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en faveur des hommes, idée fondée sur la tradition primordiale, donna lieu à l'idolâtrie monstrueuse dans laquelle tombèrent les Gentils par l'abus qu'ils firent des vérités divines. Ecoutons à ce sujet um célèbre théologien protestant (35): Quand je lis

lis que les anges sont des esprits chargés de l'exécution des ordres de Dieu, > quand je vois dans Daniel qu'ils sont appelés

princes de la Grèce et de la Perse, et que le * gouvernement de ces provinces leur est confié » comme aux lieutenans et aux vice-rois de Dieu , » je me persuade que ces esprits dévots et charita„bles n'avoient pas moins d'ardeur pour la gloire » de Dieu et pour l'utilité des hommes, que les » mauvais esprits n'en avoient pour outrager l'un i et nuire aux autres. Les fréquentės apparitions • des anges qui se faisoient dans le commence» ment, gravèrent dans les ames une ferme persua»sion qu'il y avoit un commerce non interrompu » entre le ciel et la terre, et

que les esprits don► noient fréquemment aux hommes des marques ► de leur protection et de leur assistance. Je ne » vois pas d'autre moyen d'expliquer ces impos» tures nombreuses des oracles, et cette coutume » universelle qui s'introduisit dans le monde païen, » de se mettre sous la protection de quelque es» prit tutélaire. Je ne peux douter que les Gentils v n'eussent reçu plusieurs faveurs des bons anges, » comme ils avoient souffert bien des afflictions >> de la part des mauvais, etc. »

Il résulte de tout ce que nous avons dit, que les bons anges prient pour

Nous citerons cependant encore quelques exemples. Dans la soixante-dixième année de la captivité de Babylone, le prophète Zacharie vit un ange sous une

(35) Le docteur Lucas , Inquiry after Happiness ... 1, c.3, P. 74.

nous.

forme humaine, lequel étoit au milieu des myrtes. Il est probable que c'étoit saint Michel, protecteur des Juifs. Plusieurs autres anges , gardiens de diverses provinces, s'avancèrent vers celui-ci, et lui dirent : Nous avons parcouru la terre , et toute la terre est maintenant habitée et en repos. Alors l'ange, qui étoit dans les myrtes, fit cette prière : Seigneur des armées, jusqu'à quand différerez-vous à faire miséricorde à Jérusalem et aux autres villes de Juda contre lesquelles votre colère a éclaté? Voici déjà la soixantedixième année de leur ruine et de leur désolation (36). Le Seigneur répondit qu'il exauçoit cette prière; que Jérusalem éprouveroit ses miséricordes, et que sa maison y seroit rebâtie. Elie dit en parlant de Job (37): Si un ange choisi entre mille s'intéresse pour lui, c'est-à-dire, prie pour lui, et lui obtient l'esprit de pénitence, il recevra la délivrance des maux qu'il éprouve. Lorsque vous priiez avec larmes, dit l'ange Raphaël à Tobie, j'offrois vos supplications au Seigneur (38). Saint Jean vit un ange qui offroit à Dieu les prières de tous les Saints (39).

S'il est vrai , comme nous n'en pouvons douter, que les anges prient pour nous, et offrent à Dieu nos supplications, afin de nous obtenir les grâces dont nous avons besoin , il ne l'est

pas

moins qu'ils connoissent nos besoins , et qu'ils entendent les prières que nous leur adressons. Ce ne fut que d'après cette persuasion que Jacob conjura l'ange de bénir ses enfans (40). A peine Isaïe se fut-il plaint que ses lèvres étoient souillées , qu'un séraphin les lui purifia avec un charbon (36) Zach. I,

(37) Job. XXXIII, (38) Tob. XII , 12. (39) Apoc. VIII, 3, 4. (40) Gen. XLVIII, 16.

12.

23.

ardent pris sur l'autel (41). Comment les anges s'offenseroient-ils des scandales donnés aux petits confiés à leurs soins , s'ils ne connoissoient point ce qui les regarde ? Pourroient-ils , sans cette connoissance, représenter à Dieu les afflictions de son peuple, comme les prophètes nous assarent qu'ils I'ont fait souvent ? Enfin, il est dit dans l'écriture (42), que les bons et les mauvais anges se promènent sur la terre; qu'ils exposent à Dieu les prières et les bonnes ouvres,

ainsi
que

les prévarications et les péchés des hommes, non pour lui apprendre ce qu'il ignore, mais comme témoins de nos actions, comme ministres de sa providence, comme défenseurs ou accusateurs de nos ames.

Le culte que l'on rend aux saints Anges est encore appuyé sur la tradition de l'église (c). On (41) Isa. 6.

(42) Zac. I; Job. I et II. (c) Saint Paul, Coloss. 11, 18, condamne un culte superstitieux des anges, et l'ancien concile de Laodicée , can. 35, t. I, p. 468 , le déclare idolâtrique. Il avoit été introduit par certains hérétiques. Saint Jérôme et Clément d'Alexandrie 1.6, Strom. p. 636 , rapportent que dans le temps dont il s'agit, plusieurs Juifs.adoroient les anges et les astres.

