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qu'exigeoient son auguste naissance et sa qualité, de chrétien. Le jeune prince, vivement touché, de ses discours, lui dit en se jetant à son cou : « Il est encore temps de commencer; dites-moi » ce que je dois faire. » Elzéar prit de là occasion d'entrer dans le détail des vertus qui lui étoient nécessaires; il lui représenta qu’un prince qui craint Dieu est toujours certain d'avoir un protecteur dans le ciel, quelque chose qu'il puisse arriver sur la terre; mais que celui qui perd le Seigneur de vue , et qui ne le consulte point dans ses entreprises, sera privé de la satisfaction de voir réussir ses projets. « Il n'y a, disoit-il , » qu'une piété solide qui puisse vous prémunir » contre les dangers auxquels vous serez exposé

de la part des flatteurs, de l'orgueil et des » autres passions. Approchez des sacremens de » pénitence et de l'eucharistie aux principales » fêtes. Aimez les pauvres, et Dieu multipliera

ses faveurs sur votre maison. Ne dites rien

lorsque vous êtes en colère , autrement vous ► vous perdrez vous-même. Plus de princes ont

péri par leur langue et par la colère , que par

le tranchant de l'épée. .. .. Vous devez » ħaïr les flatteurs comme le plus grand des » maux; si vous ne les chassez d'auprès de vous , » ils causeront votre perte. Honorez les gens

de » bien , et les pasteurs de l'église; une telle con» duite fera votre principale grandeur , etc. » Le Saint , par ses soins et ses instructions, corrigea

les défauts de son élève , et il en fit un prince sage et vertueux.

Le roi Robert, voulant passer en Provence, laissa Charles son fils régent de Naples, sous la conduite d'Elzéar , qui fut établi chef du conseil , et chargé de presque toutes les affaires importantes. Le Saint

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voyant les pauvres abandonnés, demanda au duc de Calabre la grâce d'être fait leur avocat. « Quel » office me demandez-vous , répondit le prince en » riant ? Vous ne devez pas craindre les com

pétiteurs. Je vous accorde l'objet de votre » demande, et je mets sous votre protection tous , les pauvres de ce royaume. » Elzéar fit faire un sac qu'il portoit dans les rues , et où il mettoit les requêtes des malheureux, qu'il recevoit avec bonté. Il écoutoit leurs plaintes , leur distribuoit des aumônes , et ne laissoit personne sans consolation. Il se chargeoit lui-même de plaider la cause des veuves et des orphelins, et leur faisoit rendre justice. Sa qualité de principal dépositaire de l'autorité souveraine engagea plusieurs personnes à lui offrir de riches présens; mais on ne put les lui faire accepter ; et comme on prenoit de là occasion de l'accuser de manquer aux bienséances, il disoit : « Il est plus sûr et plus facile » de refuser tous les présens, que de discerner » ceux que

l'on

peut recevoir sans danger. Il n'est pas facile à un homme qui a commencé à

prendre , de savoir où il convient de s'arrêter. » Les présens enflamment la cupidité. »

L'empereur Henri VII forma le projet de tomber sur le royaume de Naples, et le pape Clément V fit d'inutiles efforts pour l'engager à renoncer à l'expédition qu'il méditoit. Le roi Robert envoya contre lui Jean son frère , et le comte Elzéar. Il se livra deux batailles , dans lesquelles l'empereur fut défait. Les Napolitains attribuèrent principalement la victoire à la prudence et au courage d'Elzéar. Le roi Robert , pour le récom penser

de ses services, lui fit de grands présens. Le Saint, craignant de déplaire à son maître , les Tome IX.

E

accepta ; mais en même temps il les distribua aux pauvres.

En 1323, Elzéar fut envoyé à la cour de France en qualité d'ambassadeur. Un grand nombre de seigneurs de Naples l'accompagnèrent. L'objet de cette ambassade étoit de demander en mariage, pour le duc de Calabre, Marie, fille du comte de Valois. Il fut reçu avec toute la distinction que méritoit sa naissance, son rang et sa vertu. Sa négociation eut un heureux succès, le mariage fut arrêté.

