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l'effet des visites célestes dont il étoit favorisé; mais plus il s'humilioit, plus Dieu prenoit plaisir à l'élever au-dessus des autres hommes. Il lui communiqua ces lumières qu'on ne puise point dans les livres , et lui donna cette intelligence sublime qui fait pénétrer les vérités contenues. dans l'écriture, ainsi que les mystères ineffables de la religion. Il lui découyroit l'avenir, et le lui faisoit prédire. François avoit encore

le don des larmes dans le plus haut degré. Ses yeux étoient comme deux fontaines qui couloient sans cesse; en sorte que sa vue en fut considérablement affoiblie. Le médecin lui conseillant de modérer l'abondance de ses larmes, s'il ne vouloit

pas

devenir aveugle , il lui répondit : Mon frère , l'esprit n'a point reçu » la lumière pour la chair, mais la chair

pour

l'es» prit; ainsi le soin de conserver la vue corporelle » ne doit point devenir un obstacle à la lumière » spirituelle ni aux consolations divines. » Sa patience étoit à toute épreuve. Il se soumit avec plaisir à une opération très-douloureuse que les médecins jugèrent nécessaire. Il s'agissoit de lui appliquer un fer rouge au

u-dessus de l'oreille , pour faire sortir des humeurs qui lui causoient une maladie dangereuse (e). Voyant l'instrument entre les mains du chirurgien, il parla de la sorte en s'adressant au feu : « Je vous prie de » me traiter favorablement, et de tempérer votre » chaleur pour que je puisse la supporter. » On lui enfonça le fer chaud depuis l'oreille jusqu'au sourcil, sans qu'il fit entendre la moindre plainte.

Le Saint, dans toute sa conduite, avoit tou

(e) Cette méthode d'opérer étoit en usage avant l'invention des vésicatoires , et même celle des ventouses , encore plus anciennes.

jours son ame intimement unie à Dieu. Il le consultoit dans tout ce qu'il entreprenoit, et il inspiroit les mêmes sentimens à ses frères. Il leur enseignoit sur-tout à faire une grande estime de l'humilité, du renoncement, du recueillement, à solliciter sans cesse l'esprit de prière qui est la source de toutes les grâces, et sans lequel on ne peut opérer le bien. Entre tous les exercices, celui qu'il recommandoit le plus fortement étoit l'oraison mentale. S'il trouvoit quelqu'un attaqué d'une tentation de tristesse ou d'aridité spirituelle, il l'exhortoit à recourir à Dieu avec ferveur, et à se tenir continuellement en sa présence jusqu'au retour des consolations. Il vouloit qu’on dit après les visites extraordinaires du SaintEsprit : « Si c'est vous, Seigneur, qui, par votre » bonté infinie, avez daigné m'accorder cette con» solation, à moi qui suis un pécheur et si peu » digne de vos miséricordes, je vous recommande » la faveur que vous m'avez faite, afin que vous » en conserviez le fruit dans mon cæur. Je trem» ble que ma perversité naturelle ne vous dérobe » votre don et votre trésor. » Lorsqu'il récitoit l'oraison dominicale, c'étoit toujours fort lentement : il éprouvoit un goût singulier de dévotion à chaque demande, et même à chaque mot. La doxologie , Gloire au Père, etc. , étoit une de ses aspirations favorites; il la répétoit très souvent, et il conseilloit aux autres de faire la même chose. Un frère convers lui demandant un jour la

permission d'étudier, il lui dit : « Répétez souvent » la doxologie, Gloire au Père, etc., et vous de» viendrez fort savant aux yeux de Dieu. » Le frère obéit, et fit en peu de temps des progrès rapides dans la vie spirituelle.

Le Saint s'écrioit quelquefois dans les trans

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ports de sa ferveur : « Faites, mon Dieu, que la j douce violence de votre amour me détache de » toutes les choses sensibles, et me consume » entièrement, afin

que je puisse mourir pour ► votre amour infini. Je vous le demande

par >> vous-même, ô fils de Dieu, qui êtes mort pour » l'amour de moi! Mon Dieu et mon tout, qui » êtes-vous, et qui suis-je, sinon un ver de terre? » Je désire vous aimer, Seigneur/ adorable. Je » vous ai consacré mon ame et mon corps avec » tout ce que je suis. Je me porterai avec ar» deur à faire tout ce qui contribuera le plus à » vous glorifier. Oui, mon Dieu, c'est là l'unique » objet de tous mes désirs. » Il exprimoit quel

quefois dans des cantiques ses pieux sentimens, ce qui est arrivé à d'autres Saints. « Je connois, » dit sainte Thérèse (4), une personne qui , sans » être poète, a composé quelquefois sur-le-champ » des stances d'une vraie poésie, dans lesquelles » elle peignoit avec beaucoup de vivacité les pei» nes que lui faisoient souffrir les transports de » l'amour divin, et en même temps les douceurs » ineffables qu'elle goûtoit dans ces peines. » François, dans la sainte ivresse de son amour, ne pouvoit retenir les affections brûlantes de son caur, et plus d'une fois il les rendit dans des termes pleins d'énergie. Tels sont les deux cantiques qu'il composa , et que nous avons encore (f). Il y exprime avec une force et une sublimité surprenantes, la tendresse et la véhémence de l'amour diyin dans son cour, ne connoissant

(4) Voyez sa vie par elle-même , c. 6.

