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se dédommageoit de ses anciens jeûnes par la bonne chère et par les vins les plus exquis. Une conduite aussi peu chrétienne ne fut pas un moindre sujet de scandale pour les fidèles , que l'éclat de ses erreurs. Saint Pammaque et plusieurs autres seigneurs laïques fort zélés pour la foi, dénoncèrent un de ses ouvrages au pape Sirice, lequel ayant assemblé son clergé en 390 , excommunia Jovinien avec huit de ses partisans , qui passoient pour les auteurs de la nouvelle hérésie. Leur condamnation fit grand bruit à Rome, et ils furent obligés d'en sortir. Ils cherchèrent inutilement un asile à Milan. Le pape envoya leur condamnation à saint Ambroise, avec une courte réfutation de leurs erreurs. Ils furent bientôt chassés de cette ville. Saint Ambroise s'assembla avec quelques évêques qui étoient alors à Milan , et condamna de nouveau Jovinien et ses disciples (41).

Ce fut deux ans après cette époque que saint Jérôme écrivit ses deux livres contre Jovinien (42).

Dans le premier, il prouve le mérite et l'excellence de la virginité chrétienne par saint Paul , et par plusieurs autres passages du nouveau Testament, ainsi que par la tradition et le sentiment de l'église , qui impose le joug du célibat à ses ministres ; et quoiqu'il reconnoisse bien positivement la sainteté du mariage , il montre cependant que l'état de virginité a beaucoup plus d'avantages relativement à la piété, et sur-tout par rapport à l'exercice de la prière. Jovinien reconnoissoit lui-même l'obligation étroite ou étoient les évêques, de garder la continence , et il avouoit qu'on se rendoit coupable d'un inceste (41) S. Ambr. ep. 42 ad Siricium , p. 368. (42) T. IV , part. 2, p. 144.

spirituel en violant le veu de chasteté (43). Le second livre du saint docteur est employé à réfuter les autres erreurs de cet hérésiarque. On reprit à Rome quelques expressions de saint Jérôme , qui ne paroissoient point assez exactes , et que l'on jugeoit contraires au respect dû au mariage. Saint Pammaque l'ayant averti de l'espèce de scandale qu'il avoit causé, il publia aussitôt son Apologie à Pammaque , qu'on appelle quelquefois le troisième livre contre Jovinien (44). Il y prouve par l'ouvrage même que l'on censuroit, qu'il avoit toujours regardé le mariage comme honorable et saint , et il proteste que loin de le condamner, il ne blâme pas même les secondes ni les troisièmes noces. Il répète à peu près les mêmes raisons dans une lettre qu'il écrivit à Domnion sur ce sujet.

Peu de temps après, il adressa à Népotien celte lettre célèbre sur les devoirs de la vie cléricale. Il insiste particulièrement sur le désintéressement que doivent avoir les ecclésiastiques pour les biens du monde, sur l'obligation où ils sont d'éviter la conversation des femmes , ainsi que tout ce qui pourroit mettre en danger leurs meurs ou leur réputation , et de s'instruire de la loi du Seigneur, pour l'enseigner ensuite au peuple avec simplicité. Il veut que le clergé soit soumis à l'évêque par amour,

et

que l'évêque ne domine pas le clergé, mais l'honore et le gouverne. Il ajoute à cela d'excellens préceptes par lesquels il consacre à la postérité l'union qui régnoit entre Népotien et lui.

Nepotien étoit neveu du saint évêque Héliodore , qui, comme nous l'avons observé, étoit un des plus intimes'amis de saint Jérôme. Sa haute nais

(43) Ibid. p. 175. (44) Ibid. p. 244.

sance lui avoit donné entrée à la cour; mais quoiqu'il ne fût encore que catéchumène , il portoit déjà un rude cilice sous les riches habits dont sa condition et son état l'obligeoient de faire usage. Bientôt il renonça au monde. Après avoir distribué ses biens aux pauvres, il ne pensa plus qu'à se consacrer sans réserve au service de Dieu. Il eût bien voulu se retirer parmi les saints solitaires dont la vertu rendoit les déserts si célèbres ; mais son oncle lui offrant dans sa personne un modèle accompli de la perfection chrétienne, il ne put se déterminer à s'éloigner de lui. Formé à son école, on le jugea bientôt digne du sacerdoce : il ne l'auroit cependant point reçu , si on ne l'y avoit forcé. Son oncle l'ordonna au milieu des acclamations du peuple, sans avoir égard aux gémissemens et aux cris qu'il poussoit dans le dessein d'obtenir qu'on ne lui imposât point les mains. Après son ordination, il s'appliqua à secourir les pauvres, à visiter les malades, à exercer l'hospitalité, et à gagner tous les cœurs par sa douceur et par son humilité. Il se réjouissoit avec ceux qui étoient dans la joie , et pleuroit avec ceux qui étoient dans la tristesse. Il étoit le refuge des pauvres, l'espérance des misérables, la consolation des affligés. Son rire étoit si modeste, que c'étoit moins un rire qu'une simple marque de joie. Son attrait pour la prière lui faisoit souvent passer les nuits entières dans ce saint exercice; mais il n'outroit rien, et ne faisoit rien qui fùt au-dessus des forces de son corps. Il évitoit en tout la singularité. Sa candeur, sa modestie , son ingénuité le rendoient cher à tous ceux qui le connoissoient. On remarquoit en lui un grand zèle pour la beauté de la maison du Seigneur. Le bel ordre qu'on admiroit dans l'église de son

