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S.te THÉODOTE, MARTYRE. Sur la fin du règne de Licinius , il s'éleva une persécution à Philippes ou Philippopolis , dans la Thrace (a). Le préfet Agrippa avoit ordonné, à l'occasion d'une fête d’Apollon, que toute la ville se rassemblât pour offrir un sacrifice à cette prétendue divinité. Une femme nommée Théodote, qui avoit fait autrefois le métier de courtisane, fut accusée de ne vouloir point participer à la cérémonie. On la conduisit devant le magistrat. Elle fit l'aveu de ses désordres passés; mais elle déclara en même temps qu'elle n'y mettroit point le comble en se souillant par un sacrifice sacrilége. Son exemple encouragea sept cent cinquante chrétiens , qui refusèrent, comme elle, d'obéir au préfet. Théodote fut renfermée dans une prison, où elle resta vingt jours. Elle employa tout ce temps à la prière. Lorsqu'on la mena de nouveau devant le juge, elle fondit en larmes en entrant dans le prétoire , demanda tout haut pardon à Dieu de ses anciens crimes , et le pria de lui inspirer la force et le courage dont elle avoit besoin, afin de souffrir les tourmens qui l'attendoient. Toute la réponse qu'elle fit au préfet, fut qu'elle avoit eu le malheur d'être courtisane, mais qu'elle étoit devenue chrétienne, quoiqu'elle ne méritât point de porter ce nom sacré. Agrippa

(a) Constantin le Grand se déclara ouvertement en faveur des Chrétiens en Occident,

par complaisance pour lui. Licinius prit leurs intérêts en Orient. Quant à Maximin son collègue , il leur déclara une guerre cruelle ; mais sa mort, arrivé en 313 , mit fin à la persécution excitée par Diocletien. Elle se ralluma pour quelque temps en Orient, lorsque Licinius et Maximin se firent mutuellement la guerre en 318, et dura jusqu'à la défaite du dernier de ces princes. Il paroît que Licinius commença la persécution par la Thrace ; où il faisoit sa résidence.

et

la condamna à être cruellement fouettée. Les païens qui étoient auprès d'elle furent touchés de commisération, et l'exhortèrent à se délivrer des tourmens en se conformant à ce qu'ordonnoit le magistrat. «Vos exhortations sont inutiles , disoit» elle; jamais je n'abandonnerai le vrai Dieu , » pour sacrifier à des statues inanimées. » Ayant été étendue sur le chevalet, on lui déchira le corps avec un peigne de fer. Pendant cet affreux supplice, elle remercioit tranquillement JésusChrist de ce qu'il l'avoit jugée digne de souffrir pour son nom. Le juge, transporté de fureur, commanda aux bourreaux de la déchirer de nouveau avec le peigne de fer, et de verser ensuite du vinaigre et du sel sur ses blessures. « Je crains

si peu vos tourmens , lui dit la Sainte , que je » vous prie de les augmenter pour que je puisse » trouver miséricorde et obtenir une couronne » plus glorieuse. » Enfin Agrippa lui fit arracher les dents les unes après les autres, et la condamna à être lapidée. Elle fut exécutée hors de la ville, l'an 642 de l'ère des Grecs , et le 318.. de Jésus-Christ.

Voyez ses actes authentiques écrits en chaldaïque , et publiés par M. Etienne Assémani , Acta Martyr. Occident. t. II, p. 221.

S. JEROME, PRÊTRE ET Docteur de l'ÉGLISE. Tiré de ses lettres et de ses autres ouvrages, ainsi que des anciens Pères et historiens ecclésiastiques. Voyez Tillemont, t. XIII; Ceillier, t. X; la vie française du Saint, par Mare tianay , an 1706 ,in-4° ; la vie latine du même Saint , par Villarsi, laquelle est jointe à l'édition de ses donnée à Vérone. On peut aussi consulter Orsi, t. VIII, 1. 18, n. 51 , l. 20, n. 31 , t. IX, p. 77; le P. Polci, Maximus Hieronymus vitæ suæ scriptor, Anconæ, 1750. C'est une vie du saint docteur, toute extraite de ses écrits. Voyez aussi le P. Stilting , t. VIII, Sept. p. 418 – 699.

cuvres

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.son fils.

L'AN 420. Saint JÉRÔME, qui mérite à bien des titres d'être regardé comme le plus savant des Pères de l'église latine , eut pour patrie la petite ville de Strinonium ou Sdrigny, voisine d’Aquilée (a). Il naquit vers l'an 331 (6). Il eut un frère qui ne vint au monde que plusieurs années après lui, et qui se nommoit Paulinien. Eusébe, son père , jouissoit d'une fortune assez considérable , et il en consacra une partie pour procurer une excellente éducation à

Jérôme apprit les premiers élémens des sciences dans la maison paternelle , après quoi il fut envoyé à Rome. Il y eut pour maître de grammaire le célèbre Donat , si connu par ses commentaires sur Virgile et sur Térence. A force de lire les bons auteurs qui avoient écrit en grec et en latin , il acquit une parfaite connoissance de ces deux langues. Ses progrès dans l'étude de l'éloquence furent si rapides, qu'il se vit bientôt en état de paroître au barreau avec distinction ; mais à l'école d'un maître païen qui n'exigeoit qu'une décence extérieure de

(a) Cette ville ne doit point être confondue avec celle de Strigonium ou de Gran , qui est située sur le Danube, dans la Basse-Hongrie. La ville de Strinonium n'étoit point, selon saint Jérôme, dans l'Illyrie ou dans la Dalmatie: elle ne faisoit point non plus partie de l'Italie , comme quelques Italiens l'ont prétendu; mais il paroît certain qu'elle étoit en Pannonie.

