Images de page
PDF
ePub

Bède, parce que « celui qui l'appeloit extérieure» ment par sa parole , le touchoit en même temps » par l'onction intérieure de sa grâce. o Combien de fois ne nous arrive-t-il pas d'être sourds à la voix du ciel qui nous appelle , et par-là de laisser périr la semence du salut dans nos ames ? Saint Matthieu ne l'a pas plutôt entendue, qu'il brise tous ses liens , qu'il abandonne le monde, et tout ce qui pouvoit l'y retenir. On remarque trois principaux caractères dans sa conversion. 1.° Elle fut prompte : balancer un moment entre Dieu et le monde, c'est s'exposer à perdre la grâce qui est offerte. 2.° Elle fut courageuse , et triompha de tous les obstacles qu’opposèrent les passions. 3.° Elle fut constante : l'apôtre ne regarda plus en arrière; il suivit Jésus-Christ avec ferveur, et persévéra toujours dans ses premières résolutions. Les autres apôtres, selon la remarque de saint Grégoire, quittèrent leur barque et leurs filets pour suivre le Sauveur : mais on les voit encore dans la suite exercer leur ancienne profession. Il n'en fut

pas

de même de saint Matthieu ; il ne retourna jamais à son bureau , parce qu'il y auroit trouvé de fréquentes occasions de chutes. Saint Jérôme et saint Chrysostôme observent que quand saint Marc et saint Luc parlent de notre Saint comme d'un publicain , ils l'appellent Lévi, afin de dérober, pour ainsi dire,

la vue de ses premières fautes; mais le Saint prend luimême le nom de Matthieu, sous lequel il étoit alors connu dans l'église , tant pour manifester ce qu'il avoit été, que pour rendre gloire à la divine miséricorde qui avoit appelé un publicain à l'apostolat. Les autres évangélistes, en le désignant sous le nom de Lévi, nous apprennent à traiter les pécheurs pénitens avec douceur et avée charité.

à nos yeux

Il seroit en effet contre la justice et la religion de reprocher des fautes

que

Dieu a pardonnées, dont il déclare qu'il ne se souviendra plus, et dont le démon, malgré toute sa malice , ne pourra plus faire le sujet de ses accusations.

Saint Matthieu , après sa conversion, invita le Sauveur et ses disciples à manger chez lui ; il appela aussi au même festin ses amis, et ceux principalement qui exerçoient la profession à laquelle il venoit de renoncer. Il espéroit sans doute que

les entretiens divins du Sauveur pourroient leur procurer la même grâce qu'à lui. Les Pharisiens se scandalisoient mal à propos de ce que Jésus mangeoit avec les publicains et les pécheurs : il les confondit, en leur disant qu'il étoit venu pour ceux qui étoient malades, et non pour ceux qui, jouissant ou s'imaginant jouir d'une santé parfaite, prétendoient n'avoir pas besoin de médecin. Il leur enseigna que Dieu préfère les actes de miséricorde et de charité, sur - tout quand ils ont pour objet le bien spirituel des ames, à l'observance des cérémonies rituelles, qui leur sont subordonnées et bien inférieures en dignité. Il étoit défendu aux Juifs d'avoir commerce avec les idolâtres , parce qu'il étoit à craindre qu'ils ne se laissassent corrompre par leurs mauvais exemples; mais les Pharisiens, par orgueil, donnoient trop d'étendue à cette loi, et ne craignoient pas d'enfreindre le précepte de la charité , qui est le premier et le plus noble de tous; et tandis qu'ils se donnoient pour les plus rigides observateurs de la loi, le Seigneur ne voyoit en eux qu'orgueil et hypocrisie; le mépris qu'ils avoient pour le prochain les mettoit beaucoup au-dessous des pécheurs avec lesquels ils dédaignoient de converser, même

pour

les retirer de

leurs désordres : ce qui , loin d'être contraire à la loi, y étoit très-conforme, et renfermoit le plus essentiel de tous les devoirs. Jésus-Christ, en descendant du ciel pour se revêtir de notre nature , s'étoit proposé de satisfaire le désir ardent dont il brûloit pour le salut des pécheurs; aussi faisoit-il ses plus chères délices de converser avec eux, dans le dessein de les retirer de leurs dé sordres, en leur inspirant les sentimens d'une vive et sincère pénitence. On peut juger de la tendresse qu'il portoit à ceux qui se convertissoient, par les paraboles touchantes qu'on lit dans l'évangile.

On met la vocation de saint Matthieu à la seconde année de la prédication publique de Jésus-Christ. Quelque temps après, le Sauveur ayant formé le collége apostolique, voulut bien agréger notre Saint dans la société de ceux qu'il destinoit à être les princes et les fondateurs de son église. Dans la liste des apôtres donnée par les autres évangélistes, le nom de saint Matthieu se trouve avant celui de saint Thomas; mais notre saint évangéliste place cet apôtre avant lui, et joint à son nom l'épithète de publicain. Il suivoit en cela son humilité, qui le portoit à publier ce qu'il avoit été, afin que l'on pût admirer en lui les effets de la miséricorde divine.

Nous apprenons d’Eusébe et de saint Epiphane, qu'après l'ascension de Jésus-Christ, saint Matthieu prêcha dans la Judée et dans les contrées voisines, et qu'il ne s'en éloigna point jusqu'à la dispersion des apôtres. Quelque temps avant cette séparation, il écrivit son évangile à la prière des Juifs convertis. Saint Epiphane dit qu'il l'écrivit par le commandement des autres apôtres. Il est au moins sûr que l'évangile de

saint Matthieu est le premier de tous ; que saint Barthélemi l'emporta dans les Indes , et qu'il l’y laissa (c).

