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se suffisoit à elle-même. Il n'en est pas ainsi de ses autres ouvrages ; le Saint s'efforçoit de donner à son style toute la politesse dont il étoit capable. Ses pensées sont nobles , ainsi que ses expressions. On remarque dans son discours une variété de tours aussi agréable que surprenante; il sait employer les figures avec beaucoup d'art, et il n'est pas moins heureux dans l'usage qu'il fait des subtilités de la logique. Il amène avec goût les plus beaux traits des philosophes et des auteurs classiques, et il possède le talent d'embellir ses ouvrages de ce qu'il y a de plus curieux dans les arts et dans les sciences, L'assortiment de toutes ces parties est si parfait, que chacune paroît être à sa place ; et l'on peut comparer son discours à ces ouvrages de marqueterie, où toutes les pièces sont si artistement unies ensemble, qu'elles paroissent faites l'une pour l'autre. Il faut cependant convenir que cette manière d'écrire annonce quelquefois un peu trop d'affectation. Le judicieux Fénélon dit aussi que le style de saint Jérôme n'est pas toujours selon les règles ; mais il ajoute en même temps que quelques fautes dans lesquelles il est tombé ne doivent pas empêcher qu'on ne les préfère pour l'éloquence à ceux qui tiennent une place distinguée parmi les orateurs.

D. Martianay, Bénédictin de la congrégation de SaintMaur, a donné à Paris une édition des æuvres de saint Jérôme en cinq volumes in-folio , dont le premier parut en 1690 , et le dernier en 1704. Le livre des noms hébreus , et les autres ouvrages critiques du saint docteur avoient été jusque-là horriblement défigurés , même dans les éditions d'Erasme et de Marianus Victorius, Cave et d'autres savans ont donné de grands éloges au travail de D. Martianay, quoiqu'il n'ait pas le degré de perfection qu'il pourroit avoir. Ce religieux y montre à la vérité plus de jugement et d'érudition que dans quelques-uns de ses traités ; mais il s'en faut de beaucoup qu'on puisse les comparer aux Mabillon et aux Coustant. Il a laissé encore un grand nombre de fautes dans le texte de saint Jérôme, et ses notes ne sont pas toujours exactes. L'ordre qu'il a suivi dans l'arrangement des lettres du saint docteur y jette une telle confusion, qu'on ne sait comment s'y prendre pour les trouver 'ou les citer. Il n'a point donné la chronique de saint Jérôme , non plus que le martyrologe qui lui est attribué dans quelques anciens manuscrits, quoique ce Père n'ait fait que le traduire en latin , comme nous l'apprenons de Bède, Retr. in Act. , et de Walfrid Strabon , de Rebus eccl. c. 28. Ce martyrologe a été publié par D. Luc d'Achéry, Spicil.

Martianay mit une vie de saint Jérôme dans le cinquième tome des oeuvres de ce Père ; mais il la redonna en français, avec des additions en 1706. Il y défend le saint docteur contre Baillet , qui, en parlant de lui, emploie des expressions fort dures, et contre quelques autres critiques qui n'ont point assez mesuré les termes dont ils se servoient. Barbeyrac a aussi mal

t. IV.

traité saint Jérôme, et l'a calomnié, en lui imputant nne doctrine qu'il n'enseignoit point; mais il a été solidement réfuté par D. Ceillier. Apologie des Pères , p. 308-311.

Villarsi, Oratorien d'Italie, donna à Véronne , en 1738 , une nouvelle édition des cuvres de saint Jérôme, en 10 vol. in-folio, avec une vie de ce Père , et des notes fort utiles. Il fut aidé dans ce travail par plusieurs savans et notamment par le marquis Scipion Maffei ; mais on lui a reproché, comme à Erasme et à quelques autres critiques, d'avoir corrigé le texte de son auteur d'après ses propres conjectures , et sans l'autorité des manuscrits, ce qui diminue beaucoup l'utilité de son entreprise. Voyez les Observations sur la nouvelle édition de saint Jérôme à Vérone , par Maffei et Val arsi, par un Bénédictin de la congrégation de Saint-Maur. Paris, 2739, in-4..

