Images de page
PDF
ePub

»

[ocr errors]

>> soin de son ame est confié, à plus forte raison » une vierge, dont il est le paranymphe, et dont » il garantit la fidélité à son époux. Elle doit sur» tout respecter son époux qui est toujours avec » elle, et avec lequel sont le Père et le Saint» Esprit , sans parler d'une multitude innombrable

d'anges et d'ames bienheureuses; car, quoique » ces esprits célestes soient invisibles à nos yeux, » nous n'échappons cependant point à leurs re

gards incorporels. Si une vierge craint les yeux » d'autrui, beaucoup plus doit-elle craindre la » vue de ces esprits qui sont si purs, si excel» lens, et si élevés au-dessus de tous les hommes. » Elle redoute particulièrement les yeux de la » multitude; or, comme il est impossible qu'elle

puisse échapper aux regards d'une multitude si » grande et si sainte, elle aura un soin extrême ► de ne rien faire qui soit indigne de son état. »

Non-seulement nous devons respecter, mais nous devons encore aimer et honorer notre ange tutélaire; c'est un gardien fidèle, un véritable ami, un protecteur puissant. Malgré l'excellence de sa nature, sa charité le porte à se charger du soin de nous défendre et de nous protéger. Il veille à la conservation de nos corps, auxquels les démons ont quelquefois le pouvoir de nuire; mais que ne fait-il

pas pour nos ames ? Il nous instruit, il nous encourage, il nous exhorte intérieurement, il nous avertit de nos devoirs par des reproches secrets. Il exerce à notre égard l'office qu'exerçoit à l'égard des Juifs cet ange qui les conduisoit dans la terre promise; il fait pour nous ce que fit Raphaël pour le jeune Tobie, il nous sert de guide au milieu des dangers de cette vie. De quels sentimens de reconnoissance, de respect, de docilité et de confiance ne devons

nous pas être pénétrés pour notre ange gardien ? Pourrions-nous assez remercier la divine miséricorde du don inestimable qu'elle nous a fait ? Tobie réfléchissant sur les faveurs signalées qu'il avoit reçues de l'ange Raphaël , dit à son père (18): Quelle récompense pourrions-nous lui donner, qui ait quelque proportion avec les biens dont il nous a comblés ? Il m'a mené et ramené dans une parfaite santé, il a été lui-même recevoir l'argent de Gabelus ; il m'a fait avoir la femme que j'ai épousée ; il a éloigné d'elle le démon; il a rempli de joie son père et sa mère ; il m'a délivré du poisson qui m'alloit dévorer; il vous a fait voir à vous-même la lumière du ciel, et c'est par

lui que nous nous trouvons remplis de toutes sortes de biens. Que pouvons-nous donc lui donner qui égale tout ce qu'il a fait pour nous? Tobie et ses parens, touchés de la plus vive reconnoissance , se prosternèrent, le visage contre terre, pendant trois heures , et bénirent Dieu (19). Tâchons d'entrer dans les mêmes sentimens. « Aimons, dit saint Bernard (20), aimons > tendrement en Dieu les anges, ces esprits bien» heureux qui seront un jour nos compagnons et » nos cohéritiers dans la gloire, et qui sont pré>> sentement nos tuteurs et nos gardiens. Soyons >> dévots et reconnoissans envers de semblables

protecteurs; aimons-les, honorons-les autant » que nous en sommes capables, etc. »

Nous devons aussi avoir une tendre confiance en la protection de notre ange gardien. « Quelque

foibles que nous soyons, dit encore saint » Bernard (21), quelque misérable que

soit notre » condition, quelque grands que soient les dan

(18) Tob XII, 2. (19) Ibid. v. 22. (20) In Ps. .

(21) Loc. cit. Tome IX.

[ocr errors]

mériter sa pro

»gers qui nous environpent , nous ne devono > rien craindre sous la protection de tels gar» diens....... Toutes les fois que quelque tribula» tion ou quelque violente tentation viendra vous » assaillir, implorez le secours de celui qui vous » garde , qui vous guide, qui vous assiste dans » toutes vos peines. » Mais pour tection, nous devons ayant toutes choses éviter le péché. Les fautes , même vénielles , l'aflligent. « Comme la fumée, dit saint Basile (22), met en » fuite les abeilles, et la mauvaise odeur les co» lombes, de même l'infection du péché fait fuir » l'ange chargé du soin de nous garder. » L'impureté sur-tout est un vice que les esprits célestes ont souverainement en horreur; les anges des petits que nous scandalisons, crient vengeance contre nous. Je vais, dit le Seigneur (23), envoyer mon ange, afin qu'il marche devant vous, qu'il vous garde pendant le chemin; et qu'il vous fasse entrer dans la terre que je vous ai préparée. Respectez-le, écoutez sa voix, et gardez-vous bien de le mépriser, parce qu'il ne vous pardonnera point quand vous pécherez, et que mon nom est en lui; mais si vous entendez sa voix, et que vous fassiez tout ce que je vous dis par sa bouche, je serai l'ennemi de vos ennemis, et j'affligerai ceux qui vous affligent. Mon ange marchera devant vous, et il vous introduira dans la terre que je vous ai préparée.

