Images de page
PDF
ePub

plusieurs monastères bâtis sur les côtes de Toscane, et à soulager un grand nombre de pauvres de l'Italie et de la Palestine (26). Elle mourut à Rome vers l'an 400. Les lettres que saint Jérôme écrivit aux dames romaines dont nous venons de parler, et à d'autres personnes de piété, sont d'excellens traités sur les différentes vertus de la vie chrétienne. Nous ne pouvons résister au plaisir d'en extraire quelques-unes. Héliodore ayant quitté le désert de Chalcis, en Syrie, pour retourner à Rome, il lui écrivit pour le ramener à ses premiers sentimens. « Soldat délicat, lui disoit» il, que faites – vous dans la maison de votre » père ? Souvenez-vous du jour où vous vous en

rôlâtes sous les étendards de Jésus-Christ : ► vous jurâtes alors que vous lui seriez fidèle....

quand bien même votre petit-neveu vous ser» reroit dans ses bras, quand bien même votre » mère s'arracheroit les cheveux, quand bien » même votre père se coucheroit sur le seuil de a la porte pour vous arrêter; ne balancez pas, ► passez par-dessus votre père, et suivez généreu» sement l'étendard de la croix. La cruauté dans n de pareilles occasions devient miséricorde...... » Vous vous trompez, mon frère, si vous pensez » qu'un chrétien puisse être sans persécution. Il » est attaqué avec d'autant plus de violence, qu'il » se croit plus en sûreté.... Vous direz peut-être » que les ecclésiastiques vivent dans les villes. A » Dieu ne plaise que je parle mal de ceux qui » tiennent la place des apôtres, qui consacrent » avec leur bouche vénérable le

corps

de Jésus» Christ, qui nous font chrétiens , et qui, dépo> sitaires des clefs du ciel, jugent, pour ainsi

(26) S. Hier. duad. ep. ad Fabiiol. p. 574 et 586 , et Elog. funeb, ejusd. ad Ocean. p. 637,

dire, avant le jour du jugement. » Il lui fait sentir ensuite la différence qu'il y a entre un prêtre et un moine. « Ne consentez pas, continueD-t-il, à entrer dans le clergé; quoiqu'un digne » prêtre acquière un plus grand degré de perfec

tion, ce n'est point la dignité ecclésiastique qui » rend les Chrétiens vertueux..... Il n'est point » facile à tous les hommes d'avoir les grâces d'un ► saint Paul, ou la sainteté d'un saint Pierre. » Il relève avec son éloquence ordinaire le bonheur de la pénitence, et de la solitude qui nous ouvre le ciel. Héliodore, vivement touché, se préparoit à retourner dans le désert; mais ayant été ordonné prêtre, on l'obligea de s'attacher au service de l'église de Rome.

Le moine Rusticus, natif de Marseille, qui. vivoit à Rome, ayant consulté le Saint , il lui donna, dans une lettre qu'il lui adressa, des règles de conduite pour servir Dieu dans l’état monastique ; il lui recommande sur-tout la vigilanco, la ferveur, l'assiduité au travail des mains la lecture des livres de piété, la méditation de l'é criture, la prière, l'obéissance, le jeûne et la chasteté. Il donne à la vie cenobitique la préfé rence sur la vie érémitique; il regarde la première comme plus sûre, et il pense que l'on doit vivre en communauté avant que de se faire ermite. C'étoit, dit-il, une règle parmi les moines d'Egypte de n'admettre personne qui ne pût ou ne voulut travailler des mains, et l'on se proposoit moins par-là de gagner de quoi vivre, que de se ménager une ressource contre l'oisiveté et les mauvaises pensées. Le chant de l'office divin mé rite une attention particulière; ce n'est pas tant la voix que l'on doit considérer que l'affection du cæur. «S'il n'y a point d'art que l'on apprenne

[ocr errors]

* > sans maitre, à plus forte raison en est-il de » même de celui du salut. Servez vos frères , » lavez les pieds des étrangers, gardez le silence » lorsque vous souffrez quelque injure. » Après avoir prouvé que la patience et l'humilité sont les moyens les plus efficaces contre les tentations, il rapporte le trait suivant. Un jeune Grec, qui viyoit dans un monastère d'Egypte , étoit tourmenté par de violentes tentations d'impureté, et il ne pouvoit en être délivré par la prière, accompagnée de l'abstinence et du travail. Son supé rieur, auquel il découvrit le danger de son ame, ordonna secrètement à un moine plein de gravité de l'accabler de railleries et de reproches, et de venir ensuite se plaindre de lui à l'abbé, comme si on l'eût injurié. Une année se passa de la sorte. Le supérieur du jeune moine lui ayant demandé s'il étoit encore tourmenté par les mêmes tentations : « Mon père, répondit-il, j'ai beaucoup de

peine à vivre; comment des pensées de plaisir viendroient-elles souiller mon ame? »

Lorsque saint Jérôme écrivit à Rusticus, celuici étoit sur le point de retourner dans les Gaules. Il lui recommanda donc de se conduire d'après les avis des deux Saints évêques de ce pays, afin de ne s'écarter jamais du chemin du ciel. Ces évêques étoient Proculus de Marseille, et Exupère de Toulouse (27).