en

oncle, étoit son ouvrage. Son union avec saint Jérôme le mit souvent dans le cas de le consulter sur ses devoirs, et ce fut pour lui en tracer un précis que le Saint lui adressa la lettre dont nous parlons. Depuis qu'il l'eut reçue , il ne cessa de la lire jusqu'à sa mort, arrivée deux ou trois ans après. En la possédant, il s'estimoit plus riche que s'il eût joui de tous les trésors du monde. Il l'avoit toujours devant les yeux, ou dans les mains, ou sur la poitrine, et comme il la lisoit souvent

se couchant, il la laissoit tomber sur son cour en s'abandonnant au sommeil. Il mourut à la fleur de son âge, emportant avec lui dans le tombeau, les regrets de son oncle et de la ville entière. Les ardeurs de la fièvre ne purent troubler le calme de son ame, ni la sérénité de son front. Il consoloit son oncle et ses amis , qui fondoient en larmes; il s'occupoit de ceux qui étoient absens , et saint Jérôme ne fut point oublié. Ayant pris les mains de son oncle , il lui dit: » Je vous prie d'envoyer cette tunique dont je » me servois dans les fonctions de mon minis» tère, à mon très-cher père pour l'âge, et mon » frère pour la dignité; et si vous me deviez

quelque affection comme à votre neveu , ac» cordez-la toute entière à celui

que vous

aimiez déjà avec moi. Il mourut en prononçant ces paroles, tenant son oncle , et pensant à moi, dit

saint Jérôme (45). » La nouvelle de sa mort causa la douleur la plus vive au saint docteur. Il écrivit à Héliodore pour lui marquer qu'il mêloit ses larmes aux siennes, et pour lui rappeler les motifs qu'ils avoient l'un et l'autre de modérer leur douleur.

Un prêtre nommé Ripaire, ayant informé le (45) Ep. 3, p. 25. Tome IX.

H

Saint que Vigilance, natif de Comminges (h) dans
les Gaules, mais attaché à l'église de Barcelone,
déprimoit ouvertement l'état de virginité, et con-
damnoit comme idolâtres ceux qui honoroient.
les reliques des Saints, les appelant par dérision
cendriers , ou adorateurs de cendres, son zèle
s'enflamma aussitôt. « Nous n'adorons point, ré-
» pondit-il, les reliques des martyrs... mais nous
» les honorons , afin d'adorer celui à qui les mar-
» tyrs appartiennent. Nous honorons les servi-
» teurs, afin que l'honneur que nous leur rendons
» rejaillisse sur le maitre (46). » Non content:
d'avoir répondu à Ripaire, il le pria de lui en-
voyer l'ouvrage de Vigilance, pour qu'il pût le
réfuter. Il le réfuta en effet, et avec une vivacité
singulière de style (47). Il prouva d'abord l'ex-
cellence du célibat chrétien, et fit voir qu'il étoit
en usage parmi le clergé des trois patriarches
d'Antioche, d'Alexandrie et de Rome; il vengea
ensuite le culte des Saints, en montrant qu'on ne
les avoit jamais adorés comme des dieux. Vigi-
lance avoit trouvé mauvais que leurs reliques fus-
sent couvertes d'étoffes précieuses. Le Saint: lui
demandoit à ce sujet si Constance étoit coupable
de sacrilége pour avoir fait transporter à Cons-
tantinople, dans des châsses fort riches , les reli-
ques de saint André, de saint Luc et de saint
Timothée, dont la seule présence avoit mis les
démons en fuite, et s'il falloit aussi accuser du
même crime l'empereur Arcade, pour avoir fait
transférer de la Palestine en Thrace les ossemens
de Samuel, et les avoir solennellement déposés
dans une église bâtie pour les recevoir. Sûr ce

(k) Conveuæ.
(46) Ep. 37 ad Ripar. p. 2796
(47) L. adv. Vigilant. t. IV, part. 2, p. 286.

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