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François, ayant quitté l'Egypte pour retourner en Italie, avoit renoncé à la mission de Maroc, vivent dans les hôpitaux ou dans des sociétés qu'ils appellent familles. Tels sont en Espagne les Minimes infirmiers , nommés aussi Obrégons, de Bernardin Obregon, gentilhomme de Madrid , qui fut leur fondateur, et en Flandre, les BonsFieux vu Bons-Fils, que cinq marchands remplis de piété fondèrent à Armentières, à Lille, etc.

Il y a en quelques lieux des religieux appelés Pénitens du tiers-ordre , qui s'occupent de l'instruction du peuple, et des autres fonctions du ministère , comme les Frères mineurs. On distingue parmi eux la congrégation dite de Picpus. Elle fut instituée par Vincent Mussart, Parisien, en 1595. Les premiers membres de cette congregation étoient des séculiers du tiers-ordre, de l'un et de l'autre sexe, qui s'assembloient ensemble. Leur premier monastère fut érigé à Franconville, village situé entre Paris et Pontoise. Le second dont ils ont pris le nom, est dans un lieu nommé Picpus, au foubourg de Saint-Antoine à Paris. Ils ont en France plus de soixante monastères qui forment quatre provinces. Voyez Hélyot, t. VII; l'Hist. des Ordres monastiques, en italien , par Bonnani; Chalippe, etc.

Les frères mineurs eurent des établissemens considérables en Angleterre. Saint François y envoya, en 1919, Ange de Pise avec huit autres de ses religieux. Ils arrivèrent tous à Douvres en 1220, et fondèrent un couvent à Contorbéry; peu de temps après, ils en fondèrent un autre à Northampton, qui devint fort célèbre. Celui qu'ils avoient à Londres, près de Newgate, fut fondé, en 1306, par la reine Marguerite, seconde femme d'Edouard I. Il y avoit une magnifique bibliothèque qui avoit été donnée aux religieux, en 1429, par sir Richard Whittington, alors maire de Londres. Lorsqu'on eut détruit les monastères, on fit de celui dont nous parlons un hôpital où l'on élève quatre cents enfans dits Enfans, bleus.

Les Franciscains avoient en Angleterre environ quatre-vingts couvens , indépendamment de ceux de femmes de leur ordre qui, selon Tanner, n'étoient pas fort nombreux. La principale maison des Clarisses étoit près d’Aldgate; elle fut bâtie pat Blanche, reine de Navarre , et par Edmond son mari, qui étoit fils de Henri III , frère d'Edouard I, et comte de Lancaster, de Leicester et de Darby. Ces Clarisses étoient du nombre de celles qu'on appeloit Urbanistes. Outre le nom de Clarisses , on leur donnoit encore celui de Minoresses. On appeloit leurs couvens minories. Lors de la destruction des monastères , celui des Clarisses dont il s'agit ici fut changé en un magasin d'armes. Son nom est resté à la partie de la ville où il étoit, et on l'a donné aux nouveaux édifices qui

qu'il avoit projetée en 1213. Ce fut dans ce tempslà que

le comte Orlando Catanio lui donna une agréable solitude sur le Mont-Alverne , qui fait partie de l'Appennin, et qui est peu éloigné de Camaldoli et de Vallombreuse. On y bấtit un couvent et une église aux dépens du comte , qui s'estimoit heureux de pouvoir donner par-là une preuve de sa vénération pour le serviteur de Dieu. François aima toujours beaucoup depuis cette solitude. Il se plaisoit aussi singulièrement dans s'étendent jusqu'à la campagne. Voyez Stow dans sa Des. cription de Londres , et Maitland dans son Histoire et ses Antiquités de la même ville.

Si l'on veut bien connoître l'état florissant dont jouissoient les Franciscains en Angleterre , et le nombre de grands. hommes qu’y produisit leur ordre , on peut voir la bonne histoire de la province anglaise de ces religieux ; le P. Davenport , dans son Supplem.'historiæ provinciæ Anglicanæ , et Stevens , Monasticon. Anglic. t. I, p. 89, et seq.

Cette ancienne province fut rétablie par le P. Jean Jenpings , qui jeta les fondemens du célèbre couvent des Franciscains à Douai, vers l'an 1617. De tous les religieux de cet ordre qui ont fait revivre en eux l'esprit de saint François dans ces derniers temps, il en est peu qui aient égalé le vénérable P. Paul de Sainte-Magdeleine, ou Henri Heart , comme on peut s'en convaincre par la lecture de sa vie et par celle de ses pieux écrits. Il mourut à Londres pour la foi, le 27 Avril 1645.

Selon les PP. Hélyot , t. VII, et Chalippe, il y a plus de sept mille couvens de Franciscains du premier et du tiersordre , et près de cent vingt mille religieux dans ces maisons. Les mêmes auteurs comptent, y comprises toutes les branches du second et du tiers-ordre, plus de neuf mille monastères de Franciscains , et vingt-huit à trente mille religieuses soumises aux supérieurs de l'ordre de saint, François, indépendamment de celles qui sont soumises aux évêques diocésains. Leur' nombre étoit beaucoup plus considérable avant la destruction des monastères en Angleterre et dans les royaumes du nord. Sabellicus comptoit en 1380 quinze cents maisons de Franciscains , et quatre-vingt-dix mille religieux

L'office de général, dans l'ordre de saint François, étoit anciennement perpétuel ; mais il ne se donne plus que pour bix ans depuis 1506. Voyez Hélyot, Bonnani, et l'histoire abrégée des Ordres religieux , imprimée à Amsterdam.

