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sistance, comme on l'entend généralement aujourd'hui. A la faveur de cette ambiguité, les Ariens d'un côté, et les Sabelliens de l'autre, cherchoient à séduire les fidèles. Saint Jérôme attentif à leurs artifices, répondit que si par hypostase on entendoit la nature , il n'y en avoit qu'une en Dieu, mais que si l'on entendoit la personne, il y en avoit trois.

Fatigué cependant de toutes ces disputes, et pressé par le dérangement de sa santé, il résolut de quitter sa solitude, et de retourner à Antioche auprès d'Evagre; mais avant d'exécuter son projet, il écrivit au pape Damase, qui avoit été élevé sur le saint siége en 366, pour le consultor sur la dispute dont nous venons de parler. « Je suis , lui man

doit-il, uni de communion à votre sainteté, c'est► à-dire, à la chaire de Pierre. Je sais que l'église » 'est bâtie sur cette pierre. Quiconque mange

l'agneau hors de cette maison , est un profane. » Quiconque n'est point né dans l'arche de Noé,

périra dans le déluge.... Je ne connais point » Vital; je ne communique point avec Mélèce, » j'ignore ce que c'est que Paulin. Quiconque ne » ramasse pas avec vous , disperse, c'est-à-dire, » que quiconque n'est point à Jésus-Christ, ap

partient à l'antechrist.... Nous demandons ce » qu'ils croient qu'il faut entendre par trois hy» postases ; ils disent qu'il faut entendre trois parjsonnes subsistantes, et nous répondons que telle » est notre foi; mais ils ne se contentent

pas

du » sens, ils veulent, outre cela , l'expression qui » cache je ne sais quel venin , et parce que nous » ne proférons pas ce terme , ils nous taxent d'hé», résie.... Je supplie donc votre sainteté, au nom de Jésus crucifié, le Sauveur du monde , au nom » de la Trinité consubstantielle, de m’autoriser

>>

► par lettres à employer ou à ne pas employer le » mot hypostase (15). »

Damase n'ayant point répondu à temps à cette lettre, qui lui avoit été envoyée sur la fin de l'année 376, ou au commencement de l'année suivante, saint Jérôme lui en écrivit une seconde peu de temps après. II le conjuroit de répondre á sa demande, et de ne pas dédaigner une ame pour laquelle Jésus-Christ étoit mort. « D'un i côté, disoit-il, la rage des Ariens soutenue par > la puissance du siècle, frémit autour de moi; ► de l'autre, chacun des trois partis qui divisent

l'église d'Antioche, tâche de m'attirer à lui. » Pour moi, je ne cesse de crier, en attendant » que je sois éclairci. Celui-là est à moi , qui est

uni la chaire de Pierre (16). »

Quoique nous n'ayons plus la réponse de Damáse, il n'est pas moins certain qu'il reconnut, avec toute l'église d'Occident, Paulin pour patriarche d'Antioche. Saint Jérôme le reconnut aussi , et ce fut de ses mains qu'il reçut le sacerdoce avant la fin de l'année 377. Il refusa d'abord son consentement , lorsque Paulin voulut l'ordonner; mais il le donna ensuite, à condition toutefois qu'il ne seroit attaché à aucune église en particulier.

Peu de temps après son ordination, il se retira dans la Palestine, en visita les lieux saints, et fit sa principale demeure à Bethlehem. Il eut recours aux plus habiles Juifs du pays, pour s'instruire de toutes les particularités relatives aux lieux dont il est parlé dans l'écriture (17), et ne négligea rien pour se perfectionner dans la connoissance de la

(15) Ep. 14 , aliàs 57 ad Damas. p. 19, t. IV.
(16) Ep. 16 , aliàs 58 ad Damas , p. 22.
(17) S. Hier. Præf. in Paralip.

langue hébraïque. Un des Juifs qu'il avoit choisi pour maitre, et

sous la conduite duquel il fit de grands progrès , prononçoit si bien l'hébreu, et le parloit avec tant de grâce, d'élégance et de pureté , que les rabbins mêmes le regardoient comme un vrai Chaldéen (18).

Le désir de se perfectionner dans la connoissance des saintes écritures, fit entreprendre à saint Jérôme le voyage de Constantinople vers l'an 380. Saint Grégoire de Nazianze étoit alors évêque de cette ville. Notre Saint témoigne en plusieurs endroits de ses ouvragės , qu'il s'estimoit heureux d'avoir eu pour maître ce grand homme, le plus éloquent et le plus instruit des docteurs de la loi du Seigneur. De Constantinople, il retourna en Palestine. Peu de temps après, il fut invité à revenir à Rome, comme il le rapporte lui-même (19). Il en fit le voyage , en 381 , avec saint Paulin d'Antioche et saint Epiphane , qui alloient au concile que

Damase venoit de convoquer pour mettre fin au schisme d'Antioche. Ces deux évêques passèrent l'hiver à Rome, et retournerent ensuite dans l'Orient. Pour saint Jérôme, il fut retenu par le pape , qui l'employa dans les plus grandes affaires de l'église , et qui le chargea de répondre aux lettres que lui écrivoient les évêques pour le consulter (20). Il demeura pendant ce temps-là dans un monastère des faubourgs de Rome (21).

