Images de page
PDF
ePub

pressoient d'y entrer : il falloit d'un autre côté répondre aux Juifs , qui rejetoient toutes les versions, et ne cessoient d'objecter le texte hébreu aux Chrétiens. Le saint docteur étoit enfin perşuadé que quelque respectable que fût une version, l'original méritoit toujours la préférence. Il commença par les livres des Rois, vers l'an 390; il traduisit ensuite les autres parties de la Bible en différens temps, et finit, vers l'an 407, par le Pentateuque, Josué et Esther. Sa traduction étoit ne tombe pas dans de plus grands inconvéniens ; autrement il vaudroit mieux s'en tenir à ce qui est établi , que de tendre à une perfection où il est impossible d'arriver. Pourroit-on même se flatter aujourd'hui de parler le grec et le latin avec assez d'exactitude, et d'en prendre si bien l'accent, qu'on n'auroit point paru barbare, et peut-être inintelligible, à Demosthène et à Cicéron ?

Nous devons avouer que nous ignorons l'ancienne prononciation de l'hébreu : c'est ce qui paroit sur-tout dans la poésie de l'écriture. Josephe, Philon, Eusébe et saint Jérôme, nous assurent que la versification des psaumes et des autres oyvrages poétiques de la Bible, est admirable pour la mesure et la rime; et cependant plusieurs savans ont avancé qu'elle ne consistoit que dans le tour poétique des phrases , et dans l'élévation des sentimens. Voyez Calmet et Fleury, sur la poésie des Hébreux , et Floridi , diss. 17, p. 502.

Mais le docte et ingénieux Louth mortre clairement que les psaumes et les autres ouvrages poétiques de la Bible hébraique sont en beaux mètres ; ce qui paroît par le nombre mesure des syllabes, et 'par certaines licences qui n'étoient permises que dans ces occasions, telles que l'élision ou l'addition des lettres, etc. On prouve d'ailleurs par l'écriture même ( Eccli. XLIV, 5, 3; Reg. IV ,31, etc. ), que l'étude de la poésie sacrée étoit une profession parmi les Juifs. Voyez le savant et élégant ouvrage de M. Louth. Il fait parfaitement connoître les beautés de la sublime et inimitable poésie de nos livres divins. Il est encore enricbi de notes véritablement neuves , et offre d'excellens modèles de traductions latines de quelques endroits de l'original, comme de l'ode d’Isaïe sur la destruction de Babylone , XIV, 4, p.277 de la première édition. En un mot, les Prælectiones de sacrâ poesi Heberrum, sont ce que nous avons de mieux sur cette partie de la littérature sacrée. On verra aussi avec plaisir les observations sur la versification hébraïque, dans le traité de Roberston, sur véritable cl ancienne méthode de lire l'hébreu,

d'usage en plusieurs églises sous le pontificat de saint Grégoire-le-Grand, qui lui donnoit personnellement la préférence sur l'ancienne version (58). Elle fut adoptée peu de temps après par toutes les églises , suivant saint Isidore de Séville (59). On conserva cependant quelque chose de la version italique en différens endroits; en sorte que dans plusieurs livres de l'ancien Testament, notre Vulgate est un mélange de cette traduction et de celle de saint Jérôme. On retint aussi l'ancienne version italique pour le Psautier, à cause de l'habitude où l'on étoit de s'en servir dans le chant des psaumes; mais on y admit

par degrés plusieurs des corrections que saint Jérôme avoit faites à deux différentes fois d'après le grec des Septante. Le Psautier, ainsi corrigé, est celui de la Vulgate dont on se sert par-tout, excepté dans l'église du Vatican et dans celle de Saint-Marc de Venise, où l'on chante encore les psaumes suivant l'ancienne version italique. Les livres de la Sagesse et de l'Ecclésiastique, les deux livres des Machabées, la prophétie de Baruch, la lettre de Jérémie, les additions qui sont à la fin du livre d'Esther, les treizième et quatorzième chapitres de Daniel, et le cantique des trois enfans dans la fournaise, sont de l'ancienne Vulgate , parce qu'ils ne furent points traduits par saint Jérôme, qui n'avoit pas le texte hébreu ou chaldaïque. Quant au reste de l'ancien Testament' tel

que nous l'avons, il est de la traduction de saint rôme, à l'exception de quelques passages qui sont de l'ancienne version vulgate ou italique (p). (58) Saint Greg. M. hom. 10, n. 6, in Ezech. l. 20, mor.

