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instruit des importantes vérités du salut , non par ses prophètes, mais par lui-même, et nous y trouvons dans l'histoire de sa vie le plus parfait modèle de sainteté. Saint Matthieu entre dans un détail plus circonstancié des actions du Sauveur. Depuis le cinquième chapitre jusqu'au quatorzième, il diffère des autres évangélistes dans la manière de ranger les faits; il néglige l'ordre des temps , pour réunir les instructions de JésusChrist, et montrer plus parfaitement la liaison qui est entre elles. Îl insiste principalement sur les préceptes moraux, et donne la généalogie du Sauveur, pour faire voir l'accomplissement des promesses selon lesquelles le Messie devoit sortir de la race d’Abraham et de David; en quoi il se proposoit particulièrement d'engager les Juifs à croire en lui.

Le saint évangéliste, après avoir converti un grand nombre d'ames dans la Judée, alla prêcher la foi à des peuples barbares de l'Orient. Nous apprenons de Clément d'Alexandrie (5), qu'il étoit fort adonné à l'exercice de la contemplation; qu'il menoit une vie très-austère; qu'il ne mangeoit point de viande,et qu'il ne vivoit que d'herbes, de racines et de fruits sauvages. Saint Ambroise dit (6) que Dieu lui ouvrit le pays des Perses. Selon Rufin (7) et Socrate (8), il porta l'évangile dans l'Ethiopie, par où l'on doit entendre, non les contrées orientales et méridionales de l'Asie (9), mais la partie de l'Ethiopie qui confine l'Egypte (10). Florentinius dit que, suivant l'opi

(5) Pædag. , l. 2, c. 1. (6) In Ps. 45. (7) L. 10, c. 9.

(8) L. 1, c. 19. (9) Comme Tillemont et Baillet l'ont cru.

(10) Ce n'est point Axuma dans l’Abyssinie , où saint Fru. mentius jeta les premières semences de la foi.

nion commune, le Saint mourut à Luch, dans le pays de Sennar , qui faisoit partie de l'ancienne Nubie, et qui est entre l'Egypte et l’Abyssinie. On lit dans Fortunat (11), qu'il souffrit le martyre à Naddaver en Ethiopie (12). Dorothée rapporte qu'il fut enterré honorablement à Hierapolis dans la Parthie. On porta depuis ses reliques dans l'Occident. On lit dans une lettre écrite, en 1080 , par le pape Grégoire VI à l'évêque de Salerne, qu'elles étoient dans une église de cette ville, laquelle avoit été dédiée sous l'invocation du Saint (13).

Saint Irénée, saint Jérôme , saint Augustin et les autres Pères, trouvent une figure des évangélistes dans les quatre animaux mystérieux représentés dans Ezéchiel (14), et dans l’Apocalypse (15). On convient généralement que l'aigle est le symbole de saint Jean, qui, dès les premières lignes de son évangile, s'élève jusque dans le sein de la Divinité pour y contempler la génération éternelle du Verbe. On convient également que veau est le symbole de saint Luc, qui commence par

faire mention du sacerdoce du Sauveur. Selon saint Augustin, saint Matthieu est représenté par le lion, parce qu'il explique la dignité royale de Jésus-Christ ; mais d'autres prétendent que c'est saint Marc, et dans ce cas, l'animal qui avoit comme la figure d'un homme, sera le symbole de saint Matthieu , qui com

(11) L. 5, C. 2 , et l. 87 , carm. 4.

(12) Muratori , in Annot. in S. Paulin. c. 451 , pense que Naddaver étoit dans la Parthie.

(13) Voyez sur la translation de ses reliques à Salerne , Baronius, ad an. 1080 , et Muratori , t. II Scrip. Ital. part. 2, col. 260. (14) I, 10.

(15) IV, 7. Tome IX.

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mence son évangile par la génération temporelle du Sauveur.

Nous lisons dans l'évangile (16), que le fils unique, qui est dans le sein du père, nous la fait connoître, et nous a enseigné les plus sublimes vérités. C'est ce qui a fait dire à saint Augustin (17), que nous devons écouter la lecture de ce livre divin, comme nous écouterions Jésus-Christ présent au milieu de nous. Les Chrétiens de la primitive église se tenoient debout lorsqu'ils le lisoient , ou qu'ils l'entendoient lire (18).

« Quand on lit l'évangile dans les » églises d'Orient, dit saint Jérôme (19), on » allume des cierges, quoique le soleil luise , » pour témoigner sa joie. o Saint Thomas d'Aquin le lisoit toujours à genoux.

