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Clovis n'avoit que quinze ans lorsqu'il monta sur le trône. Il fut le plus célèbre conquérant de

On voit par le panegyrique d'Euménius en l'honneur de Constantin, par le premier livre de Claudien sur Stilicon, et par plusieurs passages de Sidoine Apollinaire , que les Francs sortirent d'abord du milieu des nations établies audelà de l'Elbe , c'est-à-dire , du pays qui comprend aujourd'hui le duché de Sleswick et une partie du Holstein. Cette opinion a été fort bien expliquée dans une dissertation imprimée à Paris en 1748, et dans une autre du P. Germon, que le P. Griffet a insérée dans sa nouvelle édition de l'histoire de France du P. Daniel. Le P. Germon place les Francs dans les contrées situées entre le Bas-Rhin, le Mein , l'Elbe et l'Océan, c'est-à-dire, dans le voisinage du pays d'où vinrent depuis les Anglo-Saxons. Il est probable que le vide causé par leurs migrations, fut rempli par quelques peuples plus éloignés.

On distinguoit parmi les Francs, les Bructères , les Attuariens , les Chamaves, les Chérisques, les Frisons, les Chauques, les Cattes et les Sicambres; mais les Saliens et les Ripuaires ou Ansuares étoient les plus considérables d'entre eux, les premiers par leurs richesses et leur pouvoir , les seconds par leur nombre. (Voyez l'Histoire générale des Provinces-Unies, in-4.o 1757.) Selon Leibnitz, les Saliens étoient ainsi appelés de la rivière Sala , et les lois saliques si fameuses furent originairement établies parmi eux. Le P. Daniel et M. Gundling soutiennent que ces lois sont modernes , et qu'elles ne remontent point au-delà de la conversion des Francs au christianisme. De Broispreaux et Sellius, Hist. gén. des Provinces-Unies, ne leur contestent point l'antiquité que leur donne Leibnitz; mais ils reconnoissent que la préface qui est à la tête vient d'une main chrétienne. Ils ajoutent qu'il est peut-être arrivé que Clovis y ait changé quelque chose après son baptême.

La cruauté avec laquelle Maximin traita les Germains après la victoire qu'il remporta sur eux, paroît avoir donné lieu à la confédération qui fit rassembler le reste des vaincus dans le pays des anciens Sicambres, peuple qu'Auguste avoit détruit. (Voyez D. Bouquet, Rec. des Histoires de Fr. t. I. C'est de là qu'on les appelle quelquefois Sicambriens.

Les Francs s'établirent d'abord sur la rive orientale du Rhin , qu'ils passèrent bientôt après, puisque Vopiscus les met sur les deux bords de ce fleuve. Le pays, qui s'étend depuis d'Alsace jusqu'à l'Océan germanique, est le premier qu'on ait appelé France, et on le distingua depuis par le nom de Francia Germanica ou Vetus. La France est placée à la droite ou sur le bord oriental du Rhin, dans la carte de Peu

son siècle, et c'est à juste titre qu'on l'appelle le fondateur de la monarchie française. Dans le

tinguer. C'est une ancienne description topographique de ce pays, faite à la fin du quatrieme siècle, et publiée par Peutinger d’Ausbourg.

Les Francs proclamoient leurs rois en les élevant sur un bouclier dans le camp. Leurs premiers rois furent Pharamond, Clodion, Mérouée et Childéric. La couronne devint héréditaire dans la personne de Mérouée, et c'est de lui que la première race de nos rois a été appelée Mérovingienne.

Le P. Daniel prétend que l'histoire de ces quatre rois qui ont précédé Clovis, n'appartient point à l'histoire de France, et il se fonde sur ce qu'ils ne régnèrent que dans l'ancienne France, et qu'ils ne possédoient rien dans les Gaules, où ils faisoient cependant de fréquentes excursions pour en piller les provinces. Ce sentiment éprouva de grandes contradice tions; il fut fortement combattu par Dubos, D. Maur, le Gendre, etc. Nous avons, en effet, des monumens qui prouvent d'une manière incontestable que les Francs commencé rent sous le règne de Pharamond à étendre leurs conquêtes dans la Gaule belgique, malgré les échecs qu'ils reçurent en plusieurs occasions. M. le président Hénault observe qu'ils avoient un établissement fixe vers le Rhin, en 287; que la possession leur en fut confirmée par l'empereur Julien, en 358 ; qu'en 445, sous le règne de Clodion, ils se rendirent maitres de Cambrai, et de tout le pays qui s'étendoit jusqu'à la Somme, en Picardie. Il paroît que leurs rois firent quelque temps leur résidence à Tournai; au moins découvrit-on, en 1653, le tombeau de Childéric dans cette ville. On trouva des monumens qui prouvent certainement que c'étoit le corps de ce prince, et on en a déposé quelques-uns dans la bibliothèque du roi, à Paris. Voyez la relation de cette découverte par Chifflet, et la dissertation de D. Mabillon sur les anciens tombeaux des rois de France.