(c) Papias, Origène, saint Irénée, Eusébe,, saint Jérôme, saint Epiphane, Théodoret, et tous les anciens Pères, assurent de la manière la plus positive , que l'évangile de saint Matthieu fut originairement écrit en hébreu moderne, ou en syro-chaldaïque , qui étoient la langue que parloient les juits après la captivité. On ne voit pas sur quel fondement Erasme, Calvin, Lightfood, etc. ont prétendu qu'il avoit d'abord été écrit en grec, que ces auteurs supposent faussement avoir été la langue vulgaire des juifs de la Palestine. Il n'est pas moins certain que Jésus-Christ prêchoit en syrochaldaïque, comme on le prouve par plusieurs mots de la même langue, que les évangélistes rapportent et interprètent. Saint Paul, dans les discours qu'il fit aux Juifs de Jérusalem , act. XX, 2; XXVII,40; XXVI, 14, parloit syro-chaldaïque. La paraphrase d’Onkelos, composée vers le temps de JésusChrist , et celle de Jonathan sur Josué , les Juges et les Rois , qui n'est pas beaucoup postérieure, sont dans la même langue: elles furent faites pour expliquer l'écriture au peuple qui n'entendoit point ce qu'on lisoit en ancien hébreu dans les synagogues. (Voyez Huet, de Clar. interpret. S. 6; Richard, Simon, l. 2, c. 18; Walton, proleg. 12; Frassen, contra Morin. 1. 2 , exercit. 8, et le P. Alexandre , sect. 2, diss. 11.) Ces paraphrases ont été imprimées dans les Polyglottes.

Erasme et les autres auteurs que nous réfutons ne sont pas plus heureux dans la preuve qu'ils apportent de leurs conjectures, et qu'ils tirent de ce que l'ancien Testament est cité , selon la version des Septante, dans l'évangile de saint Matthieu. En effet , de dix citations qu'on trouve dans l'évangile de ce Saint , il y en a sept d'après l'hébreu, et les autres, loin d'être contraires à ce texte , renferment le même sens , quoique en d'autres termes. Saint Jérôme , in Catal. , observe expressément, d'après une copie en hébreu de l'évangile dont nous parlons, et qu'il avoit vue dans la bibliothèque de Césarée, que saint Matthieu a cité l'écriture selon l'hébreu. Il y auroit de la folie, dit Isaac-Vossius , Præf. App. in l. de 70 interpr., d'employer son temps à réfuter les rêveries de ceux qui , au mépris du témoignage unanime de toute l'antiquité, et de l'autorité de toutes les églises soutiennent que l'évangile de saint Matthieu n'a point été écrit originaireinent en syro-chaldaïque. Selon saint Jérôme et saint Augustin , la version grecque fæt faite du temps des apôtres , et peut-être par quelqu'un d'entre eux ; il est au moins certain qu'ils l'approuvèrent, et qu'elle a toujours été regardée depuis comme tenant la place de l'original. Il paroît en effet que la copie syro-chaldaïque fut corrompue pez de

On ne voit pas que Jésus-Christ ait chargé ses apôtres de mettre par écrit l'histoire de sa vie ou de sa doctrine. Les auteurs qui l'ont donnée, y ont été déterminés par diverses circonstances. Saint Matthieu écrivit son évangile à la prière des Juifs convertis de la Palestine (1); saint Marc écrivit le sien à la prière des fidèles de Rome (2). Le but de saint Luc fut de s'opposer au cours des fausses histoires de Jésus-Christ que l'on publioit (3). Saint Jean fut prié par les évêques d'Asie de laisser un témoignage authentique de la vérité contre les hérésies de Cérinthe et d'Ebion (4). Ce fut néanmoins par une inspiration spéciale de l'Esprit-Saint , que chacun d'eux entreprit et exécuta cet ouvrage. Les évangiles sont la plus excellente partie de l'écriture. Jésus-Christ nous y temps ar par les Nazaréens ou Juifs convertis , qui étoient attachés aux cérémonies légales ; les Ebionites en retranchèrent aussi quelques passages. Quelques-unes des additions qu'y firent les Nazaréens, consistoient en certaines maximes du Sauveur que l'on tenoit de ceux qui les avoient entendues de sa bouche sacrée, et qui sont citées comme telles par les Pères. On peut en voir un recueil dans Grabe , Spicil. t. I, p. 12. Les autres additions faites par les hérétiques ne contenoient que des fables. Ces interpnlations décréditèrent le texte hébreu dans l'église , ou si l'évangile des Nazaréens n'est pas le même que celui de saint Matthieu , aux différences près que nous avons marquées, ce dernier est perdu depuis long-temps. Le texte chaldaïque de l'évangile de saint Matthieu, imprimé plusieurs fois , n'est qu'une traduction mo. derne en cette langue, laquelle a été faite d'après le grec; il en est de même de la vulgate, ou de l'ancienne version italique qne-saint Jérôme corrigea d'après le grec. ( Voyez le P. le Long , Bibl. sacra ; Milles, Proleg. in Gr. Testam. , p. 5 et 31, etc.) D. Martianay publia, en 1695, l'ancienne version italique de Pévangile de saint Matthieu. On a trouvé depuis à Corbie un ancien Ms. contenant la véritable version italique, qui a été imprimée à Vérone.

(1) Eus. l. 3, c. 24 ; saint Hieron. in Catal. (2) Eus. l.

(3) Lac. I, 1. (4) S. Hieron. , Prol. in Matt. , saint Epiphane, hær. 51,

*c. 15.

n. 12.

« PrécédentContinuer »