S. GRÉGOIRE, É v ÊQUE ET APÔTRE

DE L'ARMÉNIE. GRÉGOIRE , surnommé l'Illuminateur, étoit de la grande Arménie, et naquit dans la province de Balhaven (a). Il sortoit de l'illustre maison

(a) Les apôtres saint Barthélemi et saint Thomas avoient prêché la foi dans l'Arménie, selon Tillemont, t. I, et Schroeder, Thes. Linguæ Armenicæ , p. 149, Nous apprenons de Tertullien , adv. Judæos , c. 7, que les Chrétiens avoient au second siècle une église florissante dans ce pays. Durant la persécution de Diocletien , il y eut un grand nombre de martyrs à Sébaste, à Nicopolis, à Mélitène, à Comane , etc. Voyez Lubin, Not. in Martyr. rom. et le Quien, Or. Chris. t. I, p. 425.

Saint Grégoire porta le flambeau de la foi dans la grande et la petite Arménie, et baptisa le roi Tiridate. Ayant été élu évêque , il se retira à Césarée en Cappadoce , où il fut sacré par Léonce , qui occupoit le siège de cette ville, selon l'auteur de sa vie , ap. Metaph. ; Agathangelus, dans l'histoire de la conversion des Arméniens , etc. de là l'originc de la possession où étoit l'archevêque de Césarée de sacrer le primat d'Arménie. C'est la remarque de l'ancien auteur d'une relation des affaires de l'Arménie, laquelle a été publiée par le P. Combefis , Auclar. Bibl. Patr. Græc. L'existence de cet usage se prouve encore par saint Basile , ep. 121 , aliàs 195 ad Theod. et ep. 122, alias 313 ad Pæmin. Il subsista jusqu'au cinquième siècle, qu'il fut aboli par les rois de Perse, alors maîtres du pays.

Le primat d'Arménie , qui prenoit anciennement le titre de

royale de Parthie, dite des Arsacides. Ayant été porté, dès son enfance, à Césarée, en Cappadoce, il y fut élevé dans la religion chrétienne, et y reçut le baptême. Son amour pour Dieu étoit catholique , prend aujourd'hui celui de patriarche. Il résidoit dans la capitale du pays que les Arméniens appeloient Vagarse ciabat , c'est-à-dire Artaxiasata ou Artaxata. Sur les ruines de cette ville est le fameux monastère d'Eschmiazin , autres ment dit des trois églises. Le patriarche y fait encore aujourd'hui sa résidence. Les Arméniens disent que l'église fut fondée par saint Grégoire dans le palais du roi Tiridate. Elle est à deux lieues d'Ervan , qui est présentement capitale de l'Arménie persane:

Saint Grégoire, de retour en Arménie, y sacra plusieurs évè. ques, et laissa l'église du pays dans un état très-florissant, Après le concile de Calcédoine, les Arméniens tombèrent dans l'eutychianisme , et confirmérent cette bérésie dans un fameux concile tenu à Tibène en 554. Leurs réunions à l'église catholique n'ont jamais été de longue durée. Voyez sur leurs erreurs, le concile in Trullo , can. 56, et Beveridge, not. 16, ainsi que le concile tequà Jérusalem contre les Arméniens en 1143. Conc. Harduini , t. VI, part. 2, p. 1143.

Dans le quatorzième siècle, le pape Jean XXII chargea Barthélemi le Petit, Dominicain , et plusieurs autres religieux du même ordre, d'aller prêcher la foi catholique en Arménie. Ces missionnaires et leurs successeurs convertirent plnsieurs hérétiques, qu'on désigna sous le nom de frères unis ; et il y en a encore aujourd'hui un grand nombre qui sont catholiques. L'archevêque de Naxivan , avec tout son diocèse n'a jamais abandonné la vraie foi, malgré les persécutions fréquentes des Mahometans de Perse. Voyez sur les erreurs des autres Arméniens ( que Schroeder a voulu inutilement justifier à certains égards, Thes. Linguæ Armenice), le décret d'union fait par Eugène IV, après le concile de Florence ; Clément Galanus, Hist. Armen. ; le Quien , Or. Chr. t. III, p. 1361 ; le Brun , Liturg. t. III, p. 1; Echard, de seript. Ord. Prædicat, t. I, p. 481; Brémond , Bullar. Dominican. t. II, p. 245, Touron, Hist. des Hom. illust. t. II, p. 108, etc.

Les Syriens-Eutychiens (appelés Jacobités, d'un certain Jacques surnommé Zanzal et Baradat, qui vivoit dans le septième siècle) ont aussi embrassé la foi catholique avec l'archevêque d'Alep et plusieurs autres évêques, et sont unis de communion avec le saint siége. Ils ne veulent point prendre le nom de Jacobites , à cause de l'hérésie de celui qui l'avoit fait donner à leurs pères. On les appelle communément Syriens ou Suriens chrétiens.

