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les premiers élémens des sciences. Wenceslas répondit parfaitement aux soins de son maitre et de son aïeule, et il montra , dès enfance, un amour extraordinaire

pour

la vertu. On le mit depuis dans le collége de Budweis, auprès de Prague. Avec le secours de plusieurs excellens maitres qu'il y trouva , il se rendit habile dans toutes les sciences et dans tous les exercices qui convenoient à son illustre naissance; mais il se perfectionna sur-tout dans les connoissances qui font le véritable chrétien. Il étoit doux, mortifié , attentif à veiller sur lui-même, et principalement à éviter tout ce qui auroit été capable de ternir la pureté de son corps et de son ame.

Il étoit encore fort jeune lorsque la mort lui enleva son père. Drahomire se fit déclarer régente, et s'empara du gouvernement sous ce titre. Cette princesse, qu'aucun frein ne retenoit plus, fit éclater sa fureur contre les Chrétiens. Elle ordonna d'abattre toutes les églises, et défendit l'exercice public d'une religion dont elle avoit juré la perte; elle défendit aussi de l'enseigner aux enfans. En même temps elle révoqua toutes les lois que Borivor et Uratislas avoient publiées en faveur du christianisme. Les magistrats qui le professoient furent cassés , et l'on donna leurs places aux païens. Enfin la régente ne choisit

pour

les différens Omplois, que des hommes qui lui étoient dévoués. Un grand nombre de fidèles furent massacrés en haine de leur religion.

Ludmille se sentit pénétrée d'une vive douleur à la vue de tant de maux. Remplie de zèle pour

les intérêts d'une religion qu'elle et son mari avoient éu tant de peines à établir, elle

pressa fortement Wenceslas de prendre en main les rênes du gouvernement, avec promesse de l'assister de ses

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sa haine

conseils. Le jeune prince obéit , et la Bohême fit éclater sa joie : mais pour prévenir tout sujet de division entre lui et son frère, on partagea le pays entre eux; Boleslas eut un territoire considérable, qui a été appelé Boleslavie, de son nom, et qui est un des principaux cercles de la Bohême.

Drahomire, furieuse de cet arrangement, entra dans les intérêts de son fils Boleslas, qu'elle avoit élevé dans l'idolâtrie, et auquel elle avoit inspiré

pour

le christianisme , avec son ambition et sa cruauté. Wenceslas avoit des sentimens tout opposés à ceux de son frère. Fidèle aux leçons qu'il avoit reçues dans son enfance, il menoit une vie régulière, et tendoit de plus en plus à la perfection. Il ne cherchoit qu'à établir la paix , la justice et la religion dans ses états; les officiers qu'il attachoit à sa personne étoient toujours choisis parmi les plus fervens chrétiens. Après avoir donné le jour aux affaires, il consacroit à la prière une grande partie de la nuit. Sa dévotion pour le saint sacrement de l'autel se manifestoit

par

les preuves les moins équivoques. Ses austérités approchoient de celles des anciens anachorètes; et sa charité paroissoit avec éclat dans le soulagement des orphelins, des veuves et des malheureux de tout état. Il n'y avoit que le bien de la religion et de l'état qui l'empêchoit de suivre son goût pour la retraite et la solitude. Sa piété lui fournit les motifs de consolation qui le soutinrent dans les épreuves par lesquelles il plut à Dieu d'achever sa sanctification.

Drahomire, soutenue parune faction puissante cherchoit sans cesse l'occasion d'exécuter les noirs projets qu'elle méditoit. Elle résolut d'abord d’ôter la vie à Ludmille, par les conseils de laquelle Wenceslas se conduisoit. Celle-ci en ayant été

avertie, se prépara sans émotion à souffrir la mort. Elle commença par distribuer ses biens aux pauvres; puis , après avoir exhorté son petitfils à soutenir courageusement les intérêts de la religion, elle reçut les sacremens de pénitence et de l'eucharistie. Elle étoit prosternée devant l'autel dans sa chapelle , lorsque les assassins envoyés par Drahomire y entrèrent; ils se jetèrent sur elle avec fureur, et l'étranglèrent avec son propre voile. On l'honore en · Bohême, comme martyre, le 16 Septembre.

Wenceslas fut vivement touché de ce cruel événement; et ce qui augmentoit encore sa douleur, c'étoit de penser que le crime qui faisoit couler ses larmes avoit été ordonné par sa mère. Il ne se plaignit qu'à Dieu , dont il adora les jugemens, et se contenta de prier pour la conversion de celle qui lui avoit donné le jour.

