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tant de réputation dans cette place , que le roi Henri le fit grand chancelier du royaume. Il justifia le choix du prince par sa prudence, son zèle, son activité, son amour pour la justice, sa fermeté contre toutes les surprises et toutes les sollicitations. Les plus grands seigneurs de l'état, et le roi lui-même, ne purent faire mollir son inflexibilité : il s'opposa de toutes ses forces aux différens abus , et fit bannir les Juifs dont on n'avoit pu empêcher les usures et les extorsions. Plusieurs fois il voulut quitter une place qui le retenoit à la cour malgré lui; mais le roi refusa toujours d'y consentir. S'il obtint sa liberté à l'avènement d'Edouard I au trône, ce prince ne la lui accorda qu'à condition qu'il seroit membre de son conseil privé; et il en exerça les fonctions jusqu'à la mort du roi. Il étoit alors dans la cinquante-quatrième année de son âge.

Rendu entièrement à lui-même, il se retira à Oxford , pour ne s'y occuper que de la lecture et des exercices de la piété ; il y prit le degré de docteur en théologie dans l'église des Dominicains chez lesquels il avoit étudié, et Robert Kilwarby, alors archevêque de Cantorbéry, fit son éloge en cette occasion, et ne balança point de dire publiquement qu'il avoit conservé son innocence baptismale. Le pape Grégoire X le fit venir, en 1274, au second concile général qui se tint à Lyon pour la réunion des Grecs; et l'année suivante, il fut élu canoniquement évêque d'Héréford. La cérémonie de son sacre se fit dans l'église de Christ, à Cantorbéry (c).

Le saint évêque redoubla de ferveur pour se perfectionner dans la pratique des vertus qui font

(c) C'est à cause de saint Thomas que les évêques d'Iléréford ont toujours porté les armes de la maison de Chanteloup.

les pasteurs selon le cæur de Dieu. Un souverain mépris pour le monde lui faisoit trouver mille délices dans la retraite; il y entretenoit son union avec Dieu

par la prière et la méditation. Il mortifioit så chair par le jeune, les veilles, et les autres austérités de la pénitence; il porta le cilice jusqu'à sa mort, quoiqu'il fût d'un tempérament infirme, et sujet à de fréquentes coliques. A un grand zèle pour la gloire de l'église , il joignoit une charité qui embrassoit les besoins corporels et spirituels du prochain; il appeloit les pauvres ses frères, et il leur faisoit ressentir les effets de l'affection la plus tendre. Il étoit tellement maitre de lui-même, qu'il ne lui échappoit jamais aucun mouvement de colère; il gagnoit ses ennemis par sa patience et sa douceur. La moindre médisance lui causoit de l'horreur; mais il étoit ferme et inflexible lorsqu'il étoit question de défendre les droits de son église, et il en donna des preuves · en diverses circonstances. Quelques contestations qu'il eut avec l'archevêque de Cantorbéry, et qui lui étoient communes avec les autres évêques de la province , l'obligèrent de faire un voyage à Rome. Il y fut reçu avec la distinction que méritoient ses vertus. Sa présence n'y étant plus nécessaire', il reprit la route d'Angleterre : il sentoit d'ailleurs que ses infirmités augmentoient considérablement, et le menaçoient d'une mort prochaine; mais il fut forcé de s'arrêter à Montefiascone, en Toscane. Il'y mourut le 25 d'Août 1282 , après avoir reçu les sacremens de l'église avec les plus vifs sentimens de piété. Il étoit dans la soixante-troisième année de son âge. On l'enterra six jours après dans l'église da monastère de Saint-Sévère. Quelque temps après, ses os, qui avoient élé séparés des chairs, furent portés

à Héréford , et déposés dans la cathédrale de cette ville. Un cardinal se chargea du soin de pronon, cer son éloge funèbre.

Edmond, comte de Cornouaille, fils de Richard, roi des Romains, qui avoit été un des plus grands admiratenrs du saint évêque , fit enchâsser richement son chef, et le déposa dans un monastère qu'il fonda sous son invocation à Ashridge dans le Buchinghamshire. En 1287, on fit une translation solennelle de ses reliques, qui étoient dans la cathédrale d'Héréford, en présence du roi Edouard III , et on les renferma sous un mausolée de marbre dans la même église. Sa sainteté a été confirmée par un grand nombre de miracles authentiques, dont on trouve le récit dans les actes originaux de sa canonisation (d). Le B. Thomas d'Héréford fut canonisé par

le
pape

Jean XXII en 1310 : il paroît que ce fut le 2 Octobre, jour auquel on célèbre sa principale fête (0) On voit encore son tombeau dans la cathédrale d'Héréford; mais l'inscription en est effacée.