Plusieurs peintres ont imaginé avec Chifflet, mais sans fondement, que les figures d'abeilles trouvées sur le tombeau de Childéric, avoient été les armes de France avant l'introduction de la cotte d'armes, qui étoit le symbole des personnes de qualité, et que l'on inventa à l'occasion des jolltes et des tournois. Un essain d'abeilles suivant un chef, est l'emblême naturel d'une colonie qui cherche un nouvel établissement. Quelques anteurs pensent que l'on prit d'abord la fleur de lis de quelques figures d'abeilles mal faites que l'on voyoit sur les anciens ornemens royaux. Voyez l’Addition aux disscrtations sur le nom patronymique de l'auguste maison de France. Il est prouvé dans cet ouvrage que la maison de nos rois n'a jamais eu de nom particulier, et que l'usage des surnoms

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temps même où il faisoit profession du paganis

il traitoit avec bonté les Chrétiens, et surs'étant introduit dans les onzième, douzième et treizième siècles, chaque branche retint celui de son apanage.

Il paroît cependant que la figure des lis qui sont dans les armes de France, fut empruntée de la tête d'une hache militaire que les Francs appeloient Francisque, et dont ils avoient coutume de se servir anciennement à la guerre; elle y ressemble en effet parfaitement, et n'a nulle ressemblance avec aucune espèce de la fleur appelée lis. On voit sur le tombeau de la reine Frédégonde à Saint-Germain-des-Prés, des fleurs de lis qui sont employées comme ornemens dans la couronne et dans les habits royaux. Elles sont encore employées ailleurs de la même manière, et on les trouve quelquefois sur les monumens des premiers rois normands d’Angleterre. Voyez de Montfaucon, Antiq. de la Monarchie Fr., t. I, p. 31. Philippe - Auguste , ou plutôt Louis VII, les prit pour sa cotte d'armes, et Charles VII les réduisit au nombre de trois.

Selon le Gendre, Clodion commença à régner sur les Francs en 426, Mérouée en 446, Childéric en 450, et Clovis I ou le Grand, son fils, en 481. Les Romains firent quelquefois des traités avec ces princes, et les reconnurent pour leurs alliés. Le roi des Francs ( on croit que c'étoit Chilperic) se joignit, avec son armée, à Aétius qui faisoit la guerre aux Huns , et contribua beaucoup à la victoire que ce général remporta sur Attila en 481. Clovis s'empara de toutes les Gaules, à l'exception des provinces méridionales, qui avoient été précédemment conquises partie par les Bourguignons , partie par les Goths.

Odoacre, roi des Turcilinges et des Hérules , ayant mis fin à l'empire d'Occident en 466 , Siagrius , fils d’Ægidius , gouverneur des Gaules, conserva toujours une armée sur pied, qui sut se soutenir quoiqu'il n'y eût plus d'empereur. Clovis, qui passa dans la paix les cinq premières années de son règne , marcha contre lui , et le défit près de Soissons en 489, et trois ans après il lui fit couper la tête. Ayant étendu peu à peu ses conquêtes, il s'empara de Tongres en 491, et de Rheims en 493, l'année même qu'il épousa Clotilde. Après la bataille de Tolbiac, qu'il gagna en 496, il se rendit maitre de tout le pays jusqu'au Rhin. L'année suivante , l'armée des Romains, campée aux environs de la Loire , se soumit à lui; il vit aussi passer sous ses lois l'Armorique , qui étoit devenuc indépendante, et qui avoit reçu de nouvelles colonies venues de la Bretagne. En 507, il vainquit Alaric , roi des Visigoths , près de Poitiers, et le tua de sa propre main dans un duel, à la tête des deux armées. Cette victoire fut suivie de la conquête de toutes les provinces situées entre la Loire et les Pyrénées : mais il fut défait à son tour par Théodoric

tous les évêques; il épargnoit les églises, et témoiguoit de l'estime aux personnes recommandables en 509 , devant la ville d'Arles, et il fut obligé de laisser les Visigoths en possession de la Septimanie ou du Languedoc , ainsi que des provinces voisines.

