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» peu longues , et qui paroissoient de l'autre » côté, se recourboient, et surmontoient le reste » de la chair dont elles sortoient. François avoit » aussi à son côté droit une plaie rouge , comme » s'il eût été percé d'une lance; cette plaie jetoit » souvent du sang qui trempoit sa tunique et ce > qu'il portoit sur les reins (o). >> François prit le plus grand soin

pour

dérober à la connoissance des hommes ce qui s'étoit passé on lui. Il s'enveloppoit les mains, et portoit une chaussure qui empêchoit qu'on ne vit ses pieds (p). Il s'adressa cependant au frère Illuminé, et

() Saint Bonaventure, duquel est tirée cette histoire des stigmates de saint François , appelle cicatrice la plaie de son côté ; ce qu'il entend non d'une cicatrice fermée, mais d'une cicatrice ouverte , et il l'a décrite comme telle d'après le témoignage de ceux qui la virent lorsque le Saint fut mort. t Voyez saint Bonaventure , c. 13, 14, 15) Elle est d'ailleurs représentée comme une plaie qui jetoit souvent du sang; circonstance qui ne peut convenir à une cicatrice qui auroit été fermée. Voyez le P. Chalippe, qui relève solidement les fautes dans lesquelles Baillet est tombé par rapport à cet article de la vie de saint François.

Le miracle dont il s'agit s'opéra tandis que l'entendement da Saint étoit frappé vivement de l'idée de Jésus-Christ crucifié, et que l'amour appliquoit fortement les affections de sa volonté à ce grand objet , en lui faisant désirer d'être conforme à son bien-aimé dans cet état de souffrance. Il put donc se former dans son imagination un second crucifix, d'où il résulta une impression puissante sur son corps. Quant aux marques des plaies du Sauveur imprimées sur sa chair elles eurent un autre principe. Le Séraphin, ou plutôt JésusChrist lui-même qui s'apparut à lui dans la vision, forma extérieurement sur son corps, par les rayons pénétrans qui sortoient de ses plaies, ce que l'amour avoit intérieurement imprimé dans son ame. Cette explication est de saint François de Sales. Tr. de l'amour de Dieu.

(p) Wadding vit dans le monastère des Clarisses d'Assise cette espèce de chaussure que sainte Claire avoit faite pour François, et cela avec tant d'adresse , que le dessus couvroit la tête des clous de ses pieds, et que le dessous s'élevant un peu, leurs pointes ne l'empêchoient point de marcher. On garde du sang qui sortoit de son côté dans la cathédrale de Recanati. Voyez Chalippe.

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à quelques autres personnes pieuses, pour leur demander conseil sur la conduite qu'il devoit tenir : mais s'il leur parla de la vision qu'il avoit eue, ce fut avec beaucoup de circonspection; il ajouta ensuite qu'il avoit vu plusieurs choses qu'il ne découvriroit jamais. Ces secrets, dit saint Bonaventure, étoient prohablement tels qu'il ne trouvoit point de termes propres à les exprimer, ou qu'ils ne pouvoient être compris que par des hommes éclairés d'une lumière surnaturelle. Malgré tant de précautions, plusieurs personnes

virent , du vivant même du Saint, les plaies mi'raculeuses imprimées sur son corps (9).

(9) Le vicaire général de l'ordre en publia la relation dans une lettre circulaire adressée à tous les frères immédiatement après la mort de saint François. Wadding avoit vu l'original de cette lettre.

Luc de Tuy, évêque de la ville de ce nom en Espagne dit dans l'ouvrage qu'il composa contre les Albigeois en 1 231, 1. 2, c. 11, Bibl. Patr. t. XV, qu'ayant été à Assise l'année d'après la mort du Saint, la vérité de la vision lui fut attestée par plusieurs religieux , et par un grand nombre de personnes tant ecclésiastiques que laïques, qui toutes avoient vu les clous de chair dans les mains et les pieds de saint François , ainsi que son côté ouvert, et qui avoient même touché ses plaies. Il conclut de la que Jésus-Christ fut attaché à la croix avec quatre clous , et que ce fut son côté droit qui fut ouvert d'un coup de lance. Il confirme le miracle par la vie du Saint, que Thomas de Célano son disciple et son compagnon , avoit écrite par l'ordre du pape Grégoire IX. C'est de l'ouvrage de Thomas de Célano que saint Bonaventure a tiré ce qu'il dit de la vision. Voyez "Grégoire IX , Constit. 12 , et les savantes notes de Sbarala , in Bularium Franciscanum , t. I, an. 1759.

Quelques personnes de Bohême ayant révoqué en doute le fait dont il s'agit, Grégoire donna contre eux, en 1237, une bulle dans laquelle il atteste la vérité du miracle sur la connoissance personnelle qu'il en avoit, et sur celles qu'en avoient plusieurs cardinaux. Il atteste la même chose dans deux lettres rapportées par Wadding et par Chalippe ; il y dit qu'après la mort du Saint, ses stigmates furent vus par tous ceux qui voulurent les voir.

Le pape Alexandre IV déclara , dans un sermon qu'il prêcha en 1254, qu'il avoit vu lui-même les stignates sur le corps du

amour

La faveur étonnante que reçut saint François, fut sans doute la récompense de

son ardent pour

la croix de Jésus-Christ. Depuis sa conversion, la divine charité avoit toujours tellement enflammé son cæur, que les souffrances du Sauveur avoient été l'objet continuel de ses pensées et toutes les fois qu'il les méditoit, il ne lui étoit plus possible de retenir ses soupirs et ses larmes. Pour devenir plus conforme à son divin modèle, il faisoit de son corps une victime de pénitence, et trois fois il chercha l'occasion de donner sa vie pour Jésus-Christ. Cet objet adorable étoit toute sa science, toute sa gloire , toute sa joie et toute sa consolation en ce monde. Ses frères le voyant souffrir de grandes douleurs dans une maladie Saint lors qu'il vivoit encore. Saint Bonaventure et plusieurs autres religieux entendirent cette déclaration authentique. Alexandre assura la même chose dans une bulle de l'année 1255 , laquelle est adressée à toute l'église. Constit. 4.