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celle de la vallée de Fabriano, et il s'y retiroit souvent. Il y reçut plusieurs grâces extraordinaires qu'il cachoit aux hommes avec grand soin. Nous lisons dans saint Bonaventure et dans les autres historiens de sa vie, qu'on le vit souvent élevé de terre dans la prière; le P. Léon, son secrétaire et son confesseur , assure qu'il le vit luimême plusieurs fois tellement élevé, qu'il ne pouvoit atteindre qu'à ses pieds , qu'il tenoit fondant en larmes. Il ajoute qu'il le vit d'autres fois élevé beaucoup plus haut (7).

Vers la fête de l'Assomption de la sainte Vierge de l'année 1224, François se retira dans le lieu le plus solitaire du Mont-Alverne, où ses compagnons lui préparèrent une petite cellule (n). Il retint le P. Léon avec lui : mais il déclara en même temps qu'il ne verroit nulle autre personne avant la fête de saint Michel. C'étoit alors un de ses carêmes dont nous avons parlé, il vouloit le passer entièrement dans les exercices de la contemplation. Il dit à Léon de lui apporter tous les soirs un peu de painet d'eau, et de le laisser à l'entrée de sa cellule. « Quand vous viendrez pour ma» tines, ajouta-t-il, n'entrez point; dites seule» ment à haute voix : Domine, labia mea ape» ries. Si je réponds, et os meum annuntiabit

(7) Voyez les vies de saint Philippe de Néri, de sainte Thérèse , etc. Voyez aussi le P. Chalippe, dans la vie de saint François.

(n) Le Mont-Alverne est près de Borgo di San-Sepulcro ville épiscopale qui étoit anciennement soumise au pape , qui appartient présentement au grand-duc de Toscane. Elle est à 50 milles de Florence, et sur les frontières de l'état ecclésiastique. On a laissé subsister l'ancienne chapelle de SaintFrançois , par respect pour ce Saint ; mais on a bâti auprès une nouvelle église , avec un couvent auquel plusieurs papes ont accordé de grands priviléges. La dévotion y attire un nombreux concours de pélerins.

et

b laudem tuam, vous entrerez, sinon vous vous re» tirerez. » Le pieux disciple exécuta ponctuellement ce qui lui étoit prescrit. Il étoit souvent obligé de s'en retourner, parce que le Saint étant en extase n'entendoit point sa voix. Un jour qu'il ne lui répondoit point, il eut la curiosité de regarder par quelques ouvertures qui se trouvoient à la porte. Il le vit prosterné à terre, et environné d'une lumière éclatante. Il l'entendit répéter souvent ces paroles : « Qui suis-je, ô mon Dieu et » mon très-doux Seigneur? Et qui suis-je moi? Un » vermisseau, et votre indigne serviteur. » François dit depuis à Léon que rien ne lui avoit fait connoître plus parfaitement son néant que

la contemplation de l'abîme des perfections divines , et que la connoissance qu'on a de soi-même est proportionnée à celle qu'ona de la bonté, de la grandeur et de la sainteté de Dieu. Les visions et les communications du Saint-Esprit lui étoient familières ; mais il n'en fut jamais plus favorisé que dans sa retraite sur le Mont-Alverne. Ce fut là qu'il mérita

par

son humilité et son ardent amour pour Jésus crucifié, de recevoir sur l'impression des cinq plaies de Notre-Seigneur.

« Vers la fête de l'Exaltation de la sainte Croix (8), François étant le matinen priè res du côté de » la montagne, s'élevoit à Dieu par l'ardeur séra

phique de ses désirs , et se transformoit par les » mouvemens d'une compassion tendre et affec» tueuse, en celui qui par l'excès de sa charité » voulu être crucifié pour nous. Il vit comme un

séraphin, ayant six ailes éclatantes et toutes de » feu, qui descendoit vers lui du haut du ciel. Ce

(8). Voyez Chalippe qui ne fait que traduire saint Bopaventure, et dont nous adoptons la traduction presque sans aucun changement. Tome IX.

O *

son corps

a

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séraphin vint d'un vol rapide se placer dans » l'air auprès de lui. Entre ses ailes paroissoit la » figure d'un homme crucifié , qui avoit les mains » et les pieds étendus et attachés à une croix. Ses » ailes étoient disposées de manière qu'il en avoit » deux sur la tête, qu'il en étendoit deux

pour » voler , et qu'il se couvroit tout le corps avec les » deux autres. A ce spectacle, François fut ex» traordinairement surpris , une joie mêlée de tris» tesse remplit son cæur. La présence de Jésus» Christ, qui se montrait à lui, sous la figure d'un >> Séraphin, d'une manière si merveilleuse et si » tendre, lui causoit une joie inexprimable; mais vice douloureux spectacle de son crucifiement le

pénétroit d'une vive compassion , et il en avoit » l'ame transpercée comme d'un glaive. Réflé» chisssant que l'état des souffrances ne pouvoit » convenir à l'immortalité d'un séraphin, une lu»mière intérieure lui découvrit que l'objet de » cette vision étoit de lui faire comprendre que » c'est moins le martyre de la chair que le feu » de l'amour qui transforme en une parfaite res..) semblance avec Jésus-Christ crucifié. Après un » entretien secret et familier, la vision disparut; » mais son ame resta embrasée d'une ardeur sé> raphique, et son corps fut extérieurement mar» qué d'une figure semblabled celle d'un crucifix, -» comme si sa chair, amollie et fondue par le feu, » avoit reçu l'impression d'un cachet; car aussi» tôt les marques des clous commencèrent à pa» roître dans ses mains et dans ses pieds, telles » qu'il les avoit vues dans l'image de l'homme » crucifié. On vit ses pieds et ses mains percés de » clous dans le milieu : les têtes des clous, ron» dęs et noires, étoient au-dedans des mains et » au-dessus des pieds; les pointes , qui étoient un

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