La sainteté de sa vie, son éloquence et son savoir lui attirèrent bientôt l'estime et l'admiration des habitans de cette ville. La noblesse et le

(18) T. III, ad Damas., p. 515.
(19) Ep. 16 et 17 , et Vet.
(20) S. Hier., in Apol, ad Pammach. et ep. 11.
(21) Voyez le P. Dolci.

le pape

clergé s'empressoient de profiter de ses lumières pour se perfectionner dans la connoissance de l'écriture et dans la pratique des maximes de la piété. Il dirigeoit en même temps plusieurs dames romaines, recommandables

par

leur vertu , entre autres sainte Marcelle et Aselle, sa sœur, avec Albine, leur mère, l'illustre Mélanie, Marcelline, Félicité, Lée, Fabiole, Læta , et Paule avec ses filles. Marcelle étoit une sainte veuve qui vivoit dans la retraite depuis 341. Saint Athanase étant venu à Rome, lui avoit inspiré l'amour de la solitude

par

le récit de la vie de saint Antoine qui vivoit encore. Elle fit de grands progrès dans l'intelligence des saintes Ecritures, sous la direction de saint Jérôme. C'est à elle que le saint docteur adressa plusieurs lettres où il explique les dix noms de Dieu en hébreu , ainsi que les mots de la même langue que l'église a adoptés dans son office, et où il donne la signification de ceux d'Ephod et de Téraphim (22). Elle avoit une ardeur incroyable pour la lecture des livres saints. « Toutes les fois, dit saint Jérôme, que je me » représente son application à cette divine lec» ture, je ne puis m'empêcher de condamner ma » lâcheté, de ce que, vivant dans un monastère, o et ayant toujours devant les yeux la crêche du > Sauveur, je ne fais point ce qu'une dame de ? qualité faisoit aux heures qu'elle pouvoit déronber à l'embarras d'une famille nombreuse et » aux soins de sa maison (23). »

Nous ne répéterons point ce que nous avons dit ailleurs de sainte Lée et de sainte Paule, qui

(22) T. II, p. 704 , ed. Ben. ibid. p. 611, ibid. p. 728. Voyez la vie de sainte Marcelle , sous le 31 Janvier. (23) In Ephes., p. 219.

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l'une et l'autre sont nommées dans le martyrologe romain (24)

Aselle s'étoit consacrée au Seigneur dès l'âge de dix ans, et à douze elle s'étoit retirée dans une cellule où elle couchoit sur la terre nue : elle jeûnoit toute l'année au pain et à l'eau, et passoit souvent en carême plusieurs jours de suite sans manger; quelque grandes que fussent ses austerités, elles n'altéroient point sa santé. Le travail des mains étoit une de ses principales occupations. Jamais elle ne sortoit de sa retraite

que pour aller prier dans les églises des martyrs, encore avoit-elle soin de se cacher le plus qu'il lui étoit possible aux yeux du public. Une aimable douceur tempéroit la gravité de son maintien. Ses paroles inspiroient le recueillement; son silence même pas loit au cœur. Jamais elle ne conversoit avec des hommes sans quelque nécessité, et sa sæur Marcelle avoit elle-même de la peine à la voir. Elle savoit se faire un désert au milieu de Rome. Elle avoit cinquante ans en 384 (25).

Fabiole étoit de l'illustre famille des Fabius. Son premier mari l'avoit mise dans le cas d'un divorce légal par la vie corrompue qu'il menoit. Les lois civiles lui permettant de passer à de secondes noces , elle contracta un nouveau mariage; mais son second mari étant mort, elle témoigna un grand regret d'avoir transgressé, en l'épousant, les lois de l'évangile. Pour expier sa faute, elle fit une pénitence publique fort austère; elle vendit ensuite tous ses biens , et en employa le prix à fonder un hôpital pour les malades , qu'elle servoit de ses propres mains, ainsi qu'à assister

(24) Voyez la vie de sainte Paule , sous le 26 Janvier', et celle de sainte Lée , sous le 22 Mars.

(25) S. Hier, ep, 15 ad Marcell. t. II, part. 2, p. 52.

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