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si ardent, qu'il résolut de n'avoir plus rien de commun avec le monde. Lorsqu'il se fut perfectionné dans la science du salut, il se sentit en

flammé d'un grand désir d'aller prêcher l'évangile •à ses compatriotes. Il revint donc en Arménie après avoir imploré le secours du ciel par de ferventes prières. Ses discours, soutenus par une vie sainte, opérèrent des conversions innombrables, On assure que Dieu confirma aussi

par

des miracles la vérité de la doctrine que son serviteur annonçoit. On lit dans l'auteur anonyme de sa vie, donnée par Surius, qu'il eut beaucoup à souffrir dans sa mission de la part de Tiridate, roi du pays; mais que ce prince ouvrit enfin lui-même les yeux à la lumière, et qu'il reçut le baptême. Suivant Eusebe (1), Maximin Daïa, alors césar en Orient, qui avoit juré une haine irréconciliable au Christianisme, fut très-irrité de le voir faire tant de progrès dans l'Arménie : il vint attaquer ce pays; mais il fut repoussé, et obligé de se retirer avec confusion. C'est la première guerre de religion dont il soit parlé dans l'histoire.

Saint Grégoire fut sacré évêque par Léonce de Césarée en Cappadoce. Ce fut Tiridate lui-même, qui l'envoya vers ce prélat pour qu'il reçût de ses mains l'onction épiscopale. De retour dans sa patrie , il y continua ses travaux apostoliques avec un nouveau zèle; il porta aussi le flambeau de la foi chez plusieurs nations barbares, près de la mer Caspienne, et pénétra jusqu'au Mont - Caucase. Nous apprenons

d'un historien arménien (2), que s'étant retiré dans une cellule à Mania , qui est dans la province de la Haute-Arménie , appelée Daranalia, il

у
finit ses jours; que son corps

fut enterré dans ce même lieu, et qu'on le transporta (1) Hist. l. 9, c. 8. (2) Moses Cborenensis.

depuis dans la ville de Thordane. Il mourut vers le temps où Constantin-le-Grand se rendit maître de l'Orient. Les ménologes des Grecs lui donnent le titre de martyr (6).

Le saint évêque, suivant l'auteur anonyme d'un panegyrique composé en son honneur, et publié parmi les ouvrages de saint Chrysostorne (3), écrivit plusieurs discours remplis d'une sagesse tonte divine, ainsi qu'une exposition de la foi qu'il donna à son troupeau. Un savant moderne (4) assure que cette exposition, et vingt-trois homélies de saint Grégoire, sont renfermées dans un manuscrit arménien qui se garde dans la bibliothèque du roi , à Paris.

Voyez la vie de saint Grégoire dans Surius: le panegyrique dont nous venons de parler ; la Narration de rebus Armenorum , ab Combefis ; le Quien , Or. Chr. t. 1, p. 1372, et t. III; Galanus, Hist, Armen. ; Moses Chorenensis dans son histoire d'Arménie, l. 2, c. 80, p. 224. Cette histoire a été publiée à Londres en 1736, in-4.o, par Guillaume et par George Whiston, qui soutiennent que l'auteur vivoit dans le cinquième siècle ; mais il est certain qu'ils se trompent, et que Pouvrage dont il s'agit est d'une date récente. Quant à la vie de saint Grégoire l'illuminateur , que l'on a quelquefois attribuée à saint Chrysostome, elle est apocryphe. Voyez le P. Stilting, in vita S. Chrysostomi , t. 4, Sept. S. 83, p. 663.

(6) On lit dans la Synopsis donnée par Galanus , que saint Grégoire gouverna l'église d’Arménie depuis la quinzième jus: qu'à la quarante-sixième année du règne de Tiridate , et conséquemment durant l'espace de 31 ans. La liste des évêques qui assistèrent au premier concile général de Nicée, laquelle a été publiée en arabe par Selden , donne pour le trentesixième de ces évêques, Grégoire de la grande Arménie. Mais dans la liste publiée en latin, cette place est occupée par Aristarcès, que Galanus appelle Rustacés, et qui après avoir été plusieurs années coadjuteur de Grégoire , lui succéda. Le Saint l'ayant sacré évêque, passoit un temps considérable dans la retraite sur les montagnes. Les Arméniens prétendent que les reliques de saint Grégoire furent portées à Constantinople sous le règne de Zénon, à l'exception d'une partie qu'ils gardent avec vénération.

(3) T. XII, p. 821 , ed Ben, (4) M. l'abbé de Villefroi.

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