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leurs désordres par la pénitence. Son éloquence et sa piété, dit le même auteur, le rendoient une des plus brillantes lumières de l'église. Je me suis procuré, ajoute-t-il (3), des copies de ses sermons, que je regarde comme un trésor inestimable. J'y admire la noblesse des pensées, choix judicieux des épithètes, la beauté et le naturel des figures, la justesse, la solidité et la force du raisonnement que l'on peut comparer à l'impétuosité du tonnerre. Les mots coulent de source, et ne senlent point la gêne. Toutes les 'parties de son discours sont si bien liées, son style a tant de douceur et de facilité, qu'il résulte de l'ensemble une force à laquelle il n'est pas possible de résister. Le mérite des discours de saint Remi étoit encore relevé par la sublimité des maximes qu'ils contenoient, et par l'esprit de piété avec lequel ils étoient débités ; mais ils tiroient principalement leur efficace de la sainteté du prédicateur, qui pratiquoit le premier les vérités qu'il annonçoit aux autres. Dieu confirmoit aussi par le don des miracles la doctrine que prêchoit son serviteur. Ce fut ainsi que le ciel prépara saint Remi à devenir l'apôtre d'une grande nation.

Les Gaulois, devenus redoutables par le succès de leurs armes , avoient envoyé jusqu'en Asie de nombreuses colonies. S'étant emparés d'une grande partie de l'Italie, ils mirent Rome à deux doigts de sa perte (c). Jules-César les vainquit , et les (3) Sid. Apol. l. 9, ep. 7.

(c) Voyez D. Brézillac , religieux de la congrégation de Saint-Maur, Hist. des Gaules et des conquêtes des Gaulois, imprimée en 1752, 2 vol. in-4.o ; les commentaires de JulesCésar , qui savoit aussi bien manier la plume que l'épée ; les Observations sur la religion des Gaulois et sur celle des Romains , par M. Fréret, dans les Mémoires de l'Académie

soumit à la domination des Romains cinquante ans avant l'ère des Chrétiens. Saint Augustin remarque (4) que ces fiers conquérans étoient dans l'usage de faire recevoir leur langue même par les nations qu'ils avoient vaincues (d).

Les Gaules furent environ cinq cents ans sous la puissance des Romains, qui les regardoient

des Inscrip. an. 1751, et l'excellente Histoire des Celtes, par Pelloutier.

(4) De Civ. , l. 19 , C. 7.

(d) Les Gaulois se distinguèrent tellement par leur savoir et leur éloquence , que plusieurs d'entre eux ne le cédoient point aux plus célèbres Romains. La Gaule cisalpine produisit Virgile , Tite-Live , Cornelius-Népos , les deux Pline, etc., et la Gaule Transalpine, Varron, Trogue-Pompée, etc. Lorsque la lumière de la foi eut éclairé les Gaules, on y vit également fleurir l'étude de l’éloquence et celle des lettres sacrées , comme on pourroit le prouver par l'exemple de saint Martin , de Sulpice-Sévère, des deux saints Hilaire , de saint Paulin , de Salvien de Marseille , de saint Remi, de saint Sidoine Apollinaire , etc.

D. Rivet montre, Hist, litt, t. I, que la langue des Romains prit presque par-tout la place de la langue celtique. Il y a long-temps qu'il ne reste plus rien de celle-ci en France, à l'exception de queiques traces que l'on remarque dans certains noms propres et dans un petit nombre de mots. Bochart, que Ménage appeloit le père des conjectures , dit dans son Phaleg , qu'elle vient du Phénicien. Borel, Præf. sur les Recherches gauloises, et Marcel, Hist. de l'origine de la Monarchic Fr. t. I, p. 11, la font venir de l'hébreu. Le dernier de ces auteurs tâche de prouver par une certaine analogie qui est entre les différentes langues , qu'elles dérivent toutes d'une langue qui étoit primitivement la même , et cette affinité est encore plus sensible dans les principales langues de l'Occident. Saint Jérôme, qui avoit démeuré en Occident et en Orient, assure , in Galat. Præf. 2, p. 255, que celles que l'on parloit à Trèves et dans la Galatie au quatrième siècle, différoient très-peu entre elles. Valère-André, Topog. Belgic. p. 1

prétend que l'ancien celtique se retrouve dans le flamand moderne. Cette dernière langue est certainement un dialecte bâtard du teutonique, qui dérive du celtique : mais on ne peut dire que cette langue soit celle qu’Adam parloit dans le paradis terrestre, comme Goropius Bécan l'a avancé ; on a prouvé que l'hébreu étoit

