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LES

LA DÉDICACE DE L'ÉGLISE de S. MICHEL,

OU LA FÊTE De S. Michel ET DE
SS. Anges.

La fête dont nous allons parler, s'est toujours célébrée le 29 Septembre, depuis le cinquième siècle. Elle étoit certainement établie dans la Pouille en 493. On rapporte son institution dans l'Occident à la dédicace de la célèbre église de Saint-Michel sur le Mont-Gargan en Italie (a), et c'est pour cela qu'elle est appelée la Dédicace de saint Michel dans les martyrologes de saint Jérôme, de Bède, etc. On célébroit le même jour en Occident la dédicace de plusieurs églises bâties sous l'invocation du saint archange, notamment de celle qui étoit sur le mole d’Adrien (6). Le culte

(a) L'apparition de saint Michel sur le Mont-Gargan est rapportée dans les anciens calendriers de Bénévent et de Naples , antérieurs au neuvième siècle. Voyez M. Jos. Assémani, in Script. Ital. et les Bollandistes dans leur dernier tome de Septembre.

(6) Cette fête étoit autrefois très-solennelle en plusieurs pays de l'Occident. Voici ce qu'on lit dans les lois ecclésiastiques, publiées en 2014, par Ethelred , roi d'Angleterre,

Que tout Chrétien qui a l'âge prescrit jeûne trois jours

au pain et à l'eau, ne mangeant que des racines crues , a avant la fête de saint Michel, et que tout homme aille à » confesse et à l'église nu-pieds. .. Que chaque prêtre aille » trois jours nu-pieds en procession avec son peuple ; que » chacun prépare ce qu'il lui faudroit de vivres pour trois ► jours, observant toutefois qu'il n'y ait rien de gras, et que » le tout soit distribué aux pauvres. Que tout serviteur soit

dispensé du travail pendant ces trois jours, pour mieux célé» brer la fête , ou qu'il ne Tasse que ce qui est nécessaire pour » son usage. Ces trois jours sont le lundi , le mardi et le

mercredi d'avant la féte de saint Michel. Si un serviteur » rompt le jeûne, il fera satisfaction de sa peau (en recevant des » coups ); si c'est un homme libre, mais pauvre, il payera » trente sous; si c'est le thane du roi, il payera 130 schelins, » et tout cet argent sera donné aux pauvres.» Voyez Spelman,

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anges ne fut

de saint Michel et des

pas

moins célèbre en Orient, lorsque Constantin eut embrassé publiquement le christianisme. On y fonda plusieurs églises en leur honneur : elles furent sans doute bấties sur le modèle de ces petits oratoires qu'on avoit anciennement élevés dans les intervalles de repos que laissoient les persécutions , et que les païens avoient renversés quand la guerre étoit déclarée à l'église. Nous apprenons

de Sozomême que Constantin fit bâtir en l'honneur de saint Michel une église qu'on appela Michaëlion, et dans laquelle il s'opéra plusieurs miracles. Cet historien assure qu'il avoit éprouvé lui-même la protection de saint Michel; et entre autres cures miraculeuses , il cite celles du jurisconsulte Aquilin et du médecin Probien , qui jouissoient tous deux d'une grande réputation. L'église dont il s'agit étoit environ à quatre milles de Constantinople, et l'on bâtit depuis un monastère auprès. Il y avoit dans la même ville quatre autres églises dédiées sous l'invocation de saint Michel ; le nombre s'en augmenta jusqu'à quinze, et toutes étoient de fondation impé- .. riale (1).

Quoique saint Michel soit nommé seul dans le titre de cette fête , il paroit, par les prières de l'église ; que tous les saints anges en sont l'objet. Nous devons, pour la bien célébrer , 1.o remercier Dieu de la gloire dont il comble les anges , Conc. vol. 1, p. 520, et le recueil des canons de l'église d’Angleterre, par Johnson , t. 1, an. 1014.

Le jour de saint Michel est mis au nombre des grandes fêtes dans la chronique saxone , sous l'an 1011; dans le ménologe saxon, qui est du neuvième siècle, et qui a été publié par Vanley , in Linguar. Aquilon. Thes. l. 2, p. 107, et dans le calendrier anglais que le docteur Hickes a fait imprimer dans sa Grammaire saxone , p. 102 , etc.

(1) Voyez du Cange , Descript. Constantinop.

et nous réjouir du bonheur dont ils jouissent ; 2.° témoigner notre reconnoissance au Seigneur de ce que, par sa miséricorde , il a confié le soin de notre salut à ces esprits célestes qui nous font ressentir continuellement les effets de leur zèle et de leur tendresse; 3.° nous joindre à eux pour louer et adorer Dieu , pour lui demander la grâce de faire sa volonté sur la terre, comme les anges la font dans le ciel , et de travailler à notre sanctification en imitant la pureté de ces esprits bienheureux auxquels nous sommes unis d'une manière si intime; 4.° les honorer non-seulement avec ferveur, mais implorer encore le secours de leur intercession.

