Images de page
PDF
ePub

;

nose. Ce fut dans cette ville que se réveillèrent ses anciens sentimens de piété, qu'il renonça pour toujours aux vanités qui l'avoient séduit, et qu'il prit la résolution d'embrasser l'état de continence perpétuelle (2). Il commença dès-lors à changer l'objet de ses études. Il copia à Trèves le traité des synodes et les commentaires sur les psaumes, par saint Hilaire (3). Il enrichit encore son trésor littéraire de diverses collections qu'il fit dans les Gaules , et se retira ensuite à Aquilée, ou il y avoit alors des hommes d'un rare mérite.

Saint Valérien , évêque de cette ville , en avoit banni l'Arianisme , qui y avoit été introduit par son prédécesseur ; il avoit en même temps formé des ecclésiastiques savans et vertueux, et son clergé avoit une telle réputation, qu'il passoit pour le plus recommandable de l'Occident. Les Liaisons de saint Jérôme avec plusieurs de ces ecclésiastiques, le confirmèrent de plus en plus dans la résolution qu'il avoit déjà prise à Trèves. Il conserva toujours beaucoup d'attachement pour quelques-uns d'entre eux , dont on voit souvent les noms dans ses écrits ; il en a même dédié plusieurs à saint Chromace, qui , en 387, succéda à saint Valérien (d), et qui mourut le 2 Décembre vers l'an 406 (e). On compte parmi (2) S. Hier. , ep. 1. p. 3. Voyez D. Rivet, Hist. littér. de

part, 2, p. 12. (3) S. Hier. , præf. 2 in lib. 2 in Gal. , et ep. 4, p. 6.

(d) Fontanini a prouvé , Hist. lit. Aquil. 1. 3 .3, p. 124, que saint Valérien mourut le 26 Novembre 387.

(e) Nous avons dix-buit homélies de saint Chromace sur saint Matthieu. On y trouve une explication de l'oraison dominicale , et d'excellentes maximes sur l'aumône, le jeune et les autres vertus chrétiennes. L'auteur s'exprime d'une manière correcte : il a de la justesse et de la précision dans les

: ses réflexions tendent toujours au bien des lecteurs.

la Fr. , t. 1,

C.

ide

les grands hommes qui, dans le même temps, illustroient l'église d’Aquilée , Jovin et Eusébe , frères de saint Chromace, l'un archidiacre, et l'autre diacre ; Héliodore ( qui fut sacré évêque d'Antino, du vivant de saint Valérien);Nicétas, sousdiacre , et Chrysogone, moine. Il paroît par la chronique et les lettres de saint Jérôme, qu'Héliodore, Nicétas et Florence étoient moines aussi. L'état monastique avoit été introduit depuis peu en Italie par saint Athanase (4). Le cardinal Noris à prouvé (5) que ce célèbre patriarche fit un long séjour à Aquilée. Ce qu'il y publia de la vie de saint Antoine, et de celle des autres moines d'Egypte, engagea plusieurs personnes à embrasser le même état. On vit bientôt un grand monastère à Aquilée, dont on met la fondation en 370 , et le savant Fontanini pense que c'est le premier qu'il y ait eu en Italie ; mais nous regardons comme plus probable le sentiment de ceux qui croient que saint Eusébe de Verceil en fit bâtir un dans sa ville épiscopale en 362, après son retour de l'Orient. On en fonda vers le même temps à Rome, à Milan , et dans d'antres villes. Enfin, saint Athanase, dans sa vie de saint Antoine, fait mention de plusieurs monastères déjà existans en Italie. Rufin, qui n'étoit encore que

catéchumène entra dans celui d'Aquilée, en 370, comme il nous l'apprend lui-même (6). Saint Jérôme s'y C'est fort mal à propos qne les 18 homélies de saint Chromace ont été rédigées en un ou en trois traités, dans la plupart des éditions. Voyez Ceillier , t. X, p. 86; Fontanini , Hist. lit. Aquil. l. 3, c. 4, p. 133, et Sollier, l'un des continuateurs de Bollandus, sous le 17 Août. (4) S. Hier. , ep. 96 , alias 16 ad principiam. (5) Hist. Pelag., l. 2,

3. (6) A pol. 1 , S. Hier. Apol. 1 et 2, Chron, ad an. 376, etc. Tome IX.

F

c.

[ocr errors]

retira aussi. Rufin, avec lequel il s'unit d'une amitié fort étroite, et dont il fut dans la suite un des plus ardens antagonistes, étoit né à Concordia, dans le territoire d'Aquilée (f). Il reçut le baptême dans cette dernière ville pendant le séjour qu'y fit saint Jérôme, et saint Valérien lui administra ce sacrement dans sa cathédrale , en présence de saint Chromace, de Jovin et d'Eusébe, qui lui servirent de parrains (7), et c'est pour cela que dans la suite il les appeloit ses trois pères (g).

Saint Jérôme, en se retirant dans le monastère, s'étoit proposé de continuer ses études avec plus d'ardeur et de liberté. Ce ne fut qu'à regret qu'il se vit obligé d'en sortir, et de se séparer de Rufin, son ami (8). On ignore quelle fut la véritable cause de sa sortie; on l'attribue communément à des raisons de famille. En effet, il dit, en parlant d'une visite qu'il rendoit à ses amis, qu'il

(f) Il y a une autre ville du même nom près de Mirandole.

