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de l'esprit de François : de là, les couvens de Cortone, d’Arezzo, de Vergorète, de Pise, de Bologne, de Florence, etc. En moins de trois ans, le Saint comptoit déjà soixante maisons où l'on suivoit son institut.

Il donna l'habit à sainte Claire, en 1212, et il la dirigea dans l'institution des vierges, dites du second ordre de saint François. Ces vierges s'étant rassemblées dans le monastère de Saint-Damien, à Assise, il en prit la conduile; mais il ne voulut jamais permettre à ses religieux, tant qu'il vécut, de diriger aucun monastère de filles. Le cardinal Hugolin , cependant, qui étoit le protecteur de l'ordre , se montra moins difficile sur ce point. François ne portoit la sévérité si loin, que pour conserver plus sûrement la pureté du cæur dans ses frères. Un de ceux-ci ayant été chargé par le cardinal protecteur de visiter un monastère de filles, le Saint lui fit prendre des précautions qui annonçoient combien il craignoit la moindre souillure. Le même esprit animoit un saint prêtre de ses disciples qu'il avoit envoyé en Espagne.

Celui-ci étoit à la tête de plusieurs frères qui l'avoient accompagné dans ce royaume. Ils étoient tous tellement respectés pour leurs vertus, que la princesse Sancia, sæur d’Alphonse II, alors roi de Portugal , leur donna son palais d'Alenquer pour qu'ils y fondassent un couvent de leur ordre. Une dame d'honneur de cette princesse pria le saint prêtre de venir lui parler à l'église , voulant s'entretenir avec lui de l'état de sa conscience. Ce qu'elle demandoit lui ayant été refusé, elle fondit en larmes , et jeta des cris de désespoir. Le saint prêtre, informé de ce qui se passoit, vint la trouver, tenant d'une main une poignée de "paille, et de l'autre un flambeau allumé. Lorsqu'il

fut en sa présence, il mit le feu à la paille, en lui disant : «Quoique nous ne devions nous entretenir » que de sujets de piété, si cependant un reli» gieux converse fréquemment avec les femmes, » il est à craindre que ce commerce ne produise » sur son cœur le même effet que le feu vient de

produire sur cette paille; au moins perdra-t-il » par-là le fruit que l'on retire en conversant » avec Dieu dans la prière. » Mais malgré la répugnance que François avoit de permettre à ses religieux de diriger les femmes, plusieurs maisons de Clarisses en obtinrent cependant; ce qui devint ensuite plus commun, sur-tout après la mort du Saint.

Dix ans après l'institution du nouvel ordre, c'est-à-dire, en 1219, François tint le fameux chapitre général dit des Nattes , parce que les religieux qui y assistèrent furent logés sous des cabanes formées avec des nattes dans la campagne, autour du couvent de la Portioncule. Nous apprenons

de saint Bonaventure et de quatre compagnons du Saint, qu'il s'y trouva cinq mille religieux; il en étoit resté un certain nombre dans chaque couvent. Plusieurs de ceux qui composoient le chapitre ayant prié le saint fondateur de leur obtenir du pape la permission de prêcher partout , indépendamment de l'approbation des évêques diocésains, il leur dit avec émotion : « Quoi ! mes frères, vous ne connoissez pas

la » volonté de Dieu ? Il veut que nous gagnions » d'abord les supérieurs par

le

respect et l'humi» lité; nous gagnerons ensuite les peuples à Dieu » par nos discours et nos exemples. Quand les

évêques verront que vous vivez saintement, ils » vous prieront eux-mêmes de travailler au salut » des ames confiées à leurs soins. Que votre pri

» vilège singulier soit de n'avoir aucun privilége a particulier qui puisse vous enfler d'orgueil, et » faire naître des contestations, »

Il avoit envoyé quelques-uns de ses religieux en Allemagne, dans l'année 1216; mais ils y avoient eu peu de succès. Après le chapitre dont nous venons de parler, il en envoya dans la Grèce, en Afrique, en France, en Espagne et en Angleterre, et ils furent reçus par-tout comme de vrais serviteurs de Dieu ; mais avant de se séparer d'eux, il leur donna diverses instructions sur la manière dont ils devoient se conduire. Il réserva pour lui la mission de Syrie et d’Egypte, dans l'espérance d'y trouver la couronne du martyre. Les affaires de son ordre l'obligèrent cependant de différer son départ. - Les ordres de saint François et de saint Dominique avoient été approuvés verbalement par le pape Innocent III, qui mourut en 1216, après avoir siégé dix-huit ans (h); mais Honorius III, successeur d'Innocent, approuva celui de saint Dominique par deux bulles, en date du 22 Décembre de la même année. Ce pape ayant autorisé les missions du Saint, il s'embarqua à Ancône, avec onze de ses religieux, en 1219. La naviga