S. THOMAS, ÉVÊQUE D'HÉRÉFORD, EN ANGLETERRE. I. fut un temps, où l'on vit en Angleterre la prière et la contemplation faire les délices des

(22) Hom. in Ps. XXXIII. (23). Exod. XXIII, 20, etc.,

personnes de tout état, l'humilité chrétienne et la véritable pauvreté d'esprit s'asseoir sur le trône des rois, la chasteté fleurir dans les palais des souverains, les princes n'avoir d'autre ambition que d'accroître le royaume de Dieu', et s'estimer heureux lorsque leurs filles , prenant Jésus-Christ pour époux, alloient se consacrer dans la solitude aux exercices laborieux de la penitence; mais ce temps fortune ne fut pas de longue durée, et les vertus qu'il avoit produites furent remplacées par les vices contraires. Dieu se servit du fléau des całamités publiques pour châtier un peuple ingrat, et le ramener au devoir; il lui suscitoit ce-pendant de saints pasteurs, et lui mettoit sous les yeux des exemples frappans de vertu. On compta parmi ces grands hommes Thomas, qui de chancelier d'Angleterre, devint évêque d'Héréford.

Il sortoit d'une famille très-distinguée. Guillaume de Chanteloup, son père, fut un des plus célèbres guerriers qu'ait jamais eu l'Angleterre. Çe fut lui qui , par la défaite des Barons et des Français, asșura la couronne sur la tête de Henri III. Hi fut élevé à la dignité de grand-maître du royaume, qui a été depuis supprimée à cause du pouvoir excessif qu'elle donnoit , et dont il ne reste plus que des traces dans quelques occasions particulières (a). Les Chanteloup étoient originaires de Normandie ; ils passèrent en Angleterre avec Guillaume le Conquérant, qui les combla de biens et d'honneurs (6). Le Saint eut pour mère Méliante, comtesse douairière d'Evreux et (4) Lorsqu'il s'agit de la réception des pairs.

(6) Ils devinrent par leurs alliances héritiers des Strong bows, des Marshals, comtes de Pembrock, des Filtz-Wah ters', comtes d'Héréford , et des Breuses, seig d’Aber gavenny.

[ocr errors]

de Glocester, fille de Hugues de Gournai, la. quelle étoit alliée aux familles royales de France et d'Angleterre.

Il naquit dans le Lancashire, et il étoit l'aîné de ses frères et de ses seurs , qui furent tous établis honorablement dans le monde. Son père, obligé par état de vivre à la cour, sentit bien les dangers que devoient y courir ses enfans, qu'il vouloit faire élever dans les principes du christianisme ; il prit donc les plus grandes précautions pour éloigner d'eux tout ce qui auroit été capable de les corrompre. Lorsque Thomas son fils fut en âge d'apprendre les sciences, il le mit sous la conduite de Guillaume de Chanteloup, évêque d'Héréfort , son proche parent, puis sous celle de Robert Kilwarby, savant Dominicain, qui fut successivement archevêque de Cantorbéry, cardinal et évêque de Porto. Le jeune disciple se montroit fort docile aux leçons de ses maitres; il sanctifioit l'étude par une piété tendre, récitoit l'office de l'église, et s'acquittoit de tous les devoirs de la religion avec une ferveur extraordinaire. Il vint faire son cours de philosophie à Paris, où sa vertu prit de nouveaux accroissemens. Résolu d'embrasser l'état ecclésiastique, il se rendit à Orléans, pour y apprendre le droit civil, qui sert de fondement au droit canonique. Etant allé visi ter quelques-uns de ses amis , qui étoient au concile général assemblé à Lyon, il fit conpoissance avec plusieurs évêques et plusieurs théologiens, également célèbres par leurs vertus et leur savoir , et les entretiens qu'il y eut avec eux lui furent très-utiles.

Mais il retourna peu de temps après en Angleterre, pour y continuer ses études. Ayant passé docteur en droit à Oxford , il fut élu chancelier de la fameuse université de cette ville. Il s'acquit

« PrécédentContinuer »