Images de page
PDF
ePub

du célèbre Didyme (i). Il parcourut ensuite les principaux monastères de l'Egypte, et de retour enfin en Palestine, il se fixa à Bethléhem.

par

(i) Selon saint Jérôme, Rufin, Socrate, Sozomène , Pallade, Théodoret, etc. Didyme perdit la vue par une humeur qui lui tomba sur les yeux dans son enfance, lorsqu'il commençoit à apprendre à lire. Il apprit cependant à distinguer les lettres par le tact, au moyen d'un alphabet de bois qu'on lui avoit fait. A l'aide des lecteurs et des copistes, qu'il payoit, il se rendit familiers presque tous les auteurs sacrés et profanes , et se rendit fort habile dans la grammaire, la rhétorique , la logique, l'arithmétique, la musique, la géométrie , l'astronomie, et la philosophie d’Aristote et de Platon. Il acquit sur-tout une grande connoissance de l'écriture, -en sorte qu'il étoit regardé comme une espèce de prodige. Il sanctifioit l'étude par la prière. Saint Athanase et d'autres grands hommes avoient une si haute idée de son savoir et de sa piété, qu'on lui confia le soin de l'école d'Alexandrie. Il étoit né vers l'an 308, et vécut 85 ans. Il composa des commentaires sur l'écriture et sur plusieurs autres ouvrages. Nous avons encore une traduction latine de son livre du Saint-Esprit , contre les Macédoniens, saint Jérôme. Son traité contre les Manichéens est aussi parvenu jusqu'à nous. Il a été publié en grec et en latin par Combefis, in Auctar. en latin seulement dans la Bibliothèque des Pères , t. IV , et dans Canisius. On trouve encore dans la Bibliothèque des Pères , les Enarrations de Didyme sur les épîtres canoniques. Voyez Fabricius, Bib. Græc. t. vill. De tous les savans aveugles aucun n'a été comparable à Didyme.

Quand on lit dans Homère ces images vives et brillantes sous lesquelles il représente les objets de la nature et de l'art, on ne peut s'imaginer qu'il ait été privé de la vue dès son enfance. Nous avons des poëmes de Thomas Blaklock, Ecossais, qui naquit à Annan en 1721, et qui perdit les yeux par la petite vérole à l'âge de six mois. On a le plaisir de juger par ses ouvrages, des idées qu'un homme aveugle peut se former des objets visibles. On cite encore parmi les aveugles célèbres , Saunderson, né en 1682 , et mort à Carabridge en 1739. Il n'avoit . qu'un an, lorsqu'un abcès qui se forma à la suite de la petite vérole, lui fit perdre les deux yeux. Il sucéda a M. Cotes , professeur d'astronomie et de mathématiques à Cambridge; et son traité d'algèbre, ainsi que ses autres ouvrages , seront des monumens éternels de son savoir : mais il n'excelloit que dans les sciences abstraites , et ne connoissoit que par le tact les objets corporels. Le docteur Richard Lucas étoit aussi aveugle lorsqu'il publia ses Recherches sur le bonheur ; mais il étoit au milieu de sa Tome IX.

G *

Sainte Paule, qui l'y avoit suivi, lui fit bâtir un monastère ; elle mit en même temps sous sa conduite celui dans lequel elle avoit rassemblé les religieuses qu'elle gouvernoit. Le monastère qu'habitoit saint Jérôme ne lui suffisant point pour contenir tous ceux qui vouloient être ses disciples, il fut obligé d'en augmenter les bâtimens, et il envoya Paulinien, son frère, en Dalmatie, pour vendre une terre qu'il avoit encore dans cette province. Il en destinoit le prix à cette bonne æuvre. Quelques théologiens (34) ont inféré de là que les moines des premiers siècles conservoient la propriété de leurs biens, même après la profession religieuse, quoiqu'ils renoncassent par leurs veux à l'administration de ces mêmes biens, à moins que l'abbé ne leur en confiât le soin. Vers le même temps, saint Jérôme fit bâtir un hospice pour les pélerins. La dévotion que l'on avoit alors pour les lieux où le Sauveur avoit opéré notre salut, étoit si grande , qu'on voyoit journellement arriver à Bethlehem et à Jérusalem tout ce qu'il y avoit de plus saint dans les différentes parties du monde chrétien.

Le saint docteur nous a laissé un tableau fort intéressant de la vie toute céleste que menoient les moines de Bethlehem, et de la piété qui régnoit dans la campagne des environs. Après avoir parlé du fracas des grandes villes , il s'écrie dans un transport de joie : « La bourgade de Jésus-Christ » est toute champêtre, et les oreilles n'y sont course quand il fut privé de la vue. Il dit, en parlant des yeux étrangers dont il étoit obligé de se servir , qu'ils étoient à son égard ce que sont des jambes et des mains de bois par rapport à un homme qui n'a point ces membres. On pourroit citer encore d'autres exemples du même genre , tels que celui du fameux P. le Jeune, surnommé le Père aveugle , ctc.

(34) Voyez Sanchez et Suarez.