Nous

у trouvons nonseulement les divines instructions du Sauveur mais encore l'histoire de sa vie sur la terre, qui nous est proposée pour modèle. «Chaque action, » chaque parole du Seigneur Jésus-Christ, dit

saint Basile (20), est une règle de piété. Il » s'est revêtu de la nature humaine, afin de nous > tracer et de nous rendre sensible le modèle proposé à notre imitation, »

Etudions-le ce modèle, et prions saint Matthieu de nous obtenir la grâce d'être bien pénétrés de l'esprit de JésusChrist , qui est un esprit d'humilité, de pénitence, de mortification, de charité et de détachement du monde.

(16) Joan. 1. 18. (27) Tr. 30 in Joan.
(18) Constit. A post, 1.
(19) Adv. Vigilant.
(20) Constit. Monast. , C. 2.

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S. CASTOR, Évêque d'Apt , EN PROVENCk.

SAINT CASTOR, néà Nimes , d'une famille illustre , se distingua , dès sa jeunesse, par la ferveur de sa piété, et par l'abondance de ses aumônes. Il épousa une femme vertueuse qui désiroit, comme lui, tendre à la perfection. Ils s'engagå rent, d'un consentement mutuel, à vivre dans la continence, et bientôt après ils embrassèrent l'un et l'autre l'état monastique. Castor fonda un monastère à Manancha ou Manancuegno, à deux lieues d’Apt, en Provence , et il en fut le premier abbé : mais il ne goûta pas long-temps les douceurs de la retraite; on l'élut unanimement pour remplir le siége d’Apt. Les précautions qu'il prit pour se cacher furent inutiles; le peuple, qui vouloit l'avoir pour pasteur, trouva le moyen de le découvrir. Voyant qu'il ne pouvoit résister à la volonté de Dieu , qui lui étoit manifestée si visiblement, il ne pensa plus qu'à remplir dignement les fonctions épiscopales. Brûlant de zèle pour le salut des ames, il se rappeloit souvent ces paroles de saint Augustin : « Attirez à Dieu » toutes les ames que vous pourrez. Criez à tous : » Aimons Dieu de toute notre force. Aimons tous »> ensemble celui qui est tout aimable, tout ado» rable. » Il ne perdit point de vue son monastère; il regardoit au contraire ceux qui l'habitoient comme la plus précieuse portion de son troupeau. Il pria le célèbre Cassien, abbé de Marseille , son ami, de composer pour eux une règle d'après les observances qu'il avoit vu pratiquer en Orient. C'est ce que Cassien exécuta vers l'an 420, par ses Institutions monastiques, qu'il dédia au saint évêque. Il écrivit ensuite, pour l'usage de Castor, ses dix premières Conférences; mais le Saint

étant mort avant qu'il les eût achevées , il les dédia à saint Léonce, évêque de Fréjus. Léonce étoit frère de Castor. Il mourut vers l'an 431 , le 1.er Décembre, jour auquel il est honoré à Fréjus et à Apt. Quant à notre Saint, il mourut le 2 Septembre, vers l'an 420, suivant l'auteur de son ancienne vie; mais on l'honore le 21 du même mois à Apt et à Nîmes. Il est , conjointement avec la sainte Vierge, patron de la cathédrale de la première de ces deux villes. Il dans la seconde une grande église paroissiale qui l'honore aussi sous le même titre.

Voyez l'ancienne vie du Saint ; l'Hist. gen. du Langucd. t.' I; Ménard , Hist. de Nîmes , t. 1, l. 1; p. 64, etc. et D. Ceillier , t. XIII, p. 42.

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S. LO, ÉVÊQUE DE COUTANCES EN NORMANDIE.

Saint Lo (a) sortoit d'une illustre famille du diocèse même dont il devint l'évêque. Il fut sacré par saint Gildard ou Godard , évêque de Rouen, et métropolitain de la Neustrie, vers l'an 528. Peu de temps après son sacre , il alla voir saint Melaine de Rennes, afin de conférer avec lui sur les moyens de procurer la gloire de Dieu. Il assista en personne au second, au troisième et au cinquième conciles d'Orléans, et par député, au quatrième concile de la même ville. Ce fut lui qui fit la cérémonie des funérailles de saint Paterne ou saint Pair, évêque d'Avranches. On dit qu'étant devenu l'héritier de sa famille, il enrichit son église, et qu'il lui donna les terres de Briovère (aujourd'hui Saint-Lo ), de Courci , de Treilli, etc. On assure que le château de Briovère étoit le lieu où sa famille demeuroit, et que c'est pour cela que dans le cinquième concile

(a) En latin , Lauto , Laudus , etc,

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