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comme une des plus riches et des plus puissantes provinces de l'empire. Les Francs s'en emparèla langue de nos premiers pères. L'opinion commune est que le gallois et le bas-breton , qui ont une même origine, sont un dialecte du celtique , qui n'est cependant point parfaitement pur , puisque l'on n'entend point dans ces contrées quelques noms celtiques de lieux qui sont connus. Tacite, Vit. Agricolæ, c. 11, assure que la langue des Celtes ne différoit presque point de celle des Bretons, qui s'est conservée dans le Gallois.

Le P. Pezron , dans son traité de l'Antiquité de la nation et de la langue des Celtes ou Gaulois, a soutenu le premier que le latin, le grec et le teutonique venoient en grande partie du celtique. Il faut ajouter que ces langues ont emprunté aussi un grand nombre de mots de l'hébreu et de l'égyptien. On ne peut douter que l'ancien étrusque ne soit le véritable celtique, puisque les anciens noms de villes et de plusieurs autres lieux de la Toscane sont celtiques. On peut assurer la même chose de toutes les langues de l'Europe , à l'exception du sarmate et du sclavon. Le celtique est plus pur dans la Basse que dans la Haute-Allemagne. Selon Mallet, l'Islande est le pays où l'on parle cette langue avec le plus de pureté; d'autres disent que c'est dans le pays de Galles et dans la Basse-Bretagne.

L'opinion la plus probable est que le erse que l'on parle en Irlande et sur les montagnes d'Ecosse, est le meilleur celtique qui soit aujourd'hui en usage. Il a cependant dégénéré de sa pureté primitive , puisque le Léaver Lécan, c'est-à-dire , le livre de la ville de Lécan ou Sligo sur les antiquités d'Irlande, lequel fut écrit dans le douzième siècle, et se garde dans le college des Lombards à Paris , n'est entendu qu'avec peine par les Irlandais qui parlent le erse moderne. Au reste, l'altération dont il s'agit n'est pas telle que la langue ait changé , au moins depuis environ deux mille ans. Certains officiers irlandois , qui suivirent le général Munick dans la TartarieCrimée , entendirent la langue des habitans d'un canton de cette contrée, et ils ne furent pas peu surpris de reconnoître le erse. On convient unanimement que les Celtes étoient originaires de cette partie de la Scythie, et que ce fut de là qu'ils se répandirent dans toute l'Europe.

L'éditeur du dictionnaire bas-breton , par D. le Pelletier de la congrégation de Saint-Maur, se plaint de ce que ce docte religieux a trouvé si peu d'ouvrages écrits en cette langue , n'ayant pu faire usage que d'un manuscrit de 1450 , contenant les prédictions d'un prétendu prophète nommé Gwinglaff, d'une vie de saint Guinolé en vers, d'un poëme sar la prise de Jérusalem , par Tite, et d'un ancien diction

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rent ensuite; mais ces nouveaux maîtres, loin de chasser ou de faire périr les habitans du pays, denaire des cérémonies ecclésiastiques qui est entre les mains des recteurs ou curés. Il a été obligé d'emprunter le reste des secours dont il avoit besoin , de la langue que l'on parle présentement dans la Basse-Bretagne. M. Barbazan, dans sa Dissertation sur la langue des Celtes, qu'il a mise à la tête de son édition du Castoiement , et de quelques autres ouvrages en langue romance, conclut de la que l'ancien celtique n'étoit pas

d'un usage si étendu en Europe , et dans ses observations sur les étymologies, ibid. il tâche de montrer qu'un grand nombre de mots celtiques ont beaucoup d'affinité avec le latio ; d'où il conclut que la première de ces langues vient de la seconde, ou du moins qu'elles ont l'une et l'autre une origine commune. Nous conviendrons, si l'on veut, que quelques mots celtiques sont dérivés du latin ; mais nous observerons que les remarques mêmes de M.Barbazan suffisent pour démontrer que la langue des Celtes étoit d'un usage fort étendu en Europe. Nous ne craindrons pas même d'avancer contre ce savant auteur , que les langues dont on se sert dans la plupart des contrées de l'Europe, viennent primitivement du celtique.