(h) Innocent III s'est rendu célèbre par de grandes actions, par des lettres savantes et par des traités de piété. Quelques auteurs lui attrbuent la prose, Veni , Sancte Spiritus. Ce fut par son autorité que s'assembla le quatrième concile de Latran en 1215. On y fit 70 canons de discipline qui sont très-fameux dans le droit. Il est ordonné par le vingt-unième de se confesser une fois l'an, et de communier à Paques, Le vingt-deuxième enjoint aux médecins, sous peine d'être privés de l'entrée de l'église , d'avertir les inalades de faire venir leur confesseur avant de leur prescrire des remèdes. Le trentième défend d'établir de nouveaux ordres religieux ; défense qui n'otoit pas au pape la liberté d'en approuver quelques-uns de ceux-ci , lorsqu'il jugeroit avoir de fortes raisons pour le faire.

tion fut heureuse, et l'on vint mouiller à l'ile de Chypre. On remit à la voile au bout de quelques jours, et on alla débarquer au port de Ptolémaïde ou d'Acre, dans la Palestine. Les Chrétiens qui formoient la sixième croisade , assiégeoient alors la ville de Damiète, en Egypte. Le soudan de Damas et de Syrie, soutenu d'une armée nom : breuse que lui avoit amenée Méledin, soudan d'Egypte ou de Babylone (i), tenoit à son tour les Chrétiens assiégés dans leurs retranchemens. Ce fut sur ces entrefaites que François , accompagné du frère Illuminé, arriva au camp des croisés. Il fit tous ses efforts pour les dissuader d'en venir aux mains avec les infidèles ,

parce qu'il prévoyoit la défaite des premiers, ainsi que nous l'apprenons de trois de ses compagnons, et de plusieurs auteurs (5); mais on ne voulut point écouter ses conseils. Les Chrétiens s'en repentirent bientôt; étant sortis de leurs retranchemens pour combattre, ils furent repoussés avec perte de six mille hommes. Ils continuèrent cependant toujours le siège de la ville, et s'en rendirent enfin les maîtres.

Pendant que les deux armées étoient en présence, François , emporté par l'ardeur de son zèle, , passa dans le

camp

des Sarrasins, sans craindre les dangers auxquels il s'exposoit. Les coureurs des infidèles l'ayant arrêté, il leur cria : « Je suis chrétien, menez-moi à votre maitre. » Il fut effectivement mené devant le soudan, qui lui demanda ce qui l'avoit fait passer dans son

(i) On le nomioit soudan de Babylone, à cause de la ville de ce nom. Elle étoit vis-à-vis de Memphis , près du Nil, et c'est de ses ruines que s'est formé le grand Caire. (3) Voyez S. Bonav. Vit. S. Fr. e. 9; Jacques de Vitri ,

Occid. c. 37, et ep. ad Lothar. et Maria Sanut. Seeret. Vid. Cruc. l. 3, part. i , c.7, 8.

Hi

mais par

camp. « Je suis envoyé, lui dit François avec intrépidité, non par les hommes, le Dieu », très-haut , pour vous montrer à vous et à votro » peuple la voie du salut, en vous annonçant les » vérités de l'évangile. » Cette fermeté étonna le soudan ; il prit des sentimens plus humains , et invita François à rester auprès de lui; mais l'homme de Dieu lui fit cette réponse : « Si vous » voulez, vous et votre peuple, écouter la parole » de Dieu, je consens volontiers à rester avec » vous; mais si vous balancez entre Jésus-Christ » et Mahomet, faites allumer un grand feu, dans » lequel j'entrerai avec vos prêtres , afin que vous » voyiez quelle est la vraie religion. » Le soudan répondit qu'il ne croyoit pas qu'il y eût aucun prêtre de sa loi qui voulût accepter ce défi, ni s'exposer aux tourmens pour sa religion; qu'il craignoit d'ailleurs qu'il ne s'élevât quelque sédition. Il offrit au Saint plusieurs présens , qui furent tous refusés. Quelques jours après, il le fit conduire sous bonne escorte au camp des croisés devant Damiète, de peur que ses discours ne fissent impression sur les Mahometans , et ne les convertissent au christianisme. Il lui dit en le quitttant : « Priez pour moi , afin que Dieu me » fasse connoître la vraie religion , et me donne » le courage de l'embrasser. » Depuis ce temps-là le soudan se montra plus favorable aux Chrétiens, et il s'est même trouvé des auteurs qui ont prétendu qu'il avoit reçu le baptême quelque temps avant sa mort.

François revint en Italie par la Palestine : il apprit à son retour que les cinq missionnaires qu'il avoit envoyés prêcher l'évangile aux Maures,

la couronne du martyre dans le royaume de Maroc (6); mais la joie que lui causa

(6) Voyez ce que nous avons dit d'eux sous le 16 Janvier.

avoient reçu

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