(7). Voyez Fontanini, Hist. Aquil. 1. 4, c. 1, p. 156, 157.

(8) De ces trois parrains, l'un étoit pour l'instruction, l'autre

pour le baptême, et le troisième pour la confirmation. Ce fait détruit l'opinion de Martène et de Gérard Maestricht (l, i de Antiq. Eccl. Ritibus , c. 16, S. 12. Munster in Schediasmate , de susceptoribus , p. 69), qui ont avancé qu'il n'y avoit jamais qu'un parrain pour la même personne.

Du Pin, Bib. t. 3. Ceillier , t. X, p. 2, et quelques autres écrivains , se sont trompés , en disant que Rufin fut baptisé dans une chapelle du monastère. Fontanini , ibid. p. 157, prouve que ce fut dans la cathédrale d’Aquilée. Le baptême d'ailleurs ne s'administroit jamais solennellement que dans les cathédrales ou les églises paroissiales. Bertoli Antichita d'Aquileia , p. 366, parlant de la chapelle de SaintJérôme, qui est dans la cathédrale d'Aquilée , donne la description d'un ancien monument érigé à la mémoire de Rufin, qui avoit recu là le baptême. Le nom de saint Jérôme a été substitué à celui de Rufin par quelque moderne.

(8) S. Hier, , ep. 1, aliàs 41, etc.

[ocr errors]
[ocr errors]
[ocr errors]

apprit que sa sour s'étoit écartée de la voie du salut : mais il eut le bonheur de la ramener à son devoir, et il la convainquit tellement de la vanité du monde , qu'elle fit veu de chasteté perpétuelle. Il paroit que cette affaire lui suscita beaucoup d'embarras, et que ce fut là la cause qui l'obligea de quitter le pays.

Il retourna à Rome, bien résolu de vivre dans la retraite, et de ne s'occuper que de ses études. Nous voyons par ses lettres au pape Damase, qu'il reconnoissoit avoir reçu le baptême dans cette ville. Tillemont pense qu'il n'y fut baptisé qu'après son retour d'Aquilée, parce que le saint date sa conversion du temps où il demeuroit dans le voisinage du Rhin (9); mais Martianay et Fontanini soutiennent, avec plus de vraisemblance, qu'il avoit reçu le baptême à Rome avant de voyager dans les Gaules , quoique ce ne soit qu'à Trèves qu'il ait fait vou de vivre dans une continence perpétuelle.

Peu de temps après son arrivée à Rome , il comprit que le séjour de cette ville n'étoit

pas plus favorable que celui de sa patrie , au dessein qu'il avoit formé de vivre dans une entière solitude; il résolut, en conséquence, d'aller s'ensevelir dans quelque lieu fort éloigné. Bonose, son compatriote et son parent, qui avoit été jusque là le fidèle compagnon de ses études et de ses voyages , refusa cette fois d'entrer dans ses vues ; il se retira dans une île déserte , située sur les côtes de la Dalmatie, et s'y consacra aux exercices de la vie monastique.

Il y avoit alors à Rome un prêtre célèbre , que les affaires de l'église d'Antioche y avoient appelé. Il se nommoit Ěvagre. Saint Jérôme ayant lié (9) S. Hier. , ep. 1

aliàs 41.

S. JÉRÔME. (30 Septembe: l'offre qu'il

140 connoissance avec lui, et profitant de l'offre qu'il lui faisoit de lui servir de guide, partit pour l'Orient, accompagné d'Innocent, d'Héliodore et d'Hylas. Ils traversèrent ensemble la Thrace, le Pont, la Bithynie, la Galatie , la Cappadoce et la Cilicie. Dans tous les lieux où le Saint passoit, il ne manquoit pas de visiter les anachorètes et les autres personnes d'une piété éminente, dont la conversation pouvoit l'édifier et l'instruire. Il se trouvoit un grand nombre d'illustres serviteurs de Dieu , sur-tout dans les déserts de l’Egypte, de la Syrie et de la Palestine. Rufin, qui les visita , nomme les plus célèbres de ceux dont il reçut la bénédiction : les deux Macaire en Egypte , Isidore dans le désert de Scété, Pambon dans les cellules, Pémen et Joseph, dans le désert de Pispir, appelé la montagne d'Antoine. Saint Jérôme, de son côté, fait mention d'Amos, de Macaire, disciple de saint Antoine, et de plusieurs autres. Il nous apprend qu'une de leurs règles étoit de ne point admettre dans les monastères d'Egypte ceux qui ne pouvoient travailler des mains; et en cela l'on avoit moins égard à la nécessité de pourvoir à leur subsistance, qu'à la sanctification de leurs ames (10). Lorsque saint Jérôme fut arrivé à Antioche, il s'y arrêta quelque temps pour suivre les leçons d’Apollinaire , qui expliquoit l'écriture avec beaucoup de réputation, et qui n'avoit point encore rendu publique l'hérésie à laquelle on a depuis donné son nom.

En partant de Rome, il n'avoit emporté avec lui que sa bibliothèque, et l'argent nécessaire pour le voyage. Evagre, qui étoit riche , ne le laissa manquer

de rien; il lui facilita même les moyens de continuer ses études, en lui fournis

(10) S. Hier. , ep. ad Rustic.

« PrécédentContinuer »