Saint Bonaventure , qui écrivit la vie du Saint en 1261, et qui a long-temps vécu avec ses plus intimes disciples , rapporte que du vivant même de saint François , plusieurs de ses frères et divers cardinaux virent les clous imprimés sur ses pieds et ses mains , et que quelques-uns trouvèrent le moyen de voir et de toucher la plaie de son côté. Après la mort du Saint , cinquante frères , sainte Claire et

et une multitude innombrable de laïques , virent et baisérent les mêmes plaies ; quelques-uns même les touchèrent , pour s'assurer davantage de la réalité du fait.

Saint Bonaventure rapporte encore que la vérité de cet événement fut confirmée par plusieurs miracles et par une apparition de saint François au pape Grégoire IX.

En 1304, le pape Benoît XI se proposant d'exciter dans les caurs un plus ardent amour pour Jésus-Christ crucifié, institua une fête , avec un office propre, en l'honneur des stigmates de saint François. Cette fête fut étendue à toute l'église par Sixte IV en 1475, par Sixte V et par Paul V en 1615, et on la fixa au 17 Septembre. • L'ancienne église de saint François qui est sur le MontAlverne, ainsi que va nouvelle, à laquelle est joint un couvent considérable, sont célèbres par la dévotion des fidèles > et ont obtenu de grands priviléges de plusieurs papes et de différens empereurs. Voyez Chalippe.

toutes ses saurs

violente dont il étoit attaqué, lui demandèrent s'il vouloit qu'on lui fît quelque lecture. « Rien, » leur répondit-il, ne me cause plus de joie que » de penser à la vie et à la passion de Notre-Sei». gneur; j'y emploie continuellement mon esprit, » et quand je vivrois jusqu'à la fin du monde, je

n'aurois besoin d'aucun autre livre, Ce fut à l'école de Jésus crucifié qu'il apprit à aimer singulièrement la pauvreté. Ayant un jour rencontré un pauvre qui étoit presqu'entièrement nu, il dit à son compagnon en soupirant : «Voilà un pauvre » dont l'état est un reproche pour nous : nous » avons choisi la pauvreté pour notre partage; » mais cet homme est plus pauvre que nous. » Il appeloit la pauvreté, sa dame, sa reine, sa mère, son épouse , et il la demandoit instamment à Dieu comme son partage et son privilége. « O Jésus, » disoit-il, vous qui vous êtes plu à vivre dans. » une extrême pauvreté, faites-moi la grâce de » m'accorder le privilége de la pauvreté.! Mon

plus ardent désir est d'être enrichi de ce trésor; » je vous le demande pour moi et pour les miens, » afin que, pour la gloire de votre saint nom, j nous ne possédions jamais rien sous le ciel, que » nous recevions notre subsistance même de la » charité des autres , et qu'en cela même nous » soyons très-modérés et très-sobres. » Il étendoit la règle de la pauvreté à tout, sans en excepier ce qui est intérieur et spirituel. Il craignoit que ses frères ne regardassent leur science comme une chose qui leur appartient en propriété; disposition qui nourrit l'amour-propre , qui produit la complaisance en soi-même, ainsi

que

des attaches secrètes , et qui est contraire à cet esprit de déşappropriation qui ouvre le cæur à la grâce, A la vérité. il exhortoit à l'étude ceux de ses reli

gieux qui étoient nés pour les sciences; mais c'étoit à condition qu'ils donneroient à la prière la plus grande partie de leur temps, et qu'ils s'appliqueroient moins à se perfectionner dans l'art de parler aux autres, que dans la pratique des vertus. Il détestoit les études , qui sont plus propres à nourrir l'orgueil que la piété, et qui, après avoir desséché le cour, éteignent la dévotion et la charité. Il disoit des humiliations, des injures et des souffrances, qu'elles étoient un vrai gain, qu'elles faisoient la joie d'un religieux, et sur-tout d'un frère mineur, qui devoit être tel, non pas simplement de nom , mais dans la réalité.

Saint François descendit du Mont-Alverne, plus enflammé que jamais du feu de la divine charité; et les deux années qu'il vécut encore furent en quelque sorte un martyre d'amour; mais il les passa dans les infirmités et les douleurs. Dans cet état, on l'entendoit souvent répéter que les coups les plus sensibles de la Providence étoient les plus tendres effets de la miséricorde divine à notre égard. Sa maladie devenant dangereuse, en 1225, le cardinal Hugolin, et Elie, vicaire général de l'ordre, le prièrent de se mettre entre les mains des plus habiles chirurgiens et médecins de Riéti. Il se rendit avec beaucoup de simplicité à ce qu'on exigeoit de lui. Quelque vives que fussent ses douleurs, il n'interrompoit point sa prière; il ne vouloit point non plus arrêter le cours de ses larmes, quoique les médecins le jugeassent nécessaire

pour la conservation de ses yeux; aussi lui arriva-t-il de perdre la vue quelque temps avant de mourir. Comme on l'exhortoit de demander à Dieu l'adoucissement de ses peines , il se levoit, malgré son extrême foiblesse, puis se

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