Les Druides , dans les Gaules, n'étoient point dans l'usage d'écrire; mais ils conservoient l'histoire des guerres, etc. dans des poëmes qu'ils apprenoient dans leurs écoles. (Jules-César, de Bel. Gal. 7. 6. ) Leur crédit étant tombé dans les second et troisième siècles, les Bardes furent chargés d'apprendre ces poëmes , et ils les chantoient dans les grandes maisons ; cette coutume s'est observée fort long-temps. C'est parce moyen que plusieurs histoires ou chroniques en vers celtiqu. s se sont conservées en Irlande. (Voyez Torfæus et Mallet. ) Il s'en est aussi conservé en Irlande et sur les montagnes d'Ecosse. Jacques Macpherson a fait imprimer en 1762 une traduction des poèmes d'Ossian , fils de Fingal, roi en Ecosse. L'auteur y célèbre les victoires de son père, les siennes propres , et celles de plusieurs autres princes d’Ecosse et d'Irlande. On trouve dans ces poëmes du génie , de la sublimité, de la force et de l'énergie ; la vivacité des descriptions y est jointe au naturel et à la beauté des comparaisons, l'on croit souvent lire les plus célèbres poètes d'Athènes ou de Rome. L'auteur a d'ailleurs un mérite qui lui est propre ; il est original. Il s'en tient à la vérité historique, et n'a point recours à l'intervention des dieux. Les épithètes ne sont employées que pour donner plus de force à l'expression. Ces poëmes servent beaucoup à faire connoître l'histoire et les meurs des Bretons qui vivoient du temps de Sévère, de Caracalla et de Carausius; ils montrent encore que ces peuples formoient une nation spirituelle et cultivée.

Tome IX.

et

I *

vinrent un même peuple avec eux, et adoptèrent même leur langue et leurs mæurs (e).

Les Celtes , qui habitoient les Gaules, s'étant mêlés d'abord avec les Romains, puis avec les Francs, renoncèrent presque tout à coup à leur langue maternelle , et adoptèrent un dialecte qui fut principalement formé du latin. Bonamy, Diss. sur l'introduction de la langue latine dans les Gaules, Mém. de l'Acad. des Inscript., t. XXIV, trouve que D. Rivet s'exprime d'une maniere trop générale en assurant que les Francs venus dans les Gaules adoptèrent tous la langue latine, que les Romains , selon leur coutume, avoient introduite , parmi les anciens habitans du pays. Il s'efforce ensuite de prouver que les Francs conservèrent quelque temps à la cour et dans les principales villes, l'ancien teutonique, qui étoit leur langue, et un dialecte du celtique. Il ajoute qu'ils retin rent quelques mots teutoniques, même après que le latin usité parmi les anciens habitans eut prévalu ; mais il convient que de trente mots français, il est difficile d'en trouver un qui n'ait pas une origine latine. Nous ne pensons pas que D. Rivet eût refusé d'acquiescer à ce sentiment. En effet, il n'a point nié qu'un petit nombre de mots français ne soient dérivés du teutonique, ni que les Francs n'aient conservé quelque temps entre eux leur propre langue , quoiqu'ils apprissent aussi le latin que parloient les Gaulois, parmi lesquels ils étoient établis. Or, c'est le latin qui est évidemment la base de tous les dialectes qne l'on parle en France, à l'exception de celui de la Basse-Bretagne et d'une partie considérable de la Bourgogne. On remarque cependant je ne sais quoi d'étranger dans ces différens dialectes , et cet alloi se fait principalement sentir en Gascogne,en Bourgogne et en Normandie. Quant au provençal et à quelques autres langues, on ne peut se méprendre à leur origine; ce n'est guères qu’un latin corrompu.

(e) Quelques auteurs ont cherché les Francs ou Français dans chaque province de la Germanie ; d'autres les ont fait venir d'auprès des Palus Méotides : mais les plus habiles critiques conviennent avec Spener , Notit. Germ. antiq. t. 1, que ce peuple étoit un composé de différentes nations de Germanie, qui se réunirent ensemble pour chercher un nouvel établissement, et pour conserver leur liberté et leur indépendance. Quelques auteurs ont conclu que cet amour de la liberté leur avoit fait donner le nom de Francs , qui n'étoit point connu parmi les Germains, lorsque Tacite écrivoit. Le mot frak ou franc signifie fier ou crucl dans l'ancienne langue germanique, comme l'observe Bruzen de la Martinière dans ses additions à l'introduction à l'Histoire moder ne, par Puffendorf, t. V. Les historiens romains n'ont point parlé des Francs avant le règne de l'empereur Gallien.

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