Voyez les actes de la canonisation du Saint ; Trevet , l'an 1282 ; Matthieu Paris, Capgrave, Harpsfield : le docteur Brown-Willis dans ses antiquités d'Héréford, et la vie moderne de saint Thomas , qui fut imprimée en 1674.

(d) Les actes originaux de la canonisation de saint Thomas d'Héréford se gardent dans la bibliothèque du Vatican.

(e) Brown-Willis pense que la fête du Saint se célébroit à Héréford le 9 Octobre , parce que c'étoit le jour de la grande foire qu'on y avoit établie en son honneur ; mais le neuvième Octobre étoit l'octave de sa fête, et en ce jour le chapitre de la cathédrale faisoit une procession 80lenpelle.

SOUS

S. LÉGER, ÉvÊQUE D'AUTUN, MARTYR. Saint Léger (a), issu d'une famille très-illustre parmi les Français , naquit vers l'an 616. Ses parens le conduisirent fort jeune à la cour du ro Clotaire II. Ce prince, fils de Frédégonde, régna d'abord dans la Neustrie ; mais ayant fait Sigebert prisonnier en 614, et mis à mort la reine Brunehaut, il réunit toute la monarchie française en sa personne. Quelque temps après, Léger fut envoyé à Didon son oncle maternel, évêque de Poitiers. Le prélat mit son neveu sous la conduite d'un savant et vertueux prêtre; mais il le fit venir ensuite dans son palais pour achever lui-même son éducation. Il vit avec plaisir qu'il faisoit encore plus de progrès dans la science des Saints que dans l'étude des lettres.

Le Saint avoit appris de Dieu même (1) qu'on ne peut être parfait sans marcher en la présence de Dieu; aussi s'étoit-il accoutumé de bonne heure à s'unir au Seigneur par la pratique du renoncement et de l'humilité. Son oncle, frappé de son mérite extraordinaire, crut devoir le dispenser de l'observation des canons de l'église, en l’élevant au diaconat, quoiqu'il n'eût encore que vingt ans. Quelque temps après , il le fit archidiacre, et le chargea du gouvernement de son diocèse. Léger mérita par sa sagesse, son éloquence et toutes ses vertus, d'être universellement aimé. L'abbé du monastère de Saint-Maxence ou SaintMaixent (b), au diocèse de Poitiers, étant mort,

(a) Appelé encore saint Leutgar , saint Lutger, saint Lin gaire , saint Léguier , et en latin Leodegarius.

(1) Gen. XVII, 1.

(6) Voyez la vie de saint Maixent, que nous avons donnée sous le 26 Juin. L'abbaye qu'il gouverna , et la ville qui a depuis été bâtie auprès , portent son nom.

son oncle l'obligea de le remplacer; il gouverna six ans ce monastère avec autant de zèle

que

de prudence, et lui fit ressentir les effets de sa libéralité.

Clovis II, roi de Neustrie et de Bourgogne mourut en 656, et laissa trois fils en bas âge, Clotaire, Childéric et Thierri. Clotaire, troisième du nom, fut proclamé roi. On déclara régente sainte Bathilde, sa mère, qui se fit aider dans le gouvernement de l'état par saint Eloi, de Noyon, saint Ouen, de Rouen, et saint Léger. La réputation que ce dernier s'étoit acquise l'avoit fait appeler à la cour; en 659, on le nomma évêque d'Autun.

Le siége de cette ville étoit vacant depuis deux ans, et pendant ce temps-là le diocèse avoit été cruellement déchiré par des factions opposées ; il y avoit même eu du sang répandu en diverses occasions. La présence du nouvel évêque pacifia les troubles, et ramena la paix. Il soulagea les pauvres, instruisit le clergé et le peuple , décora les églises, et les enrichit de vases et d'ornemens précieux. Il répara le baptistère de sa cathédrale avec magnificence, et y fit transférer les reliques de saint Symphorien ; les murs de la ville furent aussi réparés par ses soins. En 670, il assembla un synode à Autun (2), où l'on fit divers canons concernant la réforination des meurs; il nous en reste encore quelques-uns qui ont principalement pour objet l'ordre monastique. Il est ordonné aux religieux d'observer les règlemens de saint Benoit, de travailler en commun, et d'exercer l'hospitalité; il leur est défendu en même temps de posséder rien en propre, et d'aller dans les villes , à moins que les affaires du monastère ne (2) Conc. t. VI, p. 536. l'ome IX.

M

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