Elzéar tomba malade à Paris. Il avoit fait son testament long-temps auparavant; il y donnoit ses biens-meubles à sainte Delphine sa femme, et ses terres à Guillaume de Sabran son frère. Il y avoit aussi dans son testament des legs pour ses parens, ses domestiques, et sur-tout pour les monastères et les hôpitaux. Le Saint , pour se disposer à paroître devant Dieu avec une plus grande pureté , fit une confession générale de toute sa vie; et tant que dura sa maladie , il se confessa presque tous les jours, quoiqu’on assure qu'il n'eût jamais offensé Dieu mortellement. Il se faisoit lire souvent l'histoire de la passion de Jésus-Christ, qui avoit été l'objet principal de ses méditations; et il trouvoit dans la pensée d'un Dieu mourant pour lui, de puissans motifs de consolation dans ses peines. Après avoir reçu le saint viatique et l'extrême-onction, il tomba dans une pénible agonie, et mourut le 27 Septembre 1323, à la trente-huitième année de son âge (a). On le regretta extraordinairement à la cour de France et à celle de Naples. Pour se conformer à ses der nières volontés, on porta son corps en Provence, et on l'enterra dans l'église des Franciscains de la

Voyez le P. Suysken, S. 7, p. 553.

ville d'Apt, où il est encore. Le pape Clément VI, ayant fait constater la vérité des miracles opérés par son intercession, Urbain V signa le décret de sa canonisation, qui ne fut cependant publiée qu'en 1369 par Grégoire XI.

Delphine vivoit encore quand on mit son mari au nombre des Saints. Le roi et la reine de Naples, qui l'avoient à leur cour, et qui voyoient qu'elle en étoit le modèle par ses vertus, ne voulurent jamais consentir à sa retraite. Le roi Robert étant mort en 1343, la reine , qui se nommoit Sancie, et qui étoit fille du roi de Maiorque , renonça aux grandeurs humaines, et prit l'habit dans le monastère des pauvres Clarisses, qu'elle avoit fondé à Naples. Elle y vécut dix ans sans vouloir se séparer de sa chère Delphine , qui l'avoit formée aux exercices de la vie spirituelle. Après la mort de cette pieuse princesse , Delphine retourna en Provence, et s'enferma dans le château d'Ansois, où elle continua de vivre dans la pratique des plus héroïques vertus. Elle mourut à Apten 1369, dans la soixanteseizième année de son âge. Sa bienheureuse mort arriva le 26 Septembre, jour auquel elle est nommée dans le martyrologe franciscain. Ses reliques se gardent avec celles de saint Elzéar.

Voyez la vie de saint Elzéar, publiée par Surius ; les Vito delli santi del trez ordine di S. Francesco, c. 14, 15, 16, p. 30; la vie française du Saint , par le P. Etienne Binet , Jésuite , Paris, 1623 , in-12, et sur-tout le P. Suysken, un des continuateurs de Bollandus, qui a donné plusieurs monumens fort curieux touchant la vie de saint Elzéar et de sainte Delphine , t. VII, Sept. p. 528.

S. CHUMALD, MISSIONNAIRE EN ALLEMAGNE.

Saint CHUMALD occupe une place distinguée parmi les zélés missionnaires d'Ecosse , qui ,

par leurs prédications et leurs travaux, étendirent le règne de Jésus-Christ dans l'Alles magne. Il fut plusieurs années le collègue de saint Rupert , évêque de Salzbourg, auquel il fut fort utile dans l'exercice de ses fonctions apostoliques. L'église de Salzbourg en a toujours fait mémoire en ce jour; mais on l'honoroit en Ecosse , où il avoit pris naissance, le 21 de Février.

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S. WENCESLAS, Duc de BohÊME, MARTYR. Tiré de sa vie, par Christan de Skala, son neveu, qui étoit moine près de Prague : d'une autre vie par Jean Dubraw évêque d'Olmutz, en Moravie , sous le règne de CharlesQuint. Voyez aussi Æneas Sylvius , Hist. Bohem. l. 2, c. 14 et 15 ; les autres historiens de Bohême : les remarques du P. Suysken, t. VII, Sept. p. 770 ; Balbinus, in Miscellaneis Bohemiæ, etc.

L'AN 938. Wenceslas eut pour père Uratislas, duc de Bohême , et pour mère Drahomire du Lucsko. Il étoit petit-fils de Borivor , premier duc chrétieu de Bohême, et de la bienheureuse Ludmille. Uratislas étoit un prince vertueux , brave et humain : mais Drahomire, qui se donnoit pour païenne , n'avoit aucun sentiment de religion ; elle joignoit à une hauteur insupportable un grand fonds de cruauté et de perfidie. Elle eut, outre Wenceslas , un autre fils nommé Boleslas.

Ludmille vivoit encore, et elle avoit toujours demeuré à Prague depuis la mort de Borivor. Elle demanda Wenceslas, l'un de ses petits-fils, et il lui fut envoyé. Son intention étoit de se charger elle-même de son éducation, et de le former de bonne heure à la pratique du christianisme. Paul, son chapelain , également recommandable par sa sainteté et sa prudence, enseigna au jeune prince

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