Radislas, prince de Gurime , contrée voisine de la Bohême , vint fondre avec une armée puissante sur les états du Saint, Wenceslas, qui désiroit la paix,

lui

envoya demander quel étoit le motif de la conduite qu'il tenoit à son égard : il lui fit dire en même temps qu'il étoit prêt à lui donner satisfaction s'il l'avoit offensé , et à se prêter à un accommodement , pourvu qu'on n'exigeât rien qui fût contraire à sa religion et au bien de ses sujets. Radislas répondit insolemment à l'envoyé, que l'unique moyen d'avoir la paix, étoit de lui abandonner la Bohême. Wenceslas , forcé de prendre les armes, marcha contre son ennemi. Quand les deux armées furent en présence, il fit dire au prince de Gurime que, désirant empêcher l'effusion du sang

d'une multitude d'innocens, il lui proposoit de décider l'affaire par un combat singulier. Radislas accepta le défi , dans l'espérance qu'il lui

seroit facile de remporter la victoire. Les deux princes s'avancèrent donc chacun à la tête de leur armée, afin de terminer la guerre par un duel. Le duc de Bohême, dont l'armure étoit fort légère, fit le signe de la croix, et s'approchacourageusement pour se mesurer avec son ennemi. Radislas s'étant mis en devoir de le percer d'un coup de javeline , il aperçut, au rapport des historiens de Bohême, deux anges qui le défendoient. Les mêmes historiens ajoutent qu'ayant mis bas ses armes , il se jeta aux pieds de Wenceslas pour lui demander pardon, et qu'il le laissa le maître des conditions de paix.

L'empereur Othon I ayant convoqué une diète générale à Worms, Wenceslas arriva le dernier, parce qu'il s'étoit arrêté en route pour satisfaire sa dévotion. Quelques princes en témoignèrent du mécontentement : mais l'empereur le reçut avec beaucoup de distinction ; il le fit asseoir auprès de lui, et lui promit de lui accorder tout ce qu'il demanderoit. "Il se contenta de demander une partie des reliques de saint Vit, et de celles de saint Sigismond, roi de Bourgogne. Quelques historiens ajoutent qu'Othon lui conféra le titre et la dignité de roi, qu'il lui accorda le privilége de porter l'aigle de l'empire sur sa bannière , et qu'il affranchit ses domaines de toute taxe ou redevance. Le pieux duc refusa de prendre le titre de roi, qui lui fut cependant toujours donné depuis ce temps-là dans les lettres d'Othon et des princes de l'empire.

Wenceslas porta respectueusement à Prague les reliques de saint Vit et de saint Sigismond, et il les déposa dans une église qu'il y fit bâtir. Il voulut aussi

que

le
corps

de sainte Ludmille fût transféré dans une église de la même ville, bâtie

par son père, et dédiée sous l'invocation de saint George.

Son zèle à réprimer les désordres de la noblesse, et à défendre les personnes opprimées , lui attira des ennemis. Ceux-ci entrèrent dans la faction, à la tête de laquelle étoit Drahomire et Boleslas. On résolut de se défaire de Wenceslas. On couvrit du masque de l'amitié le noir projet qu'on avoit tramé contre lui. Un fils étant né à Boleslas, ce prince et sa mère l'invitèrent à venir avec eux prendre part à la joie que causoit cet événement. Wenceslas y alla sans la moindre défiance, et fut reçu avec de grandes démonstrations extérieures d'affection. La fête fut magnifique. La nuit suivante , Wenceslas se rendit à l'église pour prier selon sa coutume. Boleslas l'y suivit à l'instigation de sa mère. Les assassins qu'il avoit subornés ayant frappé son frère, il se joignit à eux, perça

de sa lance. Cet horrible attentat se commit le 28 Septembre 936 (a).

L'empereur Oihon fit marcher une armée dans la Bohême pour venger la mort de Wenceslas. La guerre dura plusieurs années. Othon étant vainqueur, se contenta de la soumission de Boleslas , qui s'engagea à rappeler les prêtres bannis, à rétablir la religion chrétienne , et à payer un tribut annuel. Drahomire périt misérablement peu après l'assassinat de son fils. Les miracles opérés au tombeau du Saint effrayèrent Boleslas ; il fit transporterà Prague, dans l'église de Saint-Vit , le corps de son frère, qui s'y garde encore dans une châsse

(al Saint Wenceslas fut le quinzième duc de Bohême depuis Czecus le Sclavon, qui fonda cet état vers l'an 644. On l'appelle le premier roi de Bohême , quoique plusieurs de ses successeurs n'aient été que ducs. L'empereur Henri IV érigea la Bohême en royaume, en faveur d'Uratislas II, dans l'année 1086.

et le

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