L'abbé Dubos, Hist. critique de l'établissement de la Monarchie Fr. dans les Gaules, essaie de prouver que les Francs devinrent maîtres de la plus grande partie des Gaules , non à titre de conquête, mais en vertu de leurs alliances avec les Romains. A la vérité , ils gagnèrent l'amitié de la plupart des anciens habitans du pays, dont ils se disoient les défen. seurs. Leur gouvernement étoit aussi plus doux que celui des Goths et des Bourguignons prêts à envahir les Gaules. D'ailleurs , les Francs se mêloient avec les peuples vaincus ; et apprenoient même leur langue. Ils ne les dépouilloient de leurs biens que dans certains cas particuliers. Les terres confisquées et données aux Francs, s'appeloient terres saliques , et elles étoient soumises à la loi salique, selon laquelle les contestations qui s'élevoient à leur sujet devoient être décidées par un combat des parties et de leurs amis. Les autres biens possédés par les Francs se nommoient bénéfices, terme qui venoit des Romains, et qui fut appliqué aux revenus ecclésiastiques. Ces bénéfices étient des gouvernemens , des dignités lucratives, on des terres données à vie.

Sous la seconde race de nos rois, plusieurs seigneurs puissans rendirent ces bénéfices héréditaires dans leurs familles, et ils imitèrent en cela les Lombards , desquels sont venus les fiefs et les lois féodales que les Romains ne connurent jamais. Les fiefs affoiblirent beaucoup les royaumes d'Italie , d'Allemagne et de France. Nos rois commencèrent dans le douzième siècle à recouvrer les droits aliénés de leur puis

et à détruire toutes ces petites souverainetés qui s'étoient établies dans leurs états ; mais ils ne recouvrèrent toute leur autorité que très-long-temps après,

Les anciens rois de France firent plusieurs additions à la loi salique, en sorte que l'on n'en peut distinguer aujourd'hui les articles primitifs. Le plus célèbre de tous est celui qui exclut les femmes de la succession à la couronne. Voyez la dissertation de l'abbé de Vertot sur l'origine de la loi salique, dans les Mém. de l'Acad. des Inscript. et BellesLeitres, t. 11.

Nous avons plusieurs éditions de la loi salique. On distingue, sur-tout celle du Fr. Pithou, avec un glossaire pour l'intelligence des termes obscurs et des mots teutoniques , Paris 1602, celle de Melchior Goldast, t. III, p. 15. de sa Collectio constitutionum imperialium , imprimée à Offenbach en 1610; celle d'Anvers en 1649, avec un excellent glossaire

sance

par

leurs vertus. Il honoroit principalement saint Remi. Il fit rendre les vases de l'église de Rheims qu’un soldat avoit enlevés; et comme le soldat balançoit à s'en dessaisir , il le punit en le tuant de sa propre main.

Clotilde, que Clovis épousa en 493, étoit fort zélée pour la religion chrétienne. Elle tâchoit d'adoucir la férocité de son mari, et le disposoit insensiblement à embrasser la foi. Etant devenue mère d'un fils qu'on nomma Ingomer, elle le fit baptiser. Le jeune prince mourut au bout de quelques jours , lorsqu'il portoit encore l'habit blanc qu'on donnoit dans l'église à ceux qui avoient reçu le baptême. Clovis fut vivement affligé de cette perte, et voulut en rendre Clotilde responsable. « Si l'on avoit invoqué, lui dit-il, le » nom de mes dieux sur mon fils, il vivroit en» core; mais parce qu'il a été baptisé au nom » des vôtres, la mort me l'a enlevé. » La reine se contenta de lui répondre qu'elle s'estimoit heureuse d'avoir mis au monde un enfant qui étoit entré en possession du royaume céleste. Quelque temps après, elle accoucha d'un second fils, qui fut également baptisé, et qui reçut le nom de Clodomir. Ce prince étant tombé malade, le roi, transporte de colère, dit à Clotilde : « Voilà l'effet » de votre entêtement; mon fils mourra comme » son frère, pour avoir été baptisé au nom de » votre Christ. » C'étoit ainsi

que

Dieu se plaisoit à éprouver sa servante; mais il se laissa toucher

compilé par Godefroi Wendelin ; celle que Jérôme Bignon a donnée à Paris avec des notes dans son édition des formules de Marculfe : celle de Baluxe, avec des capitulaires de Charlemagne , qui fit réviser la loi salique; celle d'Eccard avec la loi des Ripuariens; enfin celle de Schitter, in Thes. antiq. Teutonicarum , an. 1727.

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