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cette nouvelle fut troublée à la vue des abus qui s'étoient introduits dans son ordre. Ils avoient pour auteur Elie , que le Saint avoit établi vicaire général, et auquel il avoit remis son autorité en partant pour l'Orient. Ce religieux infidèle avoit oublié la sainteté de son état; de la plusieurs nouveautés et diverses mitigations auxquelles il ne s'étoit point opposé, et qu'il avoit même confirmées par son exemple. Le Saint le déposa , et le priva de son office. S'étant démis du généralat en 1220, il fit élire ministre général Pierre de Cortone, qui étoit un religieux distingué par sa régularité. Elie fut rétabli après la mort de celui-ci, qui arriva en 1221 (k); mais Pierre de Cortone et Elie son successeur , par respect pour le Saint, ne prirent, tant qu'il vécut, que le titre de vicaires généraux. D'ailleurs, son autorité avoit tant d'influence, que c'étoit toujours lui qui, à pro

(k) Elie de Cortone avoit de la science et de la capacité ; mais il étoit ambitieux , et se conduisoit par les vues de la prudence du siècle. Il en avoit imposé à saint François par son hypocrisie , et il trouva le moyen d'être continué vicaire général jusqu'à sa mort. Il fut ensuite élu ministre général, et sollicita en cette qualité la canonisation du bienheureux François : mais il fit bâtir , contre l'esprit de sa règle, une église magnifique à Assise , dans laquelle fut déposé le corps du saint fondateur. Il introduisit dans son ordre l'usage de l'argent, les distinctions, la pompe et le faste. La science et les avantages estimés dans le monde attirèrent toute son attention , et il ne marqua bientôt plus que du mépris pour les pratiques de l'humilité et de la pauvreté. Ces abus rendirent en peu de temps son ordre méconnoissable. Saint Antoine de Padoue et Adam de Marisco lui en firent inutilement des reproches. Les choses en vinrent á un point que le pape Grégoire IX crut devoir le déposer en 1230. Il fut réélu général six ans après ; mais il ne changea point de conduite , et le même pape le déposa de nouveau ; et l'excommunia. Il remplit son ordre de troubles avant et après cette déposition. Il rentra cependant en lui-même, et mourut dans de vifs sentimens de pénitence en 1253. On ne vit revivre parfaitement l'esprit de l'ordre , que quand saint Bonaventure en eut été élu général. Voyez Hélyot , t. VII; Chalippe , Fleury, etc.

prement parler, gouvernoit tout l'ordre. En 1223, le Saint obtint du

pape

Honorius III la confirmation de la célèbre indulgence accordée peu de temps auparavant à l'église de la Portioncule (1).

Nous avons observé que son ordre n'avoit été approuvé que verbalement par

le
pape

Innocent III en 1210. Cinq ans après, il avoit reçu une

(9) Cette église , éloignée du tumulte, étoit le lieu où saint François alloit prier par préférence, et il en célébra la dedicace avec beaucoup de solennité. Un jour qu'il y prioit avec une grande ferveur, il eut une vision dans laquelle JésusChrist lui dit de s'adresser au pape , qui accorderoit une indulgence plénière à tous les vrais pénitens qui visiteroient cette église. Après cette vision, arrivée en 1221, il alla trouver le pape Honorius III, qui étoit alors à Pérouse, et qui accorda verbalement l'indulgence. En 1223, sur les instances réitérées de François, Honorius nomma sept évêques pour aller la publier à la Portioncule. Plusieurs certificats authentiques , tant de ces évèques que de quelques compagnons du Saint, attestent l'existence de cette indulgence, ainsi que la déclaration faite par le Saint, de la vision dont nous venons de parler. Il est rapporté de plus que François apprit, par révélation, que Jésus-Christ avoit ratifié lui-même la concession de l'indulgence. On peut voir sur ce sujet la dissertation que le P. Chalippe a jointe à la vie de saint François, et le P. Suyskens, Analecta de gloriâ postumâ S. Francisci , S. 11, p. 915.