(6) Selon la chronique de saint Prosper, qui en ce point n'est pas trop d'accord avec elle-même, saint Jérôme mourut en 420, âgé de gı ans. Il étoit donc né en 329, comme 'ont cru Cave et Fleury. Martianay met sa naissance en 331; Tillemont, d'après Baronius , la met en 342 , et ces deux savans fondent leur opinion sur quelques passages de saint Jérome, ainsi que sur diverses circonstances de la vie du saint docteur : Mais le P. Stilting prouve assez bien

que

l'opinion de Martianay mérite la préférence, et que le Saint mourut à l'âge de 89 ans.

la part de ses disciples, il oublia peu à

peu

les saintes maximes que ses parens lui avoient inspirées. Dans les premiers temps de son séjour à Rome, il alloit tous les dimanches, avec quelques-uns de ses compagnons d'étude, visiter les catacombes, afin de nourrir sa piété par le souvenir du courage qui avoit éclaté dans les martyrs; mais des idées toutes mondaines, et un éloignement marqué pour les exercices de religion, succédèrent bientôt à cette sainte pratique. il s'abandonna aux impressions de l'orgueil et de la vanité; et pour n'avoir pas réprimé d'abord ses passions, il en devint le jouet et l'esclave. Cet exemple prouve le danger des écoles publiques, lorsque les jeunes gens, livrés à eux-mêmes , n'ont point de guides pieux et éclairés qui leur fassent sentir que la vertu est le plus précieux des trésors. Jérôme, à la vérité, ne tomba point dans les vices grossiers; mais il n'avoit point cet esprit de christianisme qui fait les véritables disciples de Jésus-Christ.

Quand il eut atteint l'âge viril , il voulut parcourir les contrées où il pouvoit se perfectionner dans les sciences. Cette méthode de voyager est fort ancienne et fort utile , si l'on s'est mis en état de profiter de tout ce que l'on voit, si l'on prend de sages précautions pour se prémunir contre le danger de la séduction, et si l'on a soin de se fortifier par les exercices de la piété, pour conserver son innocence au milieu des vices qui souvent sont autorisés par une foule d'exemples. Les premiers philosophes sortoient de leur pays pour acquérir des connoissances nouvelles, ou pour augmenter celles qu'ils possédoient déjà. Les solitaires voyageoient aussi anciennement; mais leurs courses, se bornoient à parcourir les monas

tères ou les déserts, afin d'y visiter les serviteurs de Dieu , de s'y édifier avec eux, et de s'y instruire, par leurs discours et leurs exemples, des véritables maximes de la perfection.

Les lettres florissoient alors dans les Gaules plus que par-tout ailleurs. Les Romains y avoient établi plusieurs écoles. Les plus célèbres étoient celles de Marseille, de Toulouse, de Bordeaux, d'Autun , de Lyon et de Trèves (c). Saint Jérôme visita la plupart de ces écoles. Son plus grand plaisir à Rome avoit été de se former une bibliothèque choisie, et de lire assidument les grands modèles. Plaute et Gicéron étoient ses auteurs favoris. Son amour pour la lecture alloit si loin, qu'il oublioit quelquefois le soin de son propre corps. Non content d'avoir acheté beaucoup de livres, il en copia plusieurs de sa propre main, et en fit copier plusieurs autres par ses amis (1). On met son arrivée à Trèves peu après l'année 370. Il étoit accompagné d'un de ses amis nommé Bo

(c) Trèves, réputée ville impériale , étoit alors honorée souvent de la présence des empereurs, qui ne se plaisoient plus à Rome , parce que plusieurs sénateurs puissans étoient aitachés à l'idolâtrie , et téınoignoient publiquement leurs regrets sur la perte de l'ancienne liberté et de leurs priviléges. L'empereur Gratien, qui étoit savant, et qui protégeoit les sciences , assigna, un revenu fixe aux maîtres publics de rhéthorique, ainsi qu'à ceux qui enseignoient dans les grandes villes les lettres grecques et latines. Cod. Theod. 13, t. III, 1. 11, p. 39, 40. Il accorda des priviléges particuliers aux écoles des Gaules , et sur-tout à celles de Trèves, dont les professeurs avoient des revenus plus considérables que partout ailleurs. Il fit venir Ausone, de Bordeaux, dans cette ville. Persuadé que les sciences ne peuvent manquer de devenir pernicieuses sans la vertu , il fit de sages réglemens pour maintenir la pureté des meurs parmi les étudians; il leur défendit de se trouver au théâtre et aux autres divertissemens publics. L'école de Trèves avoit pour professeurs d'éloquence, Harmonius et Ursuleas, dont Ausone fait le plus grand éloge, Bp. 18, p. 644.

(1) S. Hier. , ep. 4, p.6.

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