# rue ,

frappées d'aucun bruit, si ce n'est du chant des » psaumes. De quelque côté que l'on se tourne, » on entend le laboureur qui, la main à la char

chante Alleluia , ou le moissonneur qui » se délasse de ses travaux par le chant des » psaumes (35). » Tel étoit le lieu que saint Jerôme avoit choisi pour sa demeure. Il s'y étoit retiré, dit-il, pour y pleurer ses péchés dans le fond d'une cellule, en attendant le jour du jugement. Il préféroit les vêtemens les plus grossiers et la nourriture la plus vile. Il ne vivoit que de pain bis et de quelques herbes, encore n'en prenoit-il qu'en petite quantité. Son application à l'étude ne le cédoit point à son austérité. Jour et nuit il s'occupoit à lire ou à écrire (36).

Au milieu de ces travaux, il ne perdit jamais de vue l'étude de l'hébreu. Tout autre se seroit peut-être imaginé qu'il étoit suffisamment instruit en ce genre; mais il en jugeoit bien différemment. Quoique déjà avancé en âge, il ne dédaigna point de prendre encore des leçons d'hébreu d'un sayant rabbin dont il payoit les peines. Ce rabbin, nommé Bar-Apanias, dans la crainte d'être découvert par ses confrères, n'alloit que la nuit trouver saint Jérôme, et conférer avec lui (37). Le Saint s'appliquoit aussi avec beaucoup d'ardeur à l'étude de l'histoire ecclésiastique, que l'on a toujours regardée à juste titre comme un des yeux de la théologie. Il n'eut pas moins de zèle pour

la défense de la foi; on le vit toujours attentif et infatigable à réfuter toutes les hérésies de son temps.

Déjà il avoit essayé sa plume contre les Lucifériens pendant qu'il habitoit le désert de Chalcis.

(35) Ep. 17, p. 126. (36) Sulp. Dial. 1, c. 4. (37) S. Hier., ep. 85.

Il y.

L'erreur de ces schismatiques provenoit de l'obs tination de leur chef, qui étoit le fameux Lucifer, évêque de Cagliari. Ce prélat, d'ailleurs recommandable par ses écrits et par son zèle contre l'arianisme , sous le règne de Constantin, n'avoit pu souffrir l'indulgence dont on avoit usé envers les évêques du concile de Rimini. Les marques de repentir et de catholicité qu'ils avoient données, sembloient pourtant les rendre dignes du traitement que

saint Athanase leur avoit accordé dans le concile tenu à Alexandrie, en 362. Il avoit été décidé que ces évêques seroient admis à la communion ; mais Lucifer ne voulut point se conformer à cette décision. A ce premier grief s'en joignit bientôt un second. Il avoit sacré Paulin, patriarche d'Antioche, et plusieurs évêques d'Orient refusèrent d'abord de le reconnoître. Les choses en vinrent au point qu'il rompit tout commerce avec les Pères de Rimini , et suscita un schisme dans lequel il entraîna plusieurs chrétiens d'Antioche, de Sardaigne et d'Espagne. De retour à Cagliari, il persista dans son opiniâtreté jusqu'à sa mort, arrivée en 370, huit ans après qu'il fut revenu de l'Orient où il avoit été exilé pour la foi. On ne lui a jamais imputé aucune erreur sur le dogme; mais ses disciples furent moins réservés. Il y avoit entre autres un diacre de Rome , nommé Hilaire , qui soutenoit que les Ariens , ainsi que les autres hérétiques et les schismatiques devoient être rebaptisés lorsqu'ils revenoient à la foi catholique. Saint Jérôme le réfuta solidement dans le Dialogue qu'il publia contre les Lucifériens, et par dérision il l'appela le Deucalion du monde (38). Il prouva , dans ce même ouvrage, que

les Pères du concile de Rimini (38) S. Hier. Op. t. IV. part. p. 2 , 289.

n'avoient péché que par surprise, et que leur caur n'avoit point été complice de leur foiblesse. Ses preuves sont principalement tirées des actes même du concile.

Vers l'an 384 , pendant qu'il étoit encore à Rome auprès du pape Damase , il avoit donné au public son livre de la virginité perpétuelle do la bienheureuse vierge Marie (39). Ce traité avoit pour but la réfutation d'Helvidius , l'un des sectateurs d'Arius , et des disciples d'Auxence, de Milan. Helvidius étoit prêtre, et à ses autres erreurs il avoit ajouté celle-ci , que la vierge Marie n'avoit point conservé sa virginité après la naissance de Jésus-Christ , et qu'elle avoit eu des enfans de saint Joseph. Jovinien qui, après avoir passé les premières années de sa vieà Milan dans les austérités de la vie monastique, avoit quitté son monastère pour aller à Rome , fut des plus ardens à répandre cette erreur ; il enseignoit aussi

que

le démon n'avoit plus de pouvoir sur ceux qui avoient été régénérés par le baptême avec une foi parfaite; que tous ceux qui auroient conservé la grâce baptismale , auroient une même récompense

dans le ciel;

que

le mérite des vierges aux yeux de Dieu n'étoit pas plus grand que celui des femmes mariées, dont la vertu égaloit d'ailleurs celle des vierges; enfin , que l'abstinence de certains mets étoit entièrement inutile (40). Il autorisoit ses erreurs par la vie sensuelle qu'il menoit à Rome au milieu des plaisirs , des festips et du luxe de cette grande ville. Il avoit quitté l'habit pauvre des moines pour se couvrir des étoffes les plus riches , et il

(39) Ibid. 130.

40) S. Ambros. ep. 42; S Aug. de Hæret. c., 82; S. Hier. l. 1 in Jovinian.

;

p.

« PrécédentContinuer »