Parmi les lettres de saint Jérôme, il en est peu de comparables à celle qui est adressée à Léta , belle-fille de sainte Paule. Il lui donne des conseils admirables sur la manière dont elle doit. élever Paule, sa fille. « Vous devez, dit-il, l'élever » dans le temple comme Samuel, et dans le dé» sert comme Jean-Baptiste, en sorte qu'elle

(27) Voyez la vie de saint Exupère de Toulouse ; sous lo 28 Septembre.

[ocr errors]

» ignore ce que

c'est
que

la vanité et le vice. Que » tous les discours qu'elle entendra soient capa» bles de la conduire à Dieu; que les paroles qui → pourroient lui donner l'idée du mal, ne frap» pent jamais ses oreilles ; qu'elle n'apprenne » point de chansons profanes. Dès que l'âge lui » permettra d'articuler quelques sons, gravez dans » sa mémoire quelque chose des psaumes. Ne » laissez approcher d'elle aucun enfant, même » de son sexe, s'il peut lui donner quelque mau» vais exemple ; écartez aussi de sa personne » toutes les femmes qui sont animées de l'esprit » du monde. Procurez-lui un alphabet dont les » lettres soient de bois ou d'ivoire, afin qu'elle v en apprenne les noms en jouant. Lorsqu'elle » sera un peu plus grande, vous l'exercerez en » lui conduisant la main à former chaque lettre » sur de la cire avec son doigt; vous l'inviterez ► ensuite , par des récompenses proportionnées » à son âge, à joindre les syllabes ensemble, et » à écrire les noms des patriarches depuis Adam. » Donnez-lui des compagnes, afin qu'elle soit ex» citée par l'émulation et par les louanges que re» cevront les autres. Au lieu de la gronder si elle » est plus lente, il faut l'encourager, et l'amener » au point d'être bien aise de surpasser ses com

pagnes, et d'être fâchée de ne pas l'emporter, s observant toutefois de l'accoutumer à ne point » s'attrister des progrès d'autrui, mais à s'en ré» jouir et à les admirer, tandis qu'elle se repro» che sa négligence. On doit bien prendre garde » de ne pas lui faire concevoir d'aversion pour » l'étude, de peur que ce sentiment ne persévère » dans un âge plus avancé. Que les mots qu'elle apprend soient choisis et saints, tels

que

sont ceux qui expriment les noms des prophètes et » des apôtres. Faites-lui parcourir les généalogies

»

[ocr errors]
[ocr errors]

i depuis Adam, ce qui servira beaucoup dans la

suite à aider sa mémoire. Choisissez-lui pour » maître un homme instruit et vertueux, qui ne » croie point indigne de lui de lui enseigner les » premiers élémens. Nous voyons qu'Aristote fut

chargé de cette fonction auprès d'Alexandre le

Grand. Il n'y a rien de méprisable en cela, » puisque c'est le fondement de toutes les con» noissances utiles. Il y a une grande différence » entre la manière dont un maitre instruit ou

ignorant enseigne les premiers élémens. Prenez garde que les nourrices n'accoutument votre

fille à prononcer à moitié, ou à aimer l'or et la • pourpre; l'un seroit préjudiciable à son lan-ngage, et l'autre à sa vertu. Ayez soin qu'elle » n'apprenne jamais ce qu'elle voudroit dans la » suite ne point savoir. L'éloquence des Gracques

dut sa perfection à la pureté et à l'élégance » avec lesquelles s'exprimoit la mère de ces il>> lustres Romains; Hortensius fut redevable de la v sienne à son père. Il est rare que

l'on

se défasse » des premières impressions de l'enfance, et l'on » est encore plus porté à imiter les défauts et les » vices , que les vertus et les belles qualités.

Alexandre le Grand de put jamais se corriger » de certains défauts extérieurs qu'il tenoit de » Léonide, son maître. Que les femmes qui sont » auprès de votre fille ne soient sujettes ni à la » légéreté, ni au vin, et qu'elles n'aiment pas » trop à parler. Quand elle verra son grand-père » qui est païen , qu'elle lui fasse des caresses, » qu'elle l'embrasse , et chante l'Alleluia. Qu'on » lui apprenne à être aimable envers tout le » monde; mais sur-tout qu'elle sache de bonne » heure qu'elle doit être l'épouse de Jésus-Christ. » Ne permettez pas qu'on peigne son visage ou

ses cheveux, etc. »

« PrécédentContinuer »