Le culte suprême, dit de Latrie , n'appartient qu'à Dieu , et l'on ne pourroit le rendre à la créature , sans tomber dans la plus monstrueuse idolâtrie, et sans devenir coupable du crime de haute trahison contre la majesté divine. On est idôlâtre lorsqu'on offre le sacrifice à un être qui n'est pas Dieu, et qu'on lui attribue d'une manière directe ou indirecte quelque attribut de la Divinité; mais il est un honneur d'un ordre inferieur que l'on doit à certaines créatures, à cause de leur supériorité ou de leur excellence. Tel est celui que la loi même de Dieu nous ordonne de rendre à nos parens , aux princes, aux magistrats, et à toutes les personnes constituées en dignité ; tel est encore cet honneur mêlé de sentimens de religion , qui, selon les livres saints et la loi nalurelle, est dû aux prêtres ou ministres du Trèshaut, et que les rois , même les plus méchans rendoient souvent aux prophètes , quoiqu'ils fussent des hommes obscurs et méprisables aux yeux du monde.

Cet honneur, comme on le voit, diffère infini

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mise (6). Le les conduire dans la terre pro

ment de celui qui n'appartient qu’à Dieu : il ne peut lui être injurieux; il se rapporte aux créatures , en tant que leurs perfections sont des dons de la bonté divine. Lorsque nous témoignons du respect à un ambassadeur , nous honorons le maitre qui l'a fait dépositaire d'une partie de son autorité, et c'est le maître qui est la fin ultérieure des sentimens que nous manifestons. L'écriture vient en ce point à l'appui de la loi naturelle. Rendez à tous les hommes ce qui leur est .... L'honneur , à qui l'honneur appartient. ( 2 ). « Honorez , dit saint Bernard à cette occasion, » honorez chacun selon sa dignité (3). »

L'honneur étant un témoignage rendu à l'excellence de quelque objet , qui peut nier que nous ne le devions aux esprits célestes, dont la nature est si parfaite , l'excellence si sublime, la sainteté si éminente, la gloire si éclatante ? Abraham seprosterna devant les anges qu'il reçut dans sa tente (4). Daniel rendit le même honneur à celui qu'il vit sur le bord du Tigre (5). Dieu recommanda aux Israélites de craindre et de respecter celui qu'il

droit que les saints anges ont à notre respect est fondé sur plusieurs raisons. La première se tire de l'excellence de leur nature, qui les élève beaucoup au-dessus des hommes, ce sont de purs esprits, dans lesquels il ne se trouve aucune trace de notre foiblesse ; ils sont doués de facultés plus nobles , et qui ne conviennent qu'à des êtres incorporels.. Secondement, ils ont des dons surnaturels , proportionnés à leur excellence ; : lorsque l'Ecriture parle d'eux, elle leur

(2) Rom. XIII, 7. (3) S. Bern. Serm, de Obed.
(4) Gen. XVIII, 2. (5) Dan. X, 5, 9.
(6) Exod. XXIll, 11.

accorde sur les hommes une supériorité absolue, quoique quelques saints particuliers puissent jouir d'une plus grande félicité, comme la sainte Vierge, qui est élevée en gloire au-dessus de tous les esprits célestes. Ils ne peuvent cependant se vanter d'un honneur semblable à celui que nous a procuré le mystère de l'Incarnation : le fils de Dieu n'a point pris la nature angélique , mais la nature humaine (7); et c'est comme homme que son père l'a établi Seigneur de toutes les créatures. Enfin, les anges méritent notre vénération , parce qu'ils jouissent d'un état de gloire et de félicité que rien ne peut leur ravir; parce qu'ils sont sans cesse en la présence de Dieu, qu'ils environnent toujours son trône, et qu'ils exécutent fidè lement les décrets de sa volonté suprême.

Mais ce qui doit principalement exciter notre vénération

pour
les saints

anges,

c'est leur invariable fidélité pour le Seigneur. Leur innocence n'a jamais été souillée par la moindre tache : la pureté de leurs affections a toujours été la même; la vivacité de leur amour pour Dieu, l'ardeur de leur zèle pour sa gloire et pour l'accomplissement de sa volonté, n'ont jamais souffert aucune diminution. Cette considération nous comblera de joie, si la charité règne dans nos caurs, et si,par une suite de cette charité, nous nous intéressons à tout ce qui concerne la gloire de notre Dieu. Ceux qui le servent le mieux sur la terre ne lui rendent

que des hommages bien imparfaits, à cause des distractions occasionnées

par

le merce du monde, et des piéges auxquels on est continuellement exposé de la part de l'ennemi du salut : mais les hommages qu'il reçoit des anges ont toute la perfection dont la créature soit ca

6) Hebr. II, 16.

com

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