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les y appellent; et dans ce cas - là même, ils doivent avoir de leur abbé une lettre pour l'archidiaere.

Lorsqu'il eut appris, en 669, que Clotaire III étoit mort, il se rendit promptement à la cour. Une partie de la noblesse se déclara pour Childéric, qui régnoit en Austrasie avec beaucoup de prudence; mais Ebroîn prit le parti de Thierri, qui fut aussi proclamé roi, et il se fit lui-même maire de son palais. Cependant la conduite de ce ministre fut si cruelle et si odieuse, que le parti qui lui étoit opposé prévalut bientôt. On se soumit à Childéric, qui auroit fait mourir Ebroïn , si saint Léger et quelques autres évêques n'eussent obtenu de ce prince qu'il lui laisseroit la vie. On le renferma dans le monastère de Luxeul, où il fut rasé, et l'on envoya Thierri à l'abbaye de Saint-Denis,

Le gouvernement de Childéric Il fut heureux et sage , "tant que ce prince suivit les conseils de saint Léger, qui avoit tant de part aux affaires, que quelques historiens l'ont appelé maire du palais : mais comme il étoit jeune, et d'un caractère impétueux, il s'abandonna bientôt aux plaisirs ; il ne rougit pas même d'épouser sa propre nièce. Saint Léger l'en reprit secrètement; puis voyant que'c'étoit sans fruit, il condamna publiquement sa conduíte. Cette hardiesse déplut au roi, et les courtisans ne manquèrent pas de l'aigrir encore. Wulfoad, maire du palais depuis quelque temps, essaya de rendre suspecte la fidélité de Léger. Le saint évêque fut exilé à Luxeul', et il y trouva Ebroïn , qui lui promit une amitié constante.

Cependant Childéric mourut d'une manière tragique, en 673; il fút assassiné par Bodilon, qu'il avoit fait fouetter publiquement, et qui s'é

toit mis à la tête d'une conspiration composée de la noblesse. La reine, sa femme, et son fils Dagobert, encore enfant, éprouvèrent le même traitement. Dagobert, fils de Sigebert II, fut rappelé d'Irlande où il avoit été banni, et on le proelama roi. Cette révolution rendit la liberté à saint Léger; il retourna à Autun où ses diocésains le reçurent avec les plus grandes marques d'honneur et de joie. Ebroïn sortit aussi de Luxeul. Irrité de voir Leudèse maire du palais, il lui ôta la vie par trahison, et fit reconnoître pour roi un prétendu fils de Clotaire III, qu'il pommoit Clovis; en même temps il fit avancer en Bourgogne une armée qui marcha d'abord contre la ville d'Autun.'

Il ne tenoit qu'au saint évêque de prendre la fuite; mais il erut que sa présence étoit nécessaire à Autun. D'ailleurs il ne craignoit point la mort ; il distribua tout ce qu'il possédoit aux pauvres, et fit ensuite son testament, par lequel il donnoit à son église des marques de sa libéralité (c). Il ordonna un jeûne de trois jours , et une procession générale, dans laquelle on porta la croix et les reliques des Saints autour des murailles de la ville. Léger se prosterna à chacune des portes , et pria Dieu avec larmes d'épargner le troupeau dans le cas où il appelleroit le pasteur au martyre. Cette cérémonie achevée, il fit "assembler le peuple dans l'église, et demanda pardon à ceux qu'il pouvoit avoir offensés par un excès de sévérité. L'ennemi s'étant présenté, les assiégés fermèrent leurs portes, et firent tout le jour une vigoureuse résistance. « Ne combattez » pas plus long-temps, leur dit Léger; si c'est à

(c) Ce testament est dans les annales de le Cointe, ad an. 666. Voyez Mabillon , Annal. l. 16, n. 36 , etc.

» cause de moi que les ennemis sont venus, je

suis prêt à leur donner satisfaction. Envoyons » quelqu'un de nos frères savoir ce qu'ils" de» mandent. »

L'armée ennemie étoit commandée par Vaimer, duc de Champagne. Vaimer avoit avec lui Didon, précédemment évêque de Châlons-sur-Saône, qui avoit été déposé pour ses crimes. Celui - ci répondit aux envoyés d’Autun qu’on alloit ruiner la ville , si on ne leur livroit Léger. Tous promirent d'obéir à Clovis , sur l'assurance qu'on leur donna que Thierri étoit mort. Pour Léger, il déclara publiquement qu'il souffriroit tout plutôt que de manquer de fidélité à son prince. Comme les assiégeans poussoient toujours vivement l'attaque, il prit congé de son peuple, reçut la communion, sortit de la ville, et alla se présenter aux ennemis, qui , après s'être saisis de sa personne , lui crevèrent les yeux. Il chanta des psaumes tout le temps que dura, son supplice; il ne voulut point qu'on lui liật les mains, et il ne poussa pas le moindre soupir. Les habitans de Ia ville se soumirent pour ne pas perdre leur liberté. Vaimer conduisit le saint évêque en Champagne.