(f) Wadding les a publiés en italien , avec une traduction latine, dans Pédition qu'il a doupée des oeuvres du Saint sous ce titre : B. P. Francisci Assisiatis opuscula ; notis et commentariis asceticis illustrata, etc., Antuerpiæ, 1623 , in-4. Voyez p. 402 et seq. Tome IX.

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d'autre consolation que celle d'expirer d'amour, afin d'être uni pour toujours au grand et unique objet de son amour.

Le zèle dont il étoit dévoré pour le salut des ames n'étoit pas moins ardent. Il avoit coutume de dire à ce sujet , que l'exemple avoit beaucoup plus de force que les paroles; que l'on doit gémir sur le sort de ces prédicateurs qui se prêchentplutôt eux-mêmes qu'ils ne prêchent Jésus-Christ, qui cherchent plutôt les applaudissemens des hommes

que

le salut des ames, et sur-tout sur le sort de ceux qui détruisent par leurs actions ce qu'ils édifient par leur doctrine. Il prioit et pleuroit continuellement pour la conversion des -pécheurs ; il recommandoit à ses religieux d'entrer dans les mêmes sentimens. Plusieurs pécheurs , disoit-il, sont convertis et sauvés par les prières et les larmes des justes ; un simple laïque qui n'est point destiné au ministère de la prédication, ne doit point négliger ce moyen de fléchir la miséricorde divine en faveur des infidèles, ou de ceux qui vivent dans le désordre. Telles étoient sa compassion et sa charité pour les pécheurs , que non content de ce qu'il faisoit et souffroit pour eux en Italie, il résolut d'aller prêcher l'évangile aux Mahometans et aux autres peuples, qui étoient plongés dans les ténèbres de l'infidé lité, dût-il lui en coûter le sacrifice de sa vie.

Dans la vue de suivre ce que lui inspiroit son zèle , il s'embarqua pour la Syrie; mais une violente tempête le jeta sur la côte de Dalmatie. Se voyant dans l'impossibilité d'aller plus loin, il fut forcé de revenir en Italie. En 1214, il partit pour Maroc, dans le dessein d'aller annoncer l'évangile au Miramolin et à ses sujets, qui professoient le mahométisme (8). Quoiqu'il fût extrêmeinent

(8) Les premiers rois mahométans d’Afrique portoient le

foible, son zèle le faisoit marcher à grands pás, et il dévançoit toujours ceux qui l'accompa gnoient : mais Dieu le retint en Espagne par une maladie, ce qui , joint à divers autres accidens et aux affaires de son ordre, l'empêcha de passer en Afrique. Il opéra plusieurs miracles en Espagne, et y fonda quelques maisons pour ses disciples; après quoi, il revint en Italie par le Languedoc. Nous rapporterons plus bas de quelle manière il passa en Syrie et en Egypte.

Cependant son zèle ne restoit point oisif; il travailloit sans cesse à faire glorifier Dieu parmi tous les Chrétiens , et sur-tout parmi ses frères. Il parcouroit les villes et les villages pour' ihtstruire et porter à l'amour de la vertu. « Com» mençons à servir Dieu, disoit-il souvent à ses » frères; nous avons fait jusqu'ici bien peu de » progrès. » Effectivement, il n'y a point d'homme qui arrive à la perfection dans cette vie, et le plus parfait est celui qui tend chaque jour avec de nouveaux efforts à la perfection. Lorsque le Saint parloit de la pénitence, il répétoit souvent avec une ferveur et une onction admirables, les paroles suivantes : Mon amour est crucifié, voulant faire entendre par-là que Jésus-Christ ayant été crucifié, nous devons crucifier notre chair.

Le nouvel ordre, cependant, acquéroit chaque jour plus de célébrité. Ceux qui le composoient étoient connus sous le nom de Frères mineurs, et c'étoit leur saint fondateur qui le leur avoit donné par humilité, afin qu'ils se rappelassent sans cesse qu'ils devoient se regarder comme les derniers des hommes. Plusieurs villes voulurent avoir dans leur enceinte de ces hommes animés nom de Miramolins. Il signifie chef des croyans ou roi de plusieurs nations. Voyez Chalippe , p. 82 , édit. in.4..

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