Parmi les hérétiques de l'église naissante, les Simoniens, les Cérinthiens, etc. , prétendoient que le monde avoit été formé et étoit gouverné par les anges. Ils débitoient à ce sujet mille extravagances dont on peut lire le récit dans saint Irénée, Clément d'Alexandrie, saint Epiphane , Tertullien , saint Augustin et Théodoret : de là le culte que ces hérétiques rendoient aux anges ; culte idolâtrique dans quelques

et accompagné dans les autres de notions et de pratiques superstitieuses. C'est sous ce rapport qu'il fut condamné: mais, dit Balsamon , qui florissoit dans le douzième siècle, Comment, in Can. Conc. Laodic. on ne doit pas conclure de là que l'église ait condamné l'honneur qui est aux anges.

Estius pense que les superstitions des hérétiques dont nous parlons, avoient pour objet ces génies et ces esprits tutélaires imaginés par les idolâtres ; que ceux-ci tiroient les notions qu'ils s'en formoient, de la tradition primitive concernant les anges, laquelle avoit été corrompue par la suite des temps , et que c'étoit en conséquence de leurs erreurs à cet

uns

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lit dans Origène que ces bienheureux esprits nous assistent dans nos actes de religion, et qu'ils joignent leurs supplications aux nôtres. « L'ange du

chrétien, dit ce père (43), offre ses prières à

Dieu par le seul grand-prêtre; il prie encore » lui-même pour celui qui est confié à ses soins. » Il ajoute (44) que les anges en portant nos prières au trône de Dieu, nous en rapportent des grâces et des bénédictions ; mais il fait observer en même temps que le culte qu'on leur rend n'est point le culte suprême qui n'appartient qu'à Dieu. Il s'adresse à l'ange d'une personne qui alloit être baptisée, et le conjure d'instruire le nouveau fidèle (45). Le martyr Némésien et ses compagnons disent à saint Cyprien dans la lettre qu'ils ☆ lui écrivent : « Assistons-nous les uns les autres . ► par nos prières; prions, afin que Dieu , Jésus, Christ et les anges nous soient favorables dans , toutes nos actions (46). » Les anges, selon saint Grégoire de Nazianze (47), nous aident de leur pouvoir dans la pratique du bien. Ce saint docteur prie les bons anges de recevoir son ame à l'heure de la mort, et menace les démons de les mettre en fuite avec le signe de la croix, s'ils osent approcher de lui (48). Saint Ephrem dit en parlant du ciel, que les anges et les Saints qui y règnent avec Dieu y prient pour nous (49). Il égard qu'ils leur donnoient des attributs qui ne conviennent qu'à la Divinité. Il paroît au moins certain que ces superstitions étoient une suite des fables des hérétiques , qui attribuoient aux anges la création et le gouvernement du monde; création et gouvernement qui , dans le sens dans lequel ils les entendoient , ne pouvoient être sans idolâtrie, ou du moins sans superstition.

(43) L. 8 contrà Celsum , p. 400. (44) Ibid. l. 5, p. 233. (45) Hom. 1 in Ezech. p. 391. (46) Inter ep. S. Cypr. ep. 77, p. 330, (47) Or. 40, p. 664.

(48) Carm. 22, etc. (49) L. de locis beatis.

enseigne encore ailleurs la même doctrine (50). Les Protestans d'Angleterre ont retenu dans leur liturgie, la collecte de l'office de ce jour, dans laquelle nous prions Dieu de nous faire ressentir l'effet de la protection des saints anges qui exécutent si fidèlement sa volonté dans le ciel.

Nous ne pouvons espérer de jouir dans le ciel de la compagnie des anges, à moins que nous ne nous appliquions à retracer leur vie sur la terre, c'est-à-dire, à moins que nous n'apprenions à converser avec Dieu

par

la prière et la contemplation, à marcher en sa présence par des aspirations fréquentes; à nous affranchir de toutes ces affections désordonnées qui sont si capables de nous distraire; à l'aimer, à l'adorer, à nous réjouir en lui, à nous soumettre avec résignation aux décrets de sa providence, à suivre fidèlement sa loi , et à nous conformer en tout à sa sainte volonté. Nous devons encore entrer dans les disa positions où sont ces esprits bienheureux, nous montrer les imitateurs de leur humilité, de leur égalité d'ame, de leur constance, de leur douceur, de leur patience, de leur charité, de leur zele

pour la gloire de Dieu : mais souvenons-nous que ces vertus ne s'acquièrent point par des actes passagers; il faut que la pratique nous en devienne familière et habituelle , et qu'elles s'identifient en quelque sorte avec la substance de notre ame. Souvenons-nous encore que rien de souillé n'entrera dans le royaume des cieux (51), et que sans une inviolable pureté d'esprit et de corps, nous ne pourrons avoir part au bonheur des anges.

Cette vertu demande des efforts pénibles et continuels, mais la récompense doit nous animer, et nous inspirer un courage supérieur à tous les obstacles.

(50) Lib. de Virginit. p. 129. (51) Apoc. XXI, 27,

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