Cependant l'armée victorieuse marcha du côté de Lyon, dans le dessein de s'emparer de cette ville, et de s'assurer de saint Genès qui en étoit évêque; mais les habitans firent une si belle défense, que les ennemis furent obligés de se retirer. Saint Genès mourut en paix le 1. er Novembre 677, et eut pour successeur saint Lambert, qu'on avoit chargé

du

gouvernement de l'abbaye de Fontenelle, après saint Vandrille.

Ebroïn, qui avoit marché dans la Neustrie, envoya un ordre pour conduire Léger dans un

bois, où on le laisseroit mourir de faim : on devoit ensuite publier qu'il étoit noyé; mais Vaimer eut pitié de lui, et le fit porter dans sa propre maison. Il fut si touché de ses discours, qu'il lui rendit l'argent qu'il avoit enlevé de l'église d’Autun. Léger le renvoya dans cette ville pour être distribué aux pauvres. Ebroïn, jaloux du pouvoir de Vaimer, chercha les moyens de s'en défaire et lui ôta la vie par un supplice cruel et honteux. Didon subit un semblable traitement; il fut banni et mis à mort quelque temps après laborgia

On traina le Saint par des chemins rudes et difficiles ; en sorte qu'il eut les pieds tout déchirés par les pierres. On lui coupa les lèvres et une partie de la langue , puis on le mit entre les mains du comte Vaneng, qui fut chargé de le garder. Ce seigneur, qui aimoit la religion, le traita comme un martyr de Jésus-Christ, et le plaça dans le monastère de Fécamp, au pays de Gaux, dont il étoit fondateur. Le saint évêque y passa trois ans. Ses plaies se guérirent, et il recouvra l'usage de la parole, ce qui fut regardé comme un miracle. Il instruisoit les religieuses du monastère, offroit tous les jours le saint sacrifice , et prioit continuellement.

Ebroïn, qui s'étoit fait donner par Thierri la dignité de maire du palais, et qui étoit maître absolu de la Neustrie et de la Bourgogne, feignit de vouloir venger la mort de Childéric à laquelle il accusoit faussement saint Léger d'avoir concouru avec Guérin, son frère; il fit paroître les prétendus coupables devant le roi et les seigneurs du royaume, et les accabla de reproches. Le saint évêque se contenta de lui répondre qu'il seroit bientôt dépouillé de la dignité qu'il avoit usurpée. On sépara cependant les deux frères. Guérin

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fut attaché à un poteau", et assommé à coups de pierres. On l'entendoit durant l'exécution répéter ces paroles : « Seigneur Jésus, qui êtes venu » appeler non-seulement les justes, mais encore » les pécheurs , recevez l'ame de votre serviteur, > auquel vous faites la grâce de terminer sa vie * par une mort semblable à celle des martyrs. »

Quant à saint Léger, on différa de le condamner jusqu'à ce qu'il eût été déposé dans un synode. Il profita de cet intervalle pour écrire à Sigrade sa mère , qui étoit pour lors religieuse dans l'abbaye de Notre-Dame de Soissons. Il la félicite sur sa retraite, et la console sur la mort de son fils Guérin, en disant qu'ils ne doivent s'attrister ni l'un ni l'autre de ce qui fait la joie et le triomphe des anges. Il l'entretient de la disposition où il est de souffrir avec courage; et pour empêcher qu'elle ne se laissât aller à quelques sentimens de haine ou de vengeance contre ceux qui le persécutoient, il s'étend sur la nécessité où nous sommes de pardonner à nos ennemis. Jésus-Christ, dit-il, nous ayant donné l'exemple en priant pour ceux qui l'attachoient à la croix, il doit nous être facile d'aimer nos ennemis et nos persécuteurs. Cette lettre , que nous ayons encore, est l'effusion d'un cour brûlant de charité, et orné de toutes les vertus; le style en est vraiment digne d'un martyr prêt à consommer son sacrifice. Quoiqu'il n'y ait d'autre art que celui qu'une tendre charité produit naturellement, elle est pourtant écrite avec esprit , et elle nous fait regretter la perte des discours que le saint évêque prêcha pendant les dix années qu'il gouverna son église en paix.

Enfin, Ebroîn fit conduire Léger dans le palais où s'étoient assemblés quelques évêques qu'il

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