.30 , Job. c. 32, n. 62. (59) L. 1 de offic. eccles. (o) La traduction latine de la bible par saint Jérôme, fai

in

сар,

En traduisant l'ouvrage d’Eusébe sur les lieux saints , saint Jérôme y fit beaucoup de corrections le premier tome de ses æuvres dans l'édition de Martianay, où elle est donnée sous le titre de Bibliothèque sacree.

En 1546, le concile de Trente déclara notre Vulgate authentique : mais ce décret ne doit pas s'entendre en ce sens , qu'on ait donnė à la version la préférence sur les textes originaux. Voyez Pallavicini , Hist. Conc. Trid ; Walton, Proleg. 10 in Polyglot; Bellarmin, de Verbo Dei, l. 2, c. 11, item litteris ad Lucam Brut. Capuæ datis 2603, et diss. de editione latina vulgata Wirtzb. an. 1749. Cette même dissertation a été traduite en français , et imprimée dans le tome XIV de la Bible dite de Vence , p. 1.

Şixte V fit faire à Rome, en 1590, une bonne édition de la Vulgate. Elle fut réimprimée en 1592 et 1593, avec de nouvelles corrections. Voyez sur l’estime que l'on doit faire de la Vulgate, les plus habiles critiques protestans, Louis de Dieu , Drusius, Milles , Walton, Proleg. in Polyglot. etc. Cappel a adopté plusieurs leçons de notre Vulgate dans les endroits où les manuscrits modernes de l'hébreu étoient corrompus. Critica sacra , p. 351-371.

Il seroit sans doute bien difficile de donner une bonne traduction de l'écriture d'après l'hébreu , telle que nous l'avons présentement; il suffit, pour s'en convaincre , de se rappeler les fautes grossières que l'on trouve dans les versions latines du pouveau l'estament, par Bèze et par Erasme. On doit porter le même jugement des versions latines de l'ancien Testament qu'ont données Pagainus , Arias, Montanus, Luther, que l'ignorance de la langue hébraïque rendit méprisable à ses meilleurs amis ; Munster , qui suit servilement la paraphrase des Juifs et les rabbins ; Léon de Juda , auteur de la traduction dite Bible de Vatable; Sébastien Castalion, dont l'ouvrage fut sévèrement censuré par Bèze; Luc et André Osiander son fils, qui ne firent autre chose que de corriger quelques endroits de la Vulgate sur l'hébreu; Junius , et Trémellius, qui étoit né juif. Les protestans d'Angleterre ont adopté la dernière de ces traductions ; mais la seconde édition même qui a été corrigée est encore extrêmement fautive, comme le savant Drusius l'a démontré. Le style en est vicieux et affecté; on y trouve fréquemment des pronoms et d'autres mots qui ne sont point dans l'original; enfin elle est remplie de contre-sens.

On doit convenir que le texte hébreu est présentement fautif, ce que l'on doit attribuer à l'ignorance ou à l'inadvertance des copistes ; les plus habiles rabbins en font l'aveu. La vérité de notre assertion a été démontrée par M. Kennicot, dans son ouvrage intitulé : The present printed Hebrew Test considered , et impriiné à Oxford en 1759, diss. 2, c. 4, p.

et d'additions, afin qu'il ne manquât rien à la description géographique de l'ancienne Palestine. Il 222, etc. On peut voir aussi la dissertation de ce docte hébraïsant sur le même sujet, laquelle parut en 1753. M. Kennicot donne l'histoire du texte hébreu, qu'il assure avoir été conservé dans toute son intégrité jusqu'au retour de la captivité, et même un peu plus tard. On avoit gardé par l'ordre de Moïse une copie du Pentateuque, que l'on avoit renfermée dans un coffre , et déposée à côté de l'arche.

Morin ne donne que 500 ans d'antiquité au fameux manuscrit d’Hillel , qui est à Hambourg. Le P. Houbigant dit qu'il ne connoît point de manuscrits hébreux qui remontent audelà de six à sept siècles, et il assure qu'il y en a peu qui aient plus de deux ou de trois cents ans. Le plus ancien que l'on connoisse en France, est celui des Oratoriens de la rue Saint-Honoré à Paris , auquel le P. Houbigant donne près de sept cents ans. Selon l'abbé Sallier, il n'y en a point dans la bibliothèque du roi dans la même ville, qui ait plus de quatre cents ans. Les Dominicains de Bologne en Italie en ont un du Pentateuque, qui est fort célébre, et dont Montfaucon a donné la description, Diar. Ital. p. 399. Il étoit déjà ancien en 1308, lorsque ces religieux l'achetérent d'un Juif qui le prétendoit écrit

par
Esdras :

: son antiquité peut être d'environ neuf cents ans. L'Angleterre possède aussi deux bons manuscrits , dont l'un contient le Pentateuque , et l'autre le reste de l'ancien Testament; ils ont environ sept cents ans gardent dans la bibliothèque bobléienne. ( Kennicot, p. 315.) Le plus fameux manuscrit du Pentateuque Samaritain, que gardent les Samaritains à Naplouse , qui est l'ancienne Sichem , et auprès de Mont-Garizim , n'a que cinq ceuts ans d'antiquité. (Kennicot, diss. 2, p. 541.) Celui qui se voit dans la bibliothèque ambroisienne à Milan peut être plus ancien. (Montfaucon , Diar. p. 11.) Il y a un manuscrit bébreu dans la bibliothèque du Vatican , qu'on dit avoir été copié en 973.

Le P. Houbigant de l'Oratoire donna, il y a quelques années, une traduction latine de l'ancien Testament d'après le texte original. Quant aux livres deutérocanoniques , c'est-àdire, qui ne sont point dans le canon des hébreux, il les a traduits d'après le grec. Son ouvrage fait sans doute honneur à notre siècle. On n'en sauroit trop louer le style pour l'élégance, l'énergie et la clarté. Les notes en sont si concises , si judicieuses et si utiles, qu'on rendroit un vrai service à ceux qui ne peuvent se procurer l'ouvrage, de les faire imprimer séparément : mais on a reproché au savant traducteur de s'être quelquefois arrogé le droit de corriger le texte bébreu sans l'autorité des manuscrits. Une pareille liberté ne pouvoit

et se

diss. 1,

a traité encore la même matière dans ses lettres à Dardanus et à Fabiole. Il composa aussi différens traités

pour éclaircir plusieurs points de critique relatifs au texte hébreu de la Bible. On voit par ses commentaires sur les prophètes, avec quel soin, et pour ainsi dire, avec quel scrupule il s'attachoit au vrai sens du texte original, qu'il appelle la vérité. Cela ne l'empêchoit pas d'avoir recours aux anciennes versions grecques. Il donne de temps en temps quelques explications allégoriques ; mais il déclare qu'il n'en est point garant , et qu'il les a prises dans Origène ou dans d'autres auteurs. Quant à son commentaire sur saint Matthieu, il dit lui-même que ce n'étoit qu'un essai qu'il avoit rédigé en peu de jours en faveur d'un ami , et auquel il se proposoit de mettre la dernière main, lorsque ses autres occupations le lui permettroient; mais il paroit qu'il n'eut jamais le temps d'exécuter ce projet; peut-être que les incursions que les barbares firent dans la Palestine en furent la cause. Il est au moins certain

que

saint Jérôme fut obligé, sur la fin de ses jours , d'interêtre tolérée que dans les notes, par rapport aux endroits où les corrections paroissoient évidemment nécessaires. Son travail auroit encore été plus estimé si la critique eût été plus modérée, et s'il avoit montré plus de respect pour les anciennes versions authentiques.

On sait que Grotius, Wells, et d'autres critiques protestans, ont eu souvent recours à la Vulgate pour déterminer ou pour corriger le sens de l'original, même dans le nouveau Testament, qui est d'un usage plus fréquent que l'ancien. Il n'en est pas moins vrai que les originaux sont toujours les

et que souvent ils ajoutent beaucoup de force et de clarté au sens des meilleures versions ; aussi l'église a-t-elle toujours fortement recominandé l'étude des langues dans lesquelles les livres saints ont été écrits , et les conciles généraux ont ordonné qu'on établiroit des professeurs dans les universités pour les enseigner. On ne peut se proposer en ce genre de modèle plus parfait et de guide plus sûr que saint Jérôme.

sources

« PrécédentContinuer »