L'indulgence, obtenue primitivement par le Saint, est attachée au 2 Août, et à la seule chapelle de la Portioncule qui est présentement au milieu de la grande église , à laquelle elle a donné son nom. En 1695, le pape Innocent XIl ac. corda une indulgence plénière à tous ceux qui visiteroient un jour de l'année, avec les dispositions requises ; l'église bâtie autour de cette chapelle. L'indulgence du jour de la dédicace de la chapelle de la Portioncule, qui est le 2 Août, a été étendue à toutes les églises et à toutes les chapelles de l'ordre par les papes Alexandre IV, Martin IV, Clément V, Paul III et Urbain Vill. Voyez Amort, Hist. Indulg. Gronwels , definitor recollectorum Germaniæ inferioris , Hist. crim tica Indulgentiæ Portionculæ, an. 1721; Marentinus , Dissert. de Indulgentià Portiunculæ vindicandâ , Venetiis ,, 1760 ; Benoît XIV, 1. 13, de Syn. diæces. c. 18, et lib. de Canoniz. SS.; le P. Benoît Picart, Capucin, A pologie de l'histoire de l'indulgence de la Portioncule , Toul., 1714, in-19.

semblable approbation du quatrième concile de Latran, auquel François s'étoit adressé : il est vrai qu'on ne trouve rien touchant cette particularité dans les actes du concile; mais on ne doit pas en être surpris , puisqu'il n'y eut qu'une déclaration verbale. Le Saint, ayant retouché sa règle, qui ne respiroit partout que la plus profonde humilité et le plus parfait renoncement au monde, la presenta au pape Honorius III, qui la confirma par une bulle datée du 20 Novembre 1223 (m). Le doyen du sacré collége ayant invité

(m) Le nouvel ordre reçut de grands priviléges de plusiears papes, et notamment de la bulle Mare magnum , publiée par Sixte IV, en 1474. Léon X étendit ces priviléges , en 1519, à tous les autres ordres mendians.

Le premier ordre de saint François , qui a donné à l'église quarante-cinq cardinaux et cinq papes (Nicolas IV, Alexandre V, Sixte IV, Sixte V, Clément XIV), se divise en religieux conventuels et en religieux de l'observance. L'origine des conventuels remonte au temps d'Elie dont nous avons parlé ; peu de temps après la mort de notre Saint, ils obtinrent de leurs généraux, et ensuite des papes, la permission de recevoir des rentes et des fondations. On les appela conventuels, parce qu'ils vivoient dans de grands couvens, au lieu que ceux qui suivoient la règle dans toute sa pureté, demeuroient dans des ermitages ou dans des maisons basses et pauvres ; et ce fut ce zèle pour la règle qui les fit appeler Observantins ou Pères de l'observance régulière. On donnoit principalement ce nom à ceux qui suivoient la réforme établie conformément à leur institut primitif, et dont saint Bernardin de Sienne fut l'auteur en 1419.

Les réformes de cet ordre s'étant multipliées, Léon X, en 1517, les réduisit toutes à une , sous la dénomination de Franciscaios réformés, et perroit à chacune d'avoir son général.

Les Observantins de France ont été appelés Cordeliers , de la corde qui leur sert de ceinture.

Parmi les Observantins, quelques réformes plus sévères se sont maintenues, malgré l'union faite par Léon X, ou se sont établies depuis. On appelle ceux-ci Observantins de l'étroite observance; on distingue parmi eux les Franciscains chaussés d'Espagne, sur lesquels on peut voir la vie de saint Pierre d'Alcantara ; on les appelle en Italie Franciscains réformés. Ils forment une congrégation distincte, qui est

François à faire un discours en cette occasion, en présence du pape et des cardinaux, il parla sur-tout florissante en Espagne. Ils ont plusieurs couvens en Italie, dont un est à Rome sur le Mont-Palatin. Ils en ont au Mexique, dans les îles Philippines, etc.

La réforme dite des Récolets fut établie en Espagne dans l'année 1500, par le Père Jean de Guadalupe; elle fut reçue en Italie en 1525 , et en France en 1584. Le nom de colets fut donné à ces religieux , parce qu'ils vivoient dans des couvens solitaires, et qu'ils faisoient une profession plus spéciale de la pratique de la retraite et du recueillement,

La réforme des Capucins fut établie en Toscane en 1525, par Matthieu Baschi d'Urbain. On ne peut, comme l'ont fait quelques auteurs , l'attribuer à Bernardin Ochin, qui n'entra dans l'ordre qu'en 1534. Celui-ci devint un célèbre prédicateur, et fut élu général de son ordre ; mais il apostasia depuis et embrassa le lutheranisme. Il prêcha la polygamie par ses discours et son exemple, et mourut misérablement en Pologne, après s'être rendu l'objet de l'indigoation publique par l'horrible corruption de ses mæurs.

Les Capucins ont une pièce sur le derrière de leur habit, comme saint François le recommande dans son testament. Ils portent la barbe longue , au lieu que saint François, selon Wadding , Chalippe , etc. la portoit extrêmement courte. La réforme des Capucins fut approuvée par Clément VII en 1528. Les Capucins et les Récolets portent un habit de cou. leur brune; mais celui des Cordeliers conventuels est noir. Le couvent d’Assise, où saint François est enterré, appartient aux Conventuels.

Le second ordre de saint François est celui des pauvres arisses, sur lesquelles on peut consulter la vie de sainte

aire. Sainte Isabelle, sæur de saint Louis, ayant obtenu : a pape Urbain IV, en 1263, la permission d'assigner des revenus fixes aux religieuses de sainte Claire qu'elle avoit fondées à Longchamp près de Paris, on donna le nom d'Urbanistes à celles qui reçurent la bulle du souverain pontife. Les autres furent appelées pauvres Clarisses. La B. Colette Boilet introduisit une réforme austère dans plusieurs maisons de ces dernières.

La réforme des Capucins fut commencée à Naples, 1558, par la vénérable mère Marie-Laurence Longa. La duchesse de Mercour les établit à Paris en 1602.

Le couvent de l'Ave-Maria de Paris étoit du troisième ordre de saint François; mais les religieuses qui le composoient ayant renoncé à leurs revenus en 1485, elles embrassèrent la réforme de sainte Claire, et elles surpassent en austérité toutes les autres réformes du même ordre. Voyez du Breuil , Antiquités de Paris, etc.

en

avec tant de force, d'énergie et de dignité, que toute l'assemblée en fut singulièrement touchée.

Les religieuses de l'Immaculée Conception de la sainte Vierge furent fondées à Tolède, en 1484, par la vénérable Beatrix de Sylva , et le pape Innocent vill approuva leur institut en 1489. Le célèbre cardinal Ximénès, qui étoit lui-même Franciscain, les unit aux Clarisses , dont elles adoptèrent la règle, mais avec certaines mitigations. Le pape Jules II donna en 1511 une règle particulière aux Conceptionistes, en les laissant toujours cependant incorporées aux Clarisses.

Le troisième ordre de saint François fut institué par le Saint lui-même en 1221 , à Poggi-Bouzi, en Toscane, et à Carnerio , dans la vallée de Spolette. Il étoit pour les personnes de l'un et de l'autre sexe engagées dans le monde et même dans le mariage , lesquelles s'assujétissoient à certaines pratiques de piété compatibles avec leur état, mais dont aucune n'obligeoit sous peine de péché. Ces exercices n'étoient que des règles de conduite qui n'emportoient ni ræu, ni obligation. Les Dominicains, les Augustins, les Carmes, les Minimes et les Servites , imitèrent cet institut. Après la mort de saint François , plusieurs personnes de ce troisième ordre se sont réunies en communauté en différens temps et en différens lieux; elles ont gardé la clôture , et ont fait les vaux solennels de pauvreté, de chasteté et d'obéissance. Elles regardent comme leur fondatrice sainte Elizabeth de Hongrie, duchesse de Thuringe, qui mourut en 1231. Cet institut contient des personnes de l'un et de l'autre sexe , qui se divisent en plusieurs branches, dont quelques-unes se consacrent au service des malades dans les hôpitaux.

Les religieuses appelées en Flandre Sæurs grises, portoient anciennement un habit gris; elles ont quitté cette couleur en quelques endroits, pour y substituer le blanc, le noir, ou le bleu foncé. Elles font dans quelques maisons les veux solennels de religion; mais communément elles s'en tiennent aux væux simples de pauvreté, d'obéissance et de chasteté.

Les religieuses de ce troisième ordre, qu'on appelle Pén nitentes , furent instituées à Foligni , en 1397 , par la B. Angèle , comtesse de Civitella, et elles sont en fort grand nombre. Il y a dans les Pays-Bas une réforme de cet institut, qui prend le nom de Récolectines.

Les religieux du troisième ordre de saint François , qui se consacrerent au service des fous et des autres malades, ne font pour la plupart que les væux simples de chasteté, de pauvreté et d'obéissance aux évêques dans les diocèses desquels ils sont établis, en y ajoutant celui de servir les maJades. Ils observent la troisième gle de saint François , et

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