Images de page
PDF
ePub

rompre ses études, pour se soustraire d'abord à leur fureur, et bientôt après à celle des Pélagiens (60).

Ces hérétiques profitant du crédit qu'ils avoient auprès de Jean de Jérusalem , envoyèrent en 417 une troupe de bandits à Bethlehem pour ravager les monastères qui étoient sous la conduite de saint Jérôme (61). Il ne put s'échapper de leurs mains qu'en se retirant à la hâte dans une forteresse. Les bâtimens des monastères furent réduits en cendres. Les moines et les vierges prirent la fuite. Eustochium et la jeune Paule coururent le plus grand danger; leur habitation devint la proie des flammes, et les personnes qui leur appartenoient souffrirent en leur présence toutes sortes de tourmens.

Cette persécution ayant cessé, le Saint reprit ses travaux pour l'église. Tous les ennemis de la foi lui portoient une haine implacable; mais il étoit aimé et respecté de tous les gens de bien, comme le rapportent Sulpice - Sévère et saint Augustin (62). Enfin, après avoir triomphé des vices et des hérésies, et avoir passé la plus grande partie de sa vie dans les travaux et la pénitence, il fut dégagé des liens du corps le 30 Septembre 420. Une fièvre lente l'avoit miné peu à peu, et son grand âge ne lui laissant aucune ressource , il succomba sous le poids de sa langueur. On l'enterra parmi les ruines de son monastère de Bethlehem; mais dans la suite son corps fut porté à Rome , et il s'y garde encore dans l'église de Sainte-Marie-Majeure. Sa fête est marquée dans

(60) S. Hier. ep. 78 ad Paulin. p. 643. (61) S. Aug. de Gestis Pelag. c. 36,

t. X. (62) Sulp. Sév. Dial., c. 4 ; S. Aug. , ep. 82, n. 30, po 201.

le sacramentaire de saint Grégoire, ainsi que dans les martyrologes de Bède, d'Usuard , etc. (9).

Ce fut tout à la fois, et par esprit de pénitence, et par zèle pour la gloire de Dieu, que saint Jérôme s'appliqua à l'étude des saintes lettres , qui le mit en état de rendre à l'église des services si importans. Les commentaires des anciens Pères sur l'écriture ne sont point également utiles. Les allégories servent à rendre plus sensibles les instructions morales que renferment les paroles de l'écrivain sacré : mais en général, la meilleure manière d'expliquer nos divins oracles , est d'exposer les mystères de la foi, de développer les vertus chrétiennes, et d'insister sur les motifs qui doivent en inspirer l'amour et la pratique, et toujours en s'attachant au sens littéral. Saint Chrysostôme est un des plus beaux modèles que l'on puisse suivre en ce genre:

mais
pour

découvrir ces trésors inestimables qui sont renfermés dans l'écriture, il faut la lire souvent, et la méditer humblement; il faut se pénétrer de cet esprit

(9) Quatre ordres religieux, qui portent le nom d'Hieronymites, honorent saint Jérôme comme leur principal patron. Ils suivoient dans leurs premières institutions des règles fort austères qui avoient été composées d'après les épîtres du saint docteur. On changea depuis ces règles , et on y substitua celles de quelques autres ordres.

Les Hieronymites d'Espagne étoient originairement une filiation du tiers-ordre de Saint François. Ils furent ermites jusqu'à l'an 1374 , qu'ils se réunirent en communauté, et se mirent sous la règle de saint Augustin.

Cette même règle a été adoptée par les ermites de saint Jérôme qui composent la congrégation de Lombardie. Ils possèdent l'église de Saint-Alexis à Rome ; mais leur général réside dans le couvent d'Ospitaletto , au diocèse de Lodi.

La congrégation des Hieronymites de Fiesoli en Toscane suit la règle de saint Augustin , à laquelle on a ajouté certaines constitutions particulières qui ont été tirées des épîtres ascétiques de saint Jérôme. Ceux de Saint-Pierre de Pise sont mendians. Voyez la vie de ce Saint, sous le 1.er Juin.

[ocr errors]

de prière et de cette docilité qui ont mérité à tant de saints docteurs d'être les fidèles interprètes de la parole de Dieu.

On doit encore observer de s'en tenir toujours à la tradition de l'église. Quiconque ne marche point à la lumière de ce flambeau, ne peut manquer de s'égarer. L'expérience ne l'a que trop souvent prouvé. Les hommes même les plus habiles , s'ils dédaignent de suivre cette lumière, deviennent le scandale de l'église , au lieu de contribuer à l'instruction des fidèles. « La foi ortho» doxe, suivant la remarque d'un savant évêque » protestant, ne dépend pas de l'écriture consi» dérée en elle-même, mais de l'écriture expli» quée par la tradition universelle (63). »

Mais comme le sens littéral des livres saints est plus propre que tout autre à nous les faire bien comprendre, il faut nécessairement avoir recours aux règles d'une sage critique. Personne sur ce point n'a égalé saint Jérôme dans l'église latine, et l'on ne sauroit trop exhorter les interprètes modernes à suivre son exemple. Quoi de plus absurde, en effet, que de s'attacher à des misères, de s'arrêter à des discussions grammaticales , et de faire un vain étalage de savoir, lorsqu'il s'agit d'expliquer un livre tel que l'Ecriture sainte ? Combien cependant n'avons-nous pas de volumes des commentateurs de ces derniers temps, qui sont remplis de ces sortes de minuties. Rarement on y trouve les noms sacrés de Jésus-Christ et de la vertu, quoique ce soit là les deux grands objets des livres saints. Cette bonne critique dont nous parlons n'a point été méconnue par les Pères de l'église, dit un habile théologien protes

(63) Hare , évêque de Chichester , On the difficulties which atiend the study of the scriptures by the way of private spirit,

Tome IX.

I

tant (r); les oeuvres de saint Jérôme en font foi. Leur but principal fut de montrer en Jésus-Christ l'accomplissement des figures et des prophéties, et de conduire ainsi les hommes à la connoissance du Sauveur du monde. Mais que penser des commentaires de Grotius, et de ceux de quelques autres modernes ? Ils sont si maigres, si secs, si vides de l'esprit du christianisme, que quand je viens à comparer les anciens interprètes avec ceux de nos jours, je trouve entre eux, dit le même théologien , autant de différence qu'il y en a entre un homme et ses habits remplis de paille. (e) M. Reeves.

Notice des écrits de saint Jérôme. Nous parlerons des ouvrages de saint Jérôme, suivant l'ordre qu'ils tiennent dans l'édition de ce Père par les Bénédictins.

Τ Ο Μ Ε 1. La Bibliothèque sacrée, c'est-à-dire , tous les livres de l'é. criture que saint Jérôme traduisit en latin d'après le grec ou l'hébreu.

TO ME 11. 1. Le livre des noms hébreux. Le saint docteur y explique les étymologies des noms propres qui se rencontrent dans l'ancien et le nouveau testament; viennent ensuite quelques fragmens grecs du même livre , traduit en latin.

2.° Le dictionnaire des lieux hébreux, ou géographie sacrée pour l'intelligence de l'écriture. Le fond de l'ouvrage est d'Eusébe de Césarée ; mais saint Jérôme se l'appropria pour ainsi dire , en le perfectionnant.

3.° Le livre des questions hebraiques sur la Genése. On y trouve les sentimens de quelques Juifs , et de plusieurs interprêtes , tant grecs que latins, sur divers endroits de ce livre de l'écriture.

4.° Seize lettres sur quelques endroits difficiles de l'ancien Testament,

5.° Le commentaire sur l'Eclésiaste, vers l'an 388. 6.• Traduction des deux homélies d'Origène sur le Cantique des Cantiques, vers l'an 383. Cette traduction fut faite à la prière du pape Damase , auquel elle est dédiée.

7.• Suivent plusieurs ouvrages supposés à saint Jérôme , qui ont aussi l'écriture sainte pour objet.

TOME II 1. Ce tome renferme les commentaires du saint docteur sur les prophètes , qui furent écrits en différens ternps.

TO ME I V. 1.° Le Commentairc sur l'évangile de saint Matthieu, vers l'an 398.

2.° Plusieurs lettres où le saint docteur explique plusieurs difficultés relatives au nouveau Testament.

3.o Commentaires sur les épîtres de saint Paulaux Galates, aux Ephésiens, à Tite et à Philémon.

La seconde partie du tome quatrième contient les lettres de saint Jérôme, qui sont divisées en plusieurs classes , et dont plusieurs sont de véritables traités, ainsi que ses ouvrages ascétiques et polémiques. Nous nous contenterons d'indiquer les principaux.

1.• Les Vies de saint Paul ermite , de saint Hilarion et de saint Marc.

2.° Le Catalogue des écrivains illustres , écrit en 392 , et divisé en 35 chapitres. Dans le dernier, saint Jérôme parle de ses propres ouvrages; mais il n'est , à l'en croire, qu'un avorton , et le dernier de tous les Chrétiens.

3.° Le livre contre Helvidius, qui soutenoit que la sainte Vierge , après la naissance de Jésus-Christ , avoit eu d'autres enfans de saint Joseph , et qui en étoit venu jusqu'à enseigner que la virginité n'avoit aucun avantage sur le mariage. Cet ouvrage fut écrit vers l'an 384.

4.• Les deux livres contre Jovinien , qui ont aussi pour objeť la défense de la virginité , vers l'an 392.

-5.o Apologie du saint docteur touchant ses livres contre Jovinien, vers l'an 393.

6.° Le livre contre Vigilance. Nous en avons parlé dans la vie du Saint.

7:• Dialogue contre les Lucifériens. Voyez la vie du Saint.

8.° Nous avons aussi parlé des ouvrages de saint Jérôme contre Rufin. 9.°

.• Les dialogues contre les Pélagiens. Voyez la vie du Saint.

TO ME V. On a mis dans ce tome les ouvrages supposés à saint Jérôme, et un recueil de pièces qui ont rapport à l'histoire de ce saint docteur.

Le style de saint Jérôme dans ses commentaires sur l'écriture, est pur , simple et clair, mais accompagné d'une certaine sécheresse. Il croyoit que la dignité des divins oracles

« PrécédentContinuer »