagner sur ce point. Justinien (6)

(1) Dial, ; 7.5, c. 3. (6) Les grandes actions de Justinien firent revivre l'ancienne splendeur de l'empire romain; mais ce prince